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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2204541

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2204541

lundi 10 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2204541
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCABINET OLOUMI - HMAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 septembre 2022, M. B D, représenté par Me Oloumi du Cabinet Oloumi - Hmad, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 26 juillet 2022 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler pendant l'instruction de son recours par le tribunal ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au profit de son avocat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle ou, au profit du requérant en cas d'absence ou de retrait de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée porte atteinte à son droit de travailler alors qu'il a créé une auto- entreprise avant la décision attaquée ; le salaire de son épouse ne suffit pas à subvenir aux besoins de leur foyer. Par ailleurs, il risque d'être éloigné du territoire français car il ne peut plus justifier de la régularité de son séjour.

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée car :

. cette décision est entachée d'une erreur de fait portant sur le montant du revenu de son foyer car au titre des revenus de 2020 le montant des revenus de son épouse s'élèvent à 1 478,25 euros par mois et le montant de ses propres ressources à 1 055,75 euros, soit un total de 2 500 euros par mois pour son couple. Par ailleurs, le montant de leurs ressources s'élève à 1 390 euros par mois pour son épouse et à 794,6 euros par mois pour lui-même, soit un montant total de 2 200 euros par mois, au titre de leurs revenus de 2021. Dans ces conditions, leurs revenus excèdent le montant de 863,28 euros exigé.

. cette décision est entachée d'une erreur de droit car il dispose avec son épouse de ressources suffisantes conformément aux dispositions de l'article L. 233-1 et R. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit un mémoire en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 19 septembre 2022 sous le n° 224517 par laquelle M. D demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 10 octobre 2022 à 10h00 :

- le rapport de Mme Mear, juge des référés.

- les observations de Me Della Monaca, substituant Me Oloumi, représentant M. D, qui persiste dans les écritures de la requête.

- le préfet n'était ni présent ni représenté à l'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré a été produite pour M. D, laquelle a été enregistrée le 10 octobre 2022 à 11H23.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant moldave, né le 15 décembre 1988, marié depuis le 5 novembre 2021 avec Mme C, une ressortissante roumaine, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 26 juillet 2022 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 233-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit en qualité de conjoint d'une ressortissante de l'Union européenne, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

Sur la condition relative à l'urgence :

5. Il résulte de l'instruction que M. D établit exercer une activité d'auto-entrepreneur en tant que commerçant depuis le 18 mai 2020 de par son affiliation à l'URSSAF. Son récépissé de demande de titre de séjour ayant expiré le 10 août 2022, il établit ne plus pouvoir travailler et subvenir aux besoins de son foyer alors que son épouse est au chômage. Dans ces conditions, il justifie de l'existence d'une situation d'urgence.

Sur la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

6. Aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / () ". Aux termes de l'article L. 233-2 du même code : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. /. () ". Aux termes de l'article R. 233-1 : " Les ressortissants qui remplissent les conditions mentionnées à l'article L. 233-1 doivent être munis de leur carte d'identité ou de leur passeport en cours de validité. / () / Lorsqu'il est exigé, le caractère suffisant des ressources est apprécié en tenant compte de la situation personnelle de l'intéressé. En aucun cas, le montant exigé ne peut excéder le montant forfaitaire du revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles. / La charge pour le système d'assistance sociale que peut constituer le ressortissant mentionné à l'article L. 233-1 est évaluée en prenant notamment en compte le montant des prestations sociales non contributives qui lui ont été accordées, la durée de ses difficultés et de son séjour "

7. Pour refuser à M. D la délivrance d'un premier titre de séjour en qualité de conjoint d'un citoyen de l'Union européenne sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Alpes-Maritimes a considéré que l'intéressé ne justifiait pas avec son épouse de ressources suffisantes, soit d'un montant d'au moins 863,28 euros, correspondant au montant du revenu de solidarité active pour une famille de deux personnes.

8. En l'état de l'instruction le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle méconnait les dispositions de l'article L. 233-1 et R. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.

9. Il résulte de ce qui précède que M. D est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision du 26 juillet 2022 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 233-1 et R. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

10. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à M. D un récépissé de demande de titre de séjour portant autorisation de travailler dans le délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

11. M. D été admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 (neuf cent) euros à verser au bénéfice de son conseil, Me Oloumi, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. D, une somme de 900 (neuf cents) euros sera versée à ce dernier.

O R D O N N E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision du 26 juillet 2022 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté la demande de titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante de l'Union européenne présentée par M. D, est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à M. D un récépissé de demande de titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante de l'Union européenne, portant autorisation de travailler, dans le délai de sept jours suivant la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : L 'Etat versera à Me Oloumi, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, une somme de 900 (neuf cents) euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. D, une somme de 900 (neuf cents) euros sera versée à ce dernier.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D, à Me Oloumi et au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice.

Fait à Nice, le 10 octobre 2022.

La juge des référés,

signé

J. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation la greffière

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