vendredi 4 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2204682 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat Mme GAZEAU |
| Avocat requérant | GUILLOT JOELLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2022, M. C B demande au tribunal :
1°) d'ordonner au préfet des Alpes-Maritimes la communication de son entier dossier y compris le procès-verbal d'audition ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 22 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de mettre à jour le fichier SIS en effaçant le signalement aux fins de non-admission dont il fait l'objet.
Il soutient que :
S'agissant de la décision l'obligeant à quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'erreurs de fait ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- en l'obligeant à quitter le territoire français et en refusant, par suite, implicitement d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer l'attestation de demandeur d'asile, le préfet a porté une atteinte illégale et grave à son droit de solliciter une protection internationale et a commis une erreur d'appréciation ;
- cette décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
S'agissant de la décision déterminant le pays de destination :
- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est illégale dès lors qu'il est demandeur d'asile et que son pays d'origine est en guerre.
S'agissant de la décision l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- il justifie de circonstances humanitaires faisant obstacle au prononcé d'une telle mesure ;
- cette décision emporte des conséquences disproportionnées sur sa situation familiale.
Des pièces, présentées par le préfet des Alpes-Maritimes, ont été enregistrées le 14 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Gazeau, première conseillère.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 octobre 2022 à 9h30 :
- le rapport de Mme Gazeau, magistrate désignée,
- et les observations de Me Guillot, avocat commis d'office, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens ;
- et les observations de M. B, assisté de Mme A, interprète en langue arménienne.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 28 septembre 2022, le préfet des Alpes-Maritimes a obligé M. B, ressortissant arménien, à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée d'un an. M. B demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir cet arrêté.
Sur la communication par le préfet des Alpes-Maritimes de l'entier dossier de M. B :
2. Le préfet des Alpes-Maritimes a produit des pièces relatives à la situation administrative de M. B, l'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il vise notamment les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application et précise les éléments de fait relatifs à la situation du requérant. Par suite, dès lors que la décision n'a pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait propres à la situation de l'intéressé, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'acte querellé ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Alpes-Maritimes n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant, notamment au regard des conditions de son séjour sur le territoire national et des conséquences de son éloignement à destination de son pays d'origine ou de tout autre pays où il serait légalement admissible. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet des Alpes-Maritimes aurait commis des erreurs de fait au regard de l'examen de sa situation. Il suit de là que les moyens tirés du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle et des erreurs de fait que le préfet aurait commises ne peuvent qu'être écartés.
5. En troisième lieu, le requérant soutient que le préfet des Alpes-Maritimes a entaché sa décision d'une erreur de droit, d'une erreur d'appréciation et a porté une atteinte illégale et grave à son droit de solliciter une protection internationale en l'obligeant à quitter le territoire français et en refusant, par suite, implicitement, d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer l'attestation de demandeur d'asile. Cependant, il ne justifie pas, par les pièces produites, avoir déposé une demande d'asile actuellement en cours d'examen ou d'en avoir fait la demande lors de son audition par les services de police. Il ressort par ailleurs des pièces versées par le préfet des Alpes-Maritimes que le requérant avait introduit une demande d'asile en 2018, laquelle a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 25 mars 2020 puis une demande de réexamen en 2021, déclarée irrecevable par l'OFPRA le 30 avril 2021. La circonstance que la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) serait saisie d'un recours contre la décision de l'OFPRA est sans incidence sur son droit au maintien sur le territoire français, dès lors que ce droit a cessé dès la décision de l'OFPRA, l'intéressé provenant d'un pays d'origine sûr. Dans ces conditions, les moyens ainsi soulevés ne peuvent qu'être écartés.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
7. La mesure d'éloignement prise à l'encontre du requérant n'ayant pas pour objet de fixer le pays de renvoi, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté comme inopérant à l'encontre de cette décision.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. M. B soutient que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux objectifs poursuivis. Au soutien de ce moyen, il fait valoir être entré sur le territoire français en novembre 2017 avec un visa italien, y résider depuis avec sa sœur et les trois enfants de cette dernière, travailler sur des chantiers et ne plus disposer d'attaches dans son pays d'origine. Les pièces versées aux débats ne permettent pas, eu égard à leur nature, d'apprécier la réalité de la résidence habituelle du requérant sur le territoire français ni de la fixation en France de ses intérêts personnels et familiaux, ce dernier étant en outre célibataire et sans charge de famille. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France de M. B, la décision portant obligation de quitter le territoire français du préfet des Alpes-Maritimes n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
10. En sixième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le préfet n'a pas entaché sa décision obligeant l'intéressé à quitter le territoire français, d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de ce dernier.
En ce qui concerne la décision déterminant le pays de destination :
11. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision fixant le pays de destination aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, alors même que le requérant est célibataire et sans charge de famille et n'établit pas, ainsi qu'il a été dit au point 9, avoir fixé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Ce moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.
12. En second lieu, le requérant, qui a demandé en vain le bénéfice d'une protection internationale devant l'OFPRA, se borne à soutenir qu'en cas de retour en Arménie, il sera exposé à des traitements inhumains ou dégradants en raison des problèmes qui l'ont contraint à fuir son pays et de la guerre qui y sévit depuis septembre 2020. Toutefois, il n'apporte aux débats aucun élément circonstancié de nature à établir qu'il encourrait personnellement et actuellement des risques pour sa sécurité ou sa liberté en cas de retour dans son pays d'origine. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la décision attaquée fixant l'Arménie comme pays de destination méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
13. En premier lieu, le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de cette mesure à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
15. Le requérant ayant fait l'objet d'une mesure d'éloignement pour laquelle aucun délai de départ volontaire n'a été accordé, il entre ainsi dans les prévisions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile selon lesquelles le préfet assortit normalement son obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf s'il existe des circonstances humanitaires de nature à justifier qu'une telle interdiction ne soit pas décidée. Compte tenu de ce qui a été dit au point 9, M. B ne justifie pas de circonstances humanitaires s'opposant à l'édiction d'une telle mesure. En outre, le seul fait que la décision litigieuse l'empêchera de demander un visa pour l'intégralité de sa durée ne constitue pas davantage une circonstance humanitaire au sens des dispositions précitées. Par suite, ce moyen doit être écarté.
16. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 du présent jugement, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision l'interdisant de retour pour une durée d'un an est entachée de disproportion au regard de sa vie privée et familiale. Ce moyen ne peut ainsi qu'être écarté.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B aux fins d'annulation de l'arrêté du 28 septembre 2022 doivent être rejetées, y compris ses conclusions à fin d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2022.
La magistrate désignée,
signé
D. GazeauLa greffière,
signé
V. Labeau
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne
ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,
contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026