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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2204593

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2204593

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2204593
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantALMAIRAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 24 septembre et 21 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Almairac, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 août 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à défaut, de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1.500 euros au profit de son avocate, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, laquelle renonce par avance à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- cet arrêté est entaché d'erreurs de fait et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les énonciations de la circulaire NOR INTK1229185 C du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 5 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 décembre 2022 à 12H00.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle, soit à hauteur de 25 %, par une décision du 3 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mear, présidente rapporteure ;

- et les observations de Me Almairac, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant albanais, né le 4 février 1993, a présenté le 25 septembre 2017 une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté, en date du 29 août 2022, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il vise notamment les dispositions de l'article L. 423-23 et de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, et précise les éléments de fait sur lesquels le préfet se fonde pour estimer que M. B ne peut prétendre au bénéfice d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions. La motivation de la décision en cause est suffisante pour permettre au requérant de faire utilement valoir ses observations. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le requérant soutient que le préfet a commis quatre erreurs de fait et que cela démontre ainsi un défaut d'examen particulier de sa situation. Toutefois, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas commis d'erreur de fait en considérant que l'intéressé n'établit pas s'être continuellement maintenu en France depuis 2013 dès lors que sa présence habituelle sur le territoire français n'est pas établie de manière suffisamment probante notamment au titre de l'année 2016. Par ailleurs, si le préfet mentionne que le requérant ne démontre pas l'absence d'attaches familiales dans son pays d'origine ou résident encore son père et ces sœurs, la circonstance que ces dernières ne demeurent plus en Albanie ne suffit pas à établir que M. B serait dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Le fait que les obligations de quitter le territoire français prises à l'encontre du requérant les 26 février 2015 et 10 février 2018 ne lui auraient pas été notifiés et qu'elles " lui seraient inopposables compte tenu de leur ancienneté " ne constitue pas une erreur de fait. Enfin, à supposer que le préfet ait commis une erreur de fait en indiquant que le requérant a fait l'objet d'une décision de refus de titre de séjour en qualité d'étudiant le 10 février 2016 qui n'a pas été contesté devant la juridiction administrative, alors qu'un titre de séjour lui a été attribué le 30 juillet 2019 suite à l'annulation par le tribunal administratif de Nantes d'une décision de refus de lui délivrer un visa " étudiant ", il résulte de l'instruction que par les autres motifs retenus, le préfet des Alpes-Maritimes a pu légalement lui refuser la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, les moyens tirés de l'existence d'erreurs de fait doit être écarté. Il s'ensuit et ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet des Alpes-Maritimes a procédé à un examen particulier de la situation du requérant.

4. En troisième lieu, pour refuser de délivrer à M. B un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au titre du travail, le préfet des Alpes-Maritimes a considéré, d'une part, que le seul fait que le requérant dispose d'un contrat de travail ne constitue pas un motif exceptionnel au titre de ces dispositions de cet article et, d'autre part, que l'intéressé ne justifie pas d'une demande d'autorisation de travail de son employeur. Le requérant est fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet lui a opposé la non détention d'une autorisation de travail de son employeur car il n'a pas sollicité un titre de séjour " salarié ". Toutefois, il résulte d'instruction que, par le seul premier motif retenu, le préfet des Alpes-Maritimes a pu légalement refuser à M. B un titre de séjour au titre du travail sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. B fait valoir être entré sur le territoire français en mai 2013 pour déposer une demande d'asile et y résider depuis lors. Il soutient avoir effectué des études de français puis obtenu un BTS en gestion des PME/PMI en 2018 et un Bachelor of arts en 2019. Il précise qu'il a obtenu un titre de séjour " étudiant " valable du 30 juillet 2019 au 29 juillet 2020 et, par la suite des autorisations provisoires de séjour l'autorisant à travailler, soit postérieurement à la demande de d'admission exceptionnelle au séjour présentée le 25 septembre 2017 qui fait l'objet de l'arrêté en litige. Il résulte par ailleurs des pièces du dossier que M. B dispose d'un contrat de travail à durée indéterminée et à temps complet conclu le 12 octobre 2020 et justifie de bulletins de paye depuis cette date. Le requérant soutient avoir fixé ainsi le centre sa vie privée et en France. Toutefois, M. B qui s'est maintenu sur le territoire français après le refus de sa demande d'asile, ne justifie pas par les pièces insuffisamment probantes produites au dossier la durée alléguée de sa résidence habituelle en France, notamment en 2016, année durant laquelle il s'est rendu en Albanie pour les obsèques de sa mère et n'établit pas la date de son retour sur le territoire français. En outre, il ne justifie pas de son insertion professionnelle en France en se bornant à faire valoir qu'il dispose d'un contrat de travail et occupe effectivement un emploi dans le cadre de ce contrat depuis près de deux ans. Par ailleurs, s'il se prévaut de la présence d'une de ses deux sœurs en France qui a obtenu le statut de réfugiée il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine en se bornant à faire valoir qu'il n'a plus de contact avec son père. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de ce que l'arrêté en litige méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Il n'est pas davantage fondé, pour les mêmes motifs, à soutenir que cet arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

8. Le requérant fait valoir, d'une part, la durée de son séjour en France, et la présence de l'une de ses sœurs sur le territoire français, le fait qu'il ait fait des études de français, obtenu un BTS en 2018 et un Bachelor of arts en 2019 et, d'autre part, le fait de disposer d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps complet. Toutefois, ces faits ne constituent pas des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires au sens de l'article L. 435-1 du Par suite, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant au requérant son admission au séjour sur le fondement de ces dispositions.

9. En sixième et dernier lieu, un étranger ne détenant aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, le requérant ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de ces dispositions, des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour l'exercice de ce pouvoir.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 août 2022 par lequel le préfet des Alpes Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, Me Almairac et au préfet des Alpes-Maritimes.

- Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Mear, présidente,

- Mme Kolf, conseillère,

- M. Cherief, conseiller,

- assistés de Mme Sussen, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

L'assesseure la plus ancienne, La présidente,

signé signé

S. KOLF

J. MEAR La greffière,

signé

C. SUSSEN

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière

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