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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2204709

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2204709

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2204709
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGRIFFITHS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 30 septembre 2022, 10 janvier et 22 février 2024, et un mémoire récapitulatif produit le 5 avril 2024 à la demande du tribunal en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, M. A C, représenté par Me Roméo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2022 par lequel le maire de la commune de Nice a accordé à la société par actions simplifiée Ecole Montessori Internationale de Nice un permis de construire n° PC 06088 21 S0378, ensemble la décision implicite et la décision explicite de rejet de son recours gracieux formé le 3 juin 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 août 2022 par lequel le maire de la commune de Nice a accordé à la société par actions simplifiée Ecole Montessori Internationale de Nice un permis de construire modificatif n° PC 06088 21 S0378 M01 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Nice et de la société par actions simplifiée Ecole Montessori Internationale de Nice la somme de 2 500 euros chacun au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- sa requête est recevable ;

- les arrêtés litigieux méconnaissent l'article L. 632-1 du code du patrimoine ;

- ils méconnaissent les dispositions de l'article 15-2 des dispositions générales du plan local d'urbanisme de la Métropole de Nice Côte d'Azur relatif aux places de stationnement ;

- ils méconnaissent les règles en matière d'établissement recevant du public, d'une part, en ce que le mauvais formulaire CERFA aurait été utilisé et, d'autre part, en ce que le projet méconnaîtrait les dispositions de l'article R. 143-4 du code de la construction et de l'habitation concernant la largeur de la voie interne du projet ;

- ils méconnaissent règles relatives au compostage ;

- enfin, ils méconnaissent les servitudes privées existantes.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 16 janvier 2024 et 14 mars 2024, et un mémoire récapitulatif produit le 5 avril 2024 à la demande du tribunal en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, la société par actions simplifiée Ecole Montessori Internationale de Nice, prise en en la personne de son représentant légal et représentée par Me Griffith, conclut principalement à l'irrecevabilité de la requête pour défaut d'intérêt à agir du requérant, subsidiairement au rejet de celle-ci au fond, à titre infiniment subsidiaire à ce que le tribunal fasse application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, en tout état de cause à la mise à la charge du requérant d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société par actions simplifiée Ecole Montessori Internationale de Nice fait valoir que :

- M. C n'a pas d'intérêt à agir dans la présente instance ;

- aucun des moyens soulevés n'est au demeurant fondé.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 24 janvier 2024, 6 février 2024 et un mémoire récapitulatif produit le 19 avril 2024 à la demande du tribunal en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, la commune de Nice, prise en la personne de son maire en exercice, conclut au rejet de la requête, aucun des moyens n'étant selon elle fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code du patrimoine ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 octobre 2024 :

- le rapport de Mme Cueilleron ;

- les conclusions de M. Combot, rapporteur public ;

- et les observations de Me Roméo, pour le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 6 avril 2022, le maire de la commune de Nice a accordé à la société par actions simplifiée " Ecole Montessori Internationale de Nice " un permis de construire n° PC 06088 21 S0378 pour la démolition partielle de la partie intérieure du volume d'une cage d'escalier en façade nord, un changement de destination et la rénovation d'une villa et d'une annexe en école primaire avec logement de fonction, une extension en façade nord, la création et la modification des ouvertures et l'isolation thermique par l'extérieur de la façade nord et de l'annexe sur un terrain sis 6 boulevard du Prince D sur une parcelle cadastrée HB 69. Par arrêté du 3 août 2022, le maire de la commune de Nice a accordé à la même société un permis modificatif n° PC 06088 21 S0378 M01. M. C demande au tribunal d'annuler ces arrêtés, ensemble la décision implicite et la décision expresse du 26 août 2022 par lesquelles le maire de la commune de Nice a rejeté son recours gracieux en date du 3 juin 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 632-1 du code du patrimoine : " Dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, sont soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des parties extérieures des immeubles bâtis, y compris du second œuvre, ou des immeubles non bâtis. / Sont également soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des éléments d'architecture et de décoration, immeubles par nature ou effets mobiliers attachés à perpétuelle demeure, au sens des articles 524 et 525 du code civil, lorsque ces éléments, situés à l'extérieur ou à l'intérieur d'un immeuble, sont protégés par le plan de sauvegarde et de mise en valeur. () / L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur du site patrimonial remarquable ".

3. Il ressort de l'avis favorable de l'architecte des Bâtiments de France en date du 21 février 2022 que ce dernier a donné son accord au projet litigieux à condition qu'il n'y ait pas de modification des façades principales et du jardin. Or, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des pièces du dossier que le permis litigieux préserve l'intégrité du jardin, le permis modificatif n'ayant pas eu pour objet de végétaliser l'emplacement prévu initialement pour l'aire de stationnement n°7, cette zone étant déjà végétalisée. De même, contrairement à ce que soutient le requérant, l'installation d'une barrière de séparation en partie ouest du terrain relève d'un aménagement privé et ne constitue pas une modification du jardin. En outre, concernant les trois façades, il ressort des pièces du dossier que le permis de construire vise à les préserver. Par suite, le moyen susmentionné doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 15. 2 des dispositions générales du plan local d'urbanisme de la Métropole Nice Côte d'Azur (ci-après " PLUm ") : " Les obligations en matière de réalisation de places de stationnements sont applicables en cas de projet de construction. En cas de démolition et reconstruction, ou de démolition partielle avec reconstruction partielle de plancher, aucune place de stationnement ne sera exigée sauf mention contraire précisée par une spécificité locale en article 2.5 des dispositions réglementaires. En cas de changement total ou partiel de destination ou de transformation ou réhabilitation d'un bâtiment existant, il ne sera exigé aucune aire de stationnement voiture, deux-roues, poids lourds, livraison ou car supplémentaire ". Et aux termes de l'article R. 151-29 du code de l'urbanisme : " Les définitions et le contenu des sous-destinations mentionnées à l'article R. 151-28 sont précisées par arrêté du ministre chargé de l'urbanisme. / Les locaux accessoires sont réputés avoir la même destination et sous-destination que le local principal ". Pour l'application de ces dispositions, le local accessoire fait soit partie intégrante d'une construction principale, soit il en constitue une annexe, soit une extension. Il est indissociable du fonctionnement de la construction principale.

5. En l'espèce, et d'une part, il ressort des pièces du dossier que le projet consiste dans la démolition partielle de la partie intérieure du volume d'une cage d'escalier en façade nord, un changement de destination et la rénovation d'une villa et d'une annexe en école primaire avec logement de fonction, une extension en façade nord, la création et la modification des ouvertures et l'isolation thermique par l'extérieur de la façade nord et de l'annexe sur un terrain. Il résulte des dispositions précitées que, contrairement à ce que soutient le requérant, le projet, qui consiste dans un changement de destination, ne nécessite la création d'aucune aire de stationnement supplémentaire pour voiture, deux-roues, poids lourds, livraison ou car. En tout état de cause, il résulte du formulaire CERFA de demande de permis de construire que le projet litigieux vise la création d'une surface de plancher dans la destination équipement d'intérêt collectif et services publics. A ce titre, contrairement à ce que soutient le requérant, le logement de fonction doit être regardé, en application des dispositions de l'article R. 151-29 du code de l'urbanisme, comme le local accessoire d'un établissement scolaire et répond à la même destination que le local principal. Le nombre de places de stationnement requis doit dès lors être déterminé uniquement au regard de l'activité scolaire sans prendre en compte spécifiquement le logement de fonction. Par suite, le moyen soulevé et tiré de la méconnaissance des dispositions du PLUm de la Métropole Nice Côte d'Azur relatif aux places de stationnement doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme : " Lorsque les travaux projetés portent sur un établissement recevant du public, la demande est accompagnée des dossiers suivants, fournis en trois exemplaires : / a) Un dossier permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles d'accessibilité aux personnes handicapées, comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 111-19-18 et R. 111-19-19 du code de la construction et de l'habitation ; / b) Un dossier permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles de sécurité, comprenant les pièces mentionnées à l'article R. 123-22 du même code ". Aux termes de l'article 143-4 du code de la construction et de l'habitation : " Les bâtiments et les locaux où sont installés les établissements recevant du public doivent être construits de manière à permettre l'évacuation rapide et en bon ordre de la totalité des occupants ou leur évacuation différée si celle-ci est rendue nécessaire. Ils doivent avoir une ou plusieurs façades en bordure de voies ou d'espaces libres permettant l'évacuation du public, l'accès et la mise en service des moyens de secours et de lutte contre l'incendie " et aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 25 juin 1980 : " § 1. Voie utilisable par les engins de secours: voie, d'une largeur minimale de 8 mètres, comportant une chaussée répondant aux caractéristiques suivantes, quel que soit le sens de la circulation suivant lequel elle est abordée à partir de la voie publique : / Largeur, bandes réservées au stationnement exclues : / 3 mètres pour une voie dont la largeur exigée est comprise entre 8 et 12 mètres ; () Toutefois, sur une longueur inférieure à 20 mètres, la largeur de la chaussée peut être réduite à 3 mètres et les accotements supprimés, sauf dans les sections de voies utilisables pour la mise en station des échelles aériennes définies au paragraphe 2 ci-dessous. / Force portante calculée pour un véhicule de 160 kilonewtons avec un maximum de 90 kilonewtons par essieu, ceux-ci étant distants de 3,60 mètres au minimum. () § 2. Section de voie utilisable pour la mise en station des échelles aériennes (en abrégé voie échelle) : / Partie de voie utilisable par les engins de secours dont les caractéristiques ci-dessus sont complétées et modifiées comme suit : / - la longueur minimale est de 10 mètres ; / - la largeur libre minimale de la chaussée est portée à 4 mètres ; () "

7. En l'espèce, et d'une part, il ressort des pièces du dossier que ce dernier comporte une notice d'accessibilité cotée PC39 et une notice de sécurité cotée PC40. D'autre part, contrairement à ce que soutient le requérant, il résulte des pièces du dossier, notamment du plan de masse du dossier de demande de permis de construire, que la voie d'accès et son entrée prévoient une largeur au minima de 4 mètres. Si le portail présente une ouverture moindre, il ressort des pièces du dossier que le service départemental d'incendie et de secours des Alpes-Maritimes a émis, le 7 février 2022, un avis favorable au projet sans relever de difficulté ou de prescription concernant ce portail. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des règles applicables aux établissements recevant du public doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 16 des dispositions générales du règlement du PLUm : " () / Toute création d'accès ou de voie nouvelle doit être conforme au règlement de voirie métropolitain et adaptée à l'importance du projet de construction. / () ", et aux termes de l'article 48-2 du règlement métropolitain de voirie : " 2 - Configuration de l'accès (cf. schémas-types annexe VIII) / () / Pour qu'un accès réponde aux conditions de sécurité générales requises : / Il incombe au demandeur de prévoir le dégagement d'un champ de manœuvre des véhicules en entrée et sortie de l'unité foncière, adapté à la sécurité des usagers de la route : / La configuration générale d'un accès respectant ce principe répond aux caractéristiques suivantes : / - accès pourvu de 2 pans coupés à 45° ou de 2 arcs de cercles sur un recul minimum de 3,50 mètres, à partir de l'alignement du domaine public routier circulé (tous modes) et, selon le cas d'espèce, des emprises des emplacements réservés, de voirie (ou emplacements réservés non spécifiques) / ()

9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux,qui consiste en la création d'un établissement scolaire, est desservi par une voie existante en sens unique, le Boulevard Prince D, et a bénéficié d'un avis favorable rendu par le service métropolitain de voirie, et que les espaces dallés sont suffisants pour permettre la manœuvre des véhicules à l'intérieur du terrain d'assiette du projet. En outre, si le requérant invoque une augmentation du trafic et plus généralement des risques en termes de sécurité, il ne l'établit pas. Par suite, le moyen soulevé et tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

10. En cinquième lieu, si le requérant soutient que le projet ne respecterait pas les dispositions du PLUm relatives au compostage, il n'invoque la méconnaissance d'aucune disposition précise au soutien de ses allégations. Par suite, le moyen susmentionné, qui manque de précisions de nature à permettre d'en apprécier le bien-fondé, ne peut qu'être écarté.

11. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article A. 424-8 du code de l'urbanisme : " () Le permis est délivré sous réserve du droit des tiers : il vérifie la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme. Il ne vérifie pas si le projet respecte les autres réglementations et les règles de droit privé. Toute personne s'estimant lésée par la méconnaissance du droit de propriété ou d'autres dispositions de droit privé peut donc faire valoir ses droits en saisissant les tribunaux civils, même si le permis respecte les règles d'urbanisme. ". Il résulte de ces dispositions qu'une autorisation d'utilisation du sol étant délivrée sous réserve du droit des tiers, elle vérifie seulement la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme et non le respect des autres réglementations, notamment les règles de droit privé. Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'acte de vente du 9 juillet 2021 en raison d'une servitude qui grèverait le terrain du pétitionnaire. Le moyen tiré du non-respect de cette servitude doit ainsi être écarté comme inopérant.

12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il ne soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense, que les conclusions susmentionnées à fin d'annulation doivent être rejetées, au même titre que les conclusions au titre des frais au litige.

Sur les conclusions de la SAS Ecole Montessori Internationale de Nice au titre des frais liés au litige :

13. Une somme de 2 500 euros est mise à la charge de M. C, au profit de la SAS Ecole Montessori Internationale de Nice, au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : M. C versera à la société par actions simplifiée Ecole Montessori Internationale de Nice une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la commune de Nice et à la société par actions simplifiée Ecole Montessori Internationale de Nice.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;

M. Holzer conseiller ;

Mme Cueilleron, conseillère ;

Assistés de Mme B, graffière.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 24 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

S. Cueilleron

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

V. B

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

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