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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2205000

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2205000

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2205000
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. BEYLS
Avocat requérantCABINET OLOUMI - HMAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

E une requête, enregistrée le 18 octobre 2022, M. A C, représenté E Me Oloumi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 octobre 2022 E lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, en cas d'annulation de la décision d'interdiction de retour, de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission du fichier système d'information Schengen dans un délai de huit jours et d'en accuser l'exécution en l'en informant et en informant le tribunal ;

4°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail pendant le réexamen de sa demande en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou la délivrance d'un titre de séjour ;

5°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, dans le cas de l'annulation de la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, de mettre immédiatement fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article L. 614-17 du même code ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme allouée E l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Le requérant soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé E une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé dès lors qu'il présente un caractère stéréotypé et qu'il n'a pas été motivé au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que son droit d'être entendu a été méconnu ;

- elle est entachée de plusieurs erreurs de fait qui ont nécessairement entraîné une erreur manifeste dans l'appréciation de la disproportionnalité de l'atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est dépourvue de base légale " dans le cas où le juge annulerait la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire " ;

- elle est illégale dès lors qu'il justifie de circonstances humanitaires ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a produit des pièces le 8 novembre 2022.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale E une décision du 1er décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Beyls, conseiller, en application des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés auxdits articles.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 novembre 2022 à 14 heures 15 :

- le rapport de M. Beyls, magistrat désigné,

- les observations de Me Hanan Hmad, représentant M. C, qui reprend les faits, conclusions et moyens développés dans la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant géorgien né le 20 juin 1988, a fait l'objet d'un arrêté en date du 17 octobre 2022 E lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et a fixé le pays de destination. E la présente requête, M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit E le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit E la juridiction compétente ou son président ".

3. E une décision du 1er décembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice a admis M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, il n'y a plus lieu de se prononcer sur ses conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions litigieuses :

4. D'une part, l'arrêté attaqué du 17 octobre 2022 a été signé pour le préfet des Alpes-Maritimes E Mme B D, cheffe du pôle éloignement du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour. E un arrêté n°2022-731 du 1er septembre 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°197-2022 de la préfecture des Alpes-Maritimes, Mme D a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet des Alpes-Maritimes les mesures d'éloignement, les interdictions de retour sur le territoire français et les décisions fixant le pays de destination. E suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.

5. D'autre part, l'arrêté en litige vise les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et relève que M. C, entré irrégulièrement sur le territoire français, n'a pas été en mesure de démontrer être en possession des documents et visas prévus E l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté explicite ainsi toutes les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé pour obliger M. C à quitter le territoire français. La circonstance que l'autorité préfectorale aurait omis de faire état d'éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale ne saurait, E elle-même, caractériser un défaut de motivation ou une erreur de fait, étant précisé que le préfet n'est pas tenu d'énoncer l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'étranger dont il pourrait avoir connaissance.

6. Enfin, si le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas motivé son arrêté à l'aune des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il se soit abstenu, avant de prendre l'arrêté attaqué, et comme il lui appartenait de le faire en application de ces stipulations, d'examiner si son arrêté serait de nature à porter une atteinte à l'intérêt supérieur des enfants du requérant.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la mesure portant obligation de quitter le territoire français a été prise après l'audition de M. C E les services de police le 17 octobre 2022, lors de laquelle il a été interrogé sur son âge, sa nationalité, sa situation de famille, ses attaches avec son pays d'origine, sa date d'entrée en France et ses conditions de résidence et moyens d'existence dans ce pays. Interrogé sur les suites qu'il entendait donner à une éventuelle obligation de quitter de territoire, il a également fait savoir qu'il souhaiterait rester en France. Il résulte de ce qui précède que M. C doit être regardé comme ayant eu la possibilité, lors de cette audition, de faire valoir tout élément utile susceptible d'influer sur l'obligation de quitter le territoire qui lui a été notifiée. Au demeurant l'intéressé ne fait état d'aucun élément pertinent susceptible d'influer sur le contenu de la décision en litige qu'il n'aurait pas eu la possibilité de présenter. E suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière pour avoir porté atteinte à son droit d'être entendu ne peut être qu'écarté.

8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France en 2019 pour y solliciter l'octroi d'une protection internationale en compagnie de son épouse et de leur fille, née le 17 décembre 2006 et actuellement scolarisée au lycée professionnel Vauban à Nice. Toutefois, M. C, dont l'épouse est également en situation irrégulière en France, ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle sur le territoire national de nature à établir qu'il y a transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux. Il ne justifie pas davantage être isolé dans son pays d'origine, la Géorgie, où il a vécu jusqu'à l'âge de 31 ans, soit la majeure partie de sa vie, et où il n'établit pas que la cellule familiale ne pourra pas se recomposer. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et notamment de la durée de séjour et des conditions d'entrée et de séjour du requérant en France, la décision contestée ne porte pas au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée E rapport aux buts en vue desquels elle a été prise.

9. Enfin, la circonstance que le préfet des Alpes-Maritimes ait mentionné, à tort, que l'intéressé ne démontre pas avoir l'autorité parentale sur sa fille est sans incidence sur l'appréciation à laquelle s'est livré le préfet pour prendre sa décision au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La circonstance que le préfet ait mentionné qu'il n'a jamais sollicité de titre de séjour en France alors qu'il y a sollicité l'octroi d'une protection internationale est également sans incidence sur cette appréciation. En tout état de cause, il est constant que M. C ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et qu'il n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". En vertu de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

11. Il résulte des dispositions précitées que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères cités à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

12. D'une part, M. C a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'était assortie d'aucun délai de départ volontaire et il n'est pas démontré que cette décision serait illégale. Les circonstances dont le requérant fait état ne présentent aucun caractère humanitaire et ne font ainsi pas obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. E suite, c'est à bon droit que le préfet des Alpes-Maritimes a décidé d'assortir l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. C d'une telle interdiction.

13. D'autre part, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 du présent jugement, le requérant ne peut pas se prévaloir de la présence de son épouse et de sa fille sur le territoire français pour remettre en cause la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français. Il n'est donc pas fondé à soutenir que cette décision présenterait un caractère disproportionné au regard de son droit au respect de sa vie privée et familiale. E ailleurs, l'intéressé ne justifie pas avoir développé en France des liens personnels d'une intensité particulière et il se maintient irrégulièrement sur le territoire français en dépit d'une précédente décision d'éloignement prise à son encontre le 7 avril 2021. Dans ces conditions, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 octobre 2022 E lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. E suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées E M. C ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à l'avocat de M. C une somme au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. C tendant à obtenir le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Oloumi et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public E mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

N. BEYLSLa greffière,

signé

V. LABEAU

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou E délégation la greffière,

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