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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2205066

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2205066

jeudi 16 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2205066
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLENDOM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2022, M. C B, représenté par Me Lendom, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 octobre 2022 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille a confirmé la sanction disciplinaire prononcée à son encontre par le président de la commission de discipline de la maison d'arrêt de Grasse le 21 septembre 2022 ;

2°) d'annuler la décision du 21 septembre 2022 par laquelle le président de la commission de discipline de la maison d'arrêt de Grasse a prononcé à son encontre une sanction disciplinaire de sept jours de confinement en cellule assortie d'un sursis actif pendant une durée de six mois ;

3°) d'enjoindre à l'administration pénitentiaire d'effacer de son dossier toute mention de la sanction prononcée à son encontre le 21 septembre 2022 ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Le requérant soutient que :

- le compte rendu d'incident, sur le fondement duquel ont été engagés les poursuites disciplinaires qui ont abouti à la sanction litigieuse prononcée à son encontre, ne comporte pas l'identité et la qualité de son auteur en méconnaissance des dispositions de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration et, par conséquent, il n'est pas non plus établi que l'auteur de ce compte rendu d'incident n'aurait pas siégé lors de la commission de discipline du 21 septembre 2022 en méconnaissance des dispositions de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale ;

- la décision attaquée méconnaît le principe de valeur constitutionnelle du respect des droits de la défense et le principe d'impartialité garantis par les stipulations des articles 16 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2024, le garde des Sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête dès lors qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er décembre 2022.

Par une ordonnance du 9 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 septembre 2024 à 12 heures.

Par un courrier du 31 octobre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision du 21 septembre 2022 prononcée par le président de la commission de discipline de la maison d'arrêt de Grasse dès lors que la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille du 12 octobre 2022 prise à la suite du recours formé par M. B contre la sanction que lui a été infligée, s'y est substituée.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Constitution, et notamment son préambule ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de procédure pénale ;

- le code pénitentiaire ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°2009-1436 du 24 novembre 2009 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 novembre 2024 :

- le rapport de M. Holzer,

- et les conclusions de M. Combot, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par sa requête, M. B, incarcéré à la maison d'arrêt de Grasse entre le 3 mai 2022 et le 24 octobre 2022, demande au tribunal d'annuler, d'une part, la décision du 12 octobre 2022 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille a confirmé la sanction disciplinaire de sept jours de confinement en cellule assortie d'un sursis actif pendant une durée de six mois, prononcée à son encontre par le président de la commission de discipline de la maison d'arrêt de Grasse le 21 septembre 2022 ainsi que, d'autre part, ladite décision du 21 septembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 21 septembre 2022 du président de la commission de discipline de la maison d'arrêt de Grasse :

2. Aux termes de l'article R. 234-43 du code pénitentiaire : " Une personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par le président de la commission de discipline doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout recours contentieux. Le directeur interrégional dispose d'un délai d'un mois à compter de la réception du recours pour répondre par décision motivée. L'absence de réponse dans ce délai vaut décision de rejet ".

3. L'institution, par les dispositions précitées de l'article R. 234-43 du code pénitentiaire, d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit, qu'en l'espèce, la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille du 12 octobre 2022 prise à la suite du recours formé par M. B contre la sanction que lui a infligée le président de la commission de discipline de la maison d'arrêt de Grasse le 21 septembre 2022 s'est substituée à cette décision et est seule susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir. Par suite, et ainsi qu'en ont été informées les parties par le tribunal, le requérant n'est pas recevable à demander l'annulation de la décision du 21 septembre 2022. Ainsi, les conclusions de M. B tendant à son annulation doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision du 12 octobre 2022 du directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille :

4. Aux termes de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute personne a le droit de connaître le prénom, le nom, la qualité et l'adresse administratives de l'agent chargé d'instruire sa demande ou de traiter l'affaire qui la concerne ; ces éléments figurent sur les correspondances qui lui sont adressées. Si des motifs intéressant la sécurité publique ou la sécurité des personnes le justifient, l'anonymat de l'agent est respecté ".

5. Si les dispositions citées au point précédent sont applicables à toutes les procédures dans le cadre desquelles un agent est chargé du traitement d'une affaire, y compris les procédures disciplinaires, leur méconnaissance est, par elle-même, sans incidence sur la légalité de la décision prise, au terme de la procédure, par l'autorité administrative compétente. De la même manière, la circonstance que l'administration pénitentiaire ne justifierait pas des motifs l'ayant conduit à user de la faculté dont elle dispose de rendre anonyme le compte rendu d'incident est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

6. En l'espèce, il résulte du principe énoncé au point précédent que la circonstance alléguée par le requérant selon laquelle le compte rendu d'incident sur le fondement duquel ont été engagées les poursuites disciplinaires qui ont abouti à la sanction litigieuse prononcée à son encontre ne comporte pas l'identité et la qualité de son auteur est sans incidence sur la légalité de cette décision. Il en va de même de la circonstance selon laquelle l'administration pénitentiaire ne justifie pas des motifs l'ayant conduit à user de la faculté dont elle dispose de rendre anonyme ce compte rendu d'incident. Par suite, le moyen invoqué en ce sens par le requérant doit être écarté dans ses deux branches.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 234-12 du code pénitentiaire qui a repris les dispositions de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale applicables seulement jusqu'au 1er mai 2022 : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline ".

8. En l'espèce, M. B ne peut utilement se prévaloir des dispositions précitées de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation dès lors que ces dispositions n'étaient plus applicables à la date des décisions en litige. Toutefois, à supposer que le requérant puisse être regardé comme invoquant la méconnaissance des dispositions de l'article R. 234-12 du code pénitentiaire lesquelles ont reprises celles de l'article 57-7-13 du code de procédure pénale précité, il ressort des pièces du dossier que le compte rendu d'incident sur le fondement duquel ont été engagées les poursuites disciplinaires qui ont abouti à la sanction litigieuse prononcée à l'encontre de M. B a été rédigé par un surveillent portant le matricule n°14393 alors que l'assesseur pénitentiaire qui a siégé lors de la commission de discipline du 21 septembre 2022 portait le matricule n°14318. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 57-7-13 du code de procédure pénale reprises à l'article R. 234-12 du code pénitentiaire manque en fait et doit, par suite, être écarté.

9. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 16 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 : " Toute société dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n'a point de constitution ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial établi par la loi, qui décidera soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle () ". En outre, aux termes de l'article R. 234-1 du code pénitentiaire qui a repris les dispositions de l'article R. 57-7-5 du code de procédure pénale : " Pour l'exercice de ses compétences en matière disciplinaire, le chef de l'établissement pénitentiaire peut déléguer sa signature à son adjoint, à un fonctionnaire appartenant à un corps de catégorie A ou à un membre du corps de commandement du personnel de surveillance placé sous son autorité. / () ". Aux termes de l'article R. 234-2 du code pénitentiaire qui a repris les dispositions de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale : " La commission de discipline comprend, outre le chef de l'établissement pénitentiaire ou son délégataire, président, deux membres assesseurs ". Aux termes de l'article R. 234-3 du code pénitentiaire qui a repris les dispositions de l'article R. 57-7-7 du code de procédure pénale : " Les sanctions disciplinaires sont prononcées, en commission, par le président de la commission de discipline. Les membres assesseurs ont voix consultative ". Enfin, aux termes de l'article R. 234-14 du code pénitentiaire qui a repris les dispositions de l'article R. 57-7-15 du code de procédure pénale : " Le chef de l'établissement pénitentiaire ou son délégataire apprécie, au vu des rapports et après s'être fait communiquer, le cas échéant, tout élément d'information complémentaire, l'opportunité de poursuivre la procédure. Les poursuites disciplinaires ne peuvent être exercées plus de six mois après la découverte des faits reprochés à la personne détenue ".

10. En l'espèce, et d'une part, eu égard à la nature et au degré de gravité des sanctions disciplinaires encourues par les personnes détenues, qui n'ont, par elles-mêmes, pas d'incidence sur la durée des peines initialement prononcées, celles-ci ne constituent pas des accusations en matière pénale au sens des stipulations précitées du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, si les sanctions disciplinaires encourues par les personnes détenues peuvent entraîner des limitations de leurs droits et doivent être regardées de ce fait comme portant sur des contestations sur des droits à caractère civil, la nature administrative de l'autorité prononçant ces sanctions fait obstacle à ce que ces mêmes stipulations soient applicables à la procédure disciplinaire dans les établissements pénitentiaires. Par suite, M. B ne saurait utilement invoquer, en l'espèce, la méconnaissance des stipulations précitées du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. D'autre part, la circonstance que le chef d'établissement ou son délégataire apprécie, sur la base du rapport d'enquête rédigé à la suite du compte rendu d'incident et en application de l'article R. 234-14 du code pénitentiaire précité, l'opportunité de poursuivre la procédure disciplinaire puis prononce le cas échéant, en tant que président de la commission de discipline et en vertu de l'article R. 234-3 du code pénitentiaire, les sanctions disciplinaires retenues contre la personne détenue, ne méconnaît ni le principe de valeur constitutionnelle du respect des droits de la défense ni le principe général du droit d'impartialité, applicables en matière de procédures administratives disciplinaires. Par suite, en l'espèce, la circonstance que M. D ait décidé d'engager les poursuites sur la base du rapport d'enquête rédigé le 30 août 2022 par le capitaine E A puis qu'il ait présidé la commission de discipline du 21 septembre 2022, ne méconnaît aucun des deux principes susmentionnés.

12. Il résulte ainsi de ce qui a été dit aux points 10 et 11 du jugement que le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît le principe de valeur constitutionnelle du respect des droits de la défense et le principe d'impartialité garantis par les stipulations des articles 16 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. En dernier lieu, en se bornant à soutenir que les faits décrits dans le rapport d'indicent du 29 août 2022 ayant donné lieu à l'engagement de poursuites disciplinaires et à la décision de sanction litigieuse se justifient au regard de sa pathologie psychiatrique et de ses conditions de détention à l'isolement et en gestion menottée, M. B ne saurait toutefois être regardé comme contestant utilement ni la matérialité des faits qui lui sont reprochés ni leur qualification en faute disciplinaire pouvant entrainer la sanction retenue. Par suite, le moyen invoqué par le requérant tiré de ce que la décision litigieuse est entachée d'une erreur d'appréciation eu égard à son état psychiatrique et à ses conditions de détention ne peut qu'être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 12 octobre 2022 du directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille. Par suite, les conclusions présentées en ce sens par le requérant doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de M. B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante dans cette instance, les conclusions présentées par M. B sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Lendom, et au garde des Sceaux, ministre de la justice.

Copie en sera adressée au directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

M. Holzer, premier conseiller,

Mme Cueilleron, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 janvier 2025.

Le rapporteur,

signé

M. Holzer

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

C. Sussen

La République mande et ordonne au garde des Sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

N°2205066

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