jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2204947 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat Mme Moutry |
| Avocat requérant | BAKARY AFISSOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 octobre 2022, M. C A, représenté par Me Bakary, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à l'effacement du signalement dans le fichier système d'information Schengen ;
4°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa situation et de lui délivrer, sans délai, un titre de séjour ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à lui verser au titre des frais irrépétibles sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- l'arrêté est insuffisamment motivé et ne mentionne pas sa qualité de demandeur d'asile ;
- elle est dépourvue de base légale et entachée d'erreur de droit au regard des articles L. 541-1, L. 541-2 et R. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'étant demandeur d'asile en procédure normale, il bénéficie du droit de se maintenir en France jusqu'à ce que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides rende sa décision ;
- elle est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; son entrée irrégulière sur le territoire français ne peut lui être opposée dès lors qu'il est demandeur d'asile et, étant demandeur d'asile, il ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'étant demandeur d'asile, il est nécessairement exposé à des peines ou traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation ; son entrée irrégulière ne peut lui être opposée alors qu'il est demandeur d'asile et il aurait dû, ainsi, bénéficier, a minima, d'un délai de départ volontaire de 30 jours ; en outre, il bénéficie de garanties de représentation puisqu'il justifie d'une adresse stable ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale dès lors qu'il n'a pas été informé de l'existence d'un signalement aux fins de non-admission dans le fichier d'information Schengen, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire encourant l'annulation, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français prise sur le fondement de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est dépourvue de base légale ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et il justifie de circonstances humanitaires.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Moutry, conseillère, en application des articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audits articles.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Moutry, magistrate désignée,
- les observations de Me Bakary, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 13 octobre 2022, le préfet des Alpes-Maritimes a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à M. C A, ressortissant turc né le 10 mars 1991, a fixé le pays de destination de sa reconduite et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. M. A demande au tribunal d'annuler ledit arrêté.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. M. A, qui soutient que l'arrêté est insuffisamment motivé et que le préfet a omis des éléments de sa situation personnelle notamment sa qualité de demandeur d'asile, doit être regardé comme soutenant que le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux et particulier de sa situation personnelle. Le préfet des Alpes-Maritimes, pour faire obligation à M. A de quitter le territoire français, s'est fondé sur la circonstance que ce dernier serait entré irrégulièrement en France et qu'il n'aurait jamais sollicité de titre de séjour. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant, bien qu'entré irrégulièrement en France, a sollicité l'asile et a été placé en procédure normale. Bien qu'il ressorte des pièces du dossier que l'Office de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile aient rejeté sa demande d'asile, il n'en demeure pas moins que le préfet, en ne mentionnant pas la demande d'asile du requérant et les décisions rendues en la matière, dont la dernière a été notifiée en mars 2022, et en se fondant uniquement sur l'entrée irrégulière et le maintien du requérant en France, n'a pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant. Par suite, le préfet n'a manifestement pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation du requérant et a ainsi entaché son arrêté d'illégalité.
5. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 13 octobre 2022 doit être annulé dans son intégralité.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
7. D'une part, l'exécution du présent jugement, qui prononce l'annulation de l'arrêté par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a fait obligation, à M. A, de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de sa reconduite et par lequel il a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, implique, du fait de l'annulation de cette interdiction, qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à l'effacement du signalement de M. A au sein du fichier système d'information Schengen dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement.
8. D'autre part, l'exécution du présent jugement implique, en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de statuer à nouveau sur le cas de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Sur les frais de l'instance :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, une somme de 800 euros qui sera versée à Me Bakary, avocat du requérant, sous réserve de son admission définitive au bénéfice de l'aide juridictionnelle et que Me Bakary renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 (huit cents) euros sera versée à M. A.
D E C I D E :
Article 1er : M. C A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 13 octobre 2022 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à l'effacement du signalement de M. C A au sein du fichier système d'information Schengen dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de statuer à nouveau sur le cas de M. C A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Article 5 : L'Etat versera la somme de 800 (huit cents) euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que M. A obtienne le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif et que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 (huit cents) euros sera versée à M. A.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Bakary et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, au bureau d'aide juridictionnelle près du tribunal judiciaire de Nice et au procureur de la république près le tribunal judiciaire de Nice.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.
La magistrate désignée,
Signé
M. B
Le greffier,
Signé
A. STASSI
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation, le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026