mardi 27 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2204554 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat Mme GUILBERT |
| Avocat requérant | LESTRADE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 septembre 2022 et le 27 septembre 2022, M. D A demande au tribunal :
1°) d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 21 septembre 2022 par laquelle le préfet des Hautes-Alpes lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé son pays de destination et a prescrit à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Alpes de procéder l'effacement des mentions portées au système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son avocat sous réserve qu'il renonce à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
- la compétence de l'auteur de l'acte n'est pas établie ;
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dans la mesure où il ne lui a pas été indiqué qu'il pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement ;
- il n'a jamais fait l'objet d'aucune condamnation et son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ; il est seulement convoqué devant le tribunal correctionnel de Gap; en retenant la menace à l'ordre public, le préfet a entaché sa décision d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans la mesure où sa femme et son enfant étant espagnols, toutes ses attaches s'y trouvant, et ayant engagé des démarches en Espagne en vue de sa régularisation, il aurait dû faire l'objet d'une remise aux autorités de ce pays ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- Pour les motifs précédemment évoqués, cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne le refus d'un délai de départ volontaire :
- La décision est entachée d'erreur d'appréciation alors qu'il n'existe aucun risque qu'il se soustraie à la décision d'éloignement dont il fait l'objet ; la préfecture détient son ancien passeport, il a exprimé le souhait de retourner en Espagne, justifie d'un hébergement chez un ami ; il a respecté les termes d'une précédente décision d'éloignement ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- Cette décision méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et présente un caractère disproportionné dès lors qu'il n'a jamais été condamné, qu'il a de la famille en France et en Espagne.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2022, le préfet des Haute-Alpes conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Guilbert, conseillère, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Guilbert, magistrate désignée,
- et les observations de Me Lestrade, représentant M. A, qui soutient qu'il existe un doute sur la circonstance que l'audition de M. A ait été organisée en audition libre ou au cours d'une garde à vue irrégulière, ce qui constituerait une voie de fait, que la récidive alléguée des actes délictuels n'est pas établie ;
- le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le 20 septembre 2022, M. A, ressortissant camerounais, a été contrôlé par les services de la compagnie de gendarmerie départementale des Hautes-Alpes pour des faits de conduite de véhicule sans assurance et sans permis de conduire. Le 21 septembre 2022, le préfet des Hautes-Alpes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prescrit à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Le requérant demande le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par M. C B, préfet des Hautes-Alpes, nommé dans ses fonctions par décret du 20 juillet 2022 publié au journal officiel de la république le 21 juillet 2022. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit dès lors être écarté.
5. En deuxième lieu, l'arrêté en litige reprend les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il précise, notamment, que l'intéressé est entré irrégulièrement sur le territoire français, qu'il y a été interpellé pour des faits de fausse identité, de conduite d'un véhicule terrestre à moteur sans assurance ni permis, qu'il ne justifie d'aucune circonstance justifiant qu'il se soit maintenu sur le territoire sans engager de démarches en vue de sa régularisation. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; ".
7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A a été interpelé pour fausse identité, conduite d'un véhicule sans assurance ni permis. Si M. A souligne qu'il n'a pas été condamné pour ces faits, il n'en conteste pas la matérialité. Il ressort en outre des pièces du dossier qu'il a fait l'objet d'un signalement pour fraude du juge d'instruction de Saragosse. Dans ces conditions, si le requérant soutient que les faits à l'origine de son interpellation du 20 septembre 2027 n'ont pas été commis en récidive, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait pris une décision différente s'il s'était fondé sur les seuls faits évoqués précédemment. Le préfet a dès lors, sans commettre d'erreur de fait, de droit ou d'appréciation, qui estime que le comportement de M. A constituait une menace pour l'ordre public.
8. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". En l'espèce, se prévalant de la présence en Espagne de son épouse et de son enfant, de nationalité espagnole, M. A soutient que le préfet des Hautes-Alpes ne pouvait édicter à son encontre qu'une décision de remise aux autorités de ce pays. Néanmoins, il ressort des pièces du dossier, notamment des informations transmises par le centre de coopération policière et douanière d'Hendaye, que sollicitées en vue de la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne ", les autorités espagnoles ont rejeté la demande de M. A, que ce dernier n'est par conséquent pas réadmissible dans ce pays. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, ni qu'il est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
9. En cinquième lieu, il n'est pas contesté que le requérant est entré et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français, que se prévalant d'un hébergement chez un ami, il ne justifie pas de garanties de représentations satisfaisantes. Dès lors, c'est à bon droit que le préfet a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire.
10. En sixième lieu, aux termes des dispositions de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". En l'espèce, alors que M. A ne justifie d'aucun droit au séjour en Espagne, ni n'établit avoir en France d'attaches privées et familiales, et alors qu'il s'est signalé par un comportement constituant une menace pour l'ordre public, il n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français dont il fait l'objet méconnaîtrait les dispositions de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni présenterait un caractère disproportionné.
11. En septième et dernier lieu, le moyen tiré de ce qu'il n'est pas établi que M. A ait été auditionné au cours d'une procédure régulière est sans effet sur la légalité de l'arrêté en litige.
12. Compte-tenu de tout ce qui précède, les conclusions de M. A doivent être rejetées, y compris celles à fins d'injonction et au titre des frais liés à l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2: La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet des Hautes-Alpes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.
Rendu publique par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2022 .
La magistrate désignée,
Signé
L. GUILBERTLe greffier,
Signé
A. STASSI
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne
ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun,
contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le Greffier en Chef,
Ou par délégation, le Greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026