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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2204475

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2204475

mercredi 14 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2204475
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCOSCAT MADELINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2022, M. C A, représenté par Me Coscat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois suivant la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au profit de son avocate, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, celle-ci déclarant renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle :

5°) de condamner l'Etat au paiement des entiers dépens de l'instance.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- le préfet des Alpes-Maritimes a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet des Alpes-Maritimes a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour étant illégale, celle lui faisant obligation de quitter le territoire l'est également par conséquent et devra par voie d'exception d'illégalité être annulée.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 3 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 novembre 2022 à 12 heures.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 décembre 2022 :

- le rapport de M. Bonhomme, président ;

- et les observations de Me Coscat, représentant M. A, présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité tunisienne, né en 1991, a présenté une demande de titre de séjour que le préfet des Alpes-Maritimes a rejetée par un arrêté du 19 avril 2022, en lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et en fixant le pays de destination. Par sa requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " : L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an ".

3. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention de l'une des parties à produire les éléments qu'elle est la seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi et d'un accès effectif à ce traitement. La partie qui justifie d'un avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'accès effectif à un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

4. Pour rejeter la demande de titre de séjour déposée par le requérant, le préfet des Alpes Maritimes a fondé sa décision notamment sur l'avis rendu le 20 juillet 2022 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Cet avis précise que l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'à l'égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays d'origine, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Les pièces médicales produites par le requérant attestent de la réalité de la pathologie dont il est atteint et de la prise en charge dont il fait l'objet. En outre, l'intéressé verse au débat un certificat médical du Docteur D, médecin spécialisé en psychiatrie, coordonnateur au centre hospitalier Sainte-Marie de Nice, daté du 31 août 2022, postérieur à l'avis du collège précité, qui atteste que M. A est régulièrement suivi depuis janvier 2017, a bénéficié de trois hospitalisations pour des décompensations dissociativo-délirantes dans le cadre d'un trouble schizo-affectif chronique, et qu'il bénéficie d'un " traitement avec lequel il est relativement stabilisé, mais qui ne se trouve pas dans son pays d'origine ". Cette pièce permet de contredire utilement l'avis du collège de médecins de l'OFII rendu le 20 juillet 2022 en ce qui concerne la disponibilité d'un traitement approprié dans le pays d'origine. Le préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit dans le cadre de la présente instance, n'apporte aucun élément pour remettre en cause ce certificat. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que les dispositions citées au point 2 ont été méconnues.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté attaqué doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

6. Eu égard au moyen d'annulation retenu au point 4, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " en qualité d'étranger malade à M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

8. Aucun dépens n'a été exposé au cours de la présente instance. Les conclusions présentées à ce titre par M. A ne peuvent donc qu'être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 19 avril 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " à M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Coscat et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bonhomme, président,

Mme Soler, conseillère,

M. Holzer, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.

Le président rapporteur,

signé

T. BONHOMME

L'assesseure la plus ancienne,

signé

N. SOLERLa greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation la greffière,

2204475

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