jeudi 25 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2205167 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CABINET OLOUMI - HMAD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 octobre 2022, M. B E, représenté par Me Hanan Hmad, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, dans l'attente, de lui délivrer en application de l'article L. 614-16 du même code, une autorisation provisoire de séjour l'habilitant à travailler et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et lui remettre dans l'attente un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2.000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à son profit.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure lié à l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît l'article 7 quater (nouveau) de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a commis une erreur de droit en indiquant que s'il fait valoir la présence de son frère et de ses deux sœurs en France, " il ne justifie pas du caractère impérieux de sa présence auprès d'eux et n'apporte aucun élément étayant cette nécessité ;
- l'arrêté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet des Alpes-Maritimes a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par ordonnance du 5 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 décembre 2022 à 12H00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 (modifié) relatif au séjour et au travail des personnes ;
- le protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne signé le 28 avril 2008 et publié par décret n° 2009-905 du 24 juillet 2009 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Mear, présidente-rapporteure ;
- et les observations de Me Hmad, représentant M. E.
Considérant ce qui suit :
1. M. B E, ressortissant de nationalité tunisienne, né le 14 décembre 1989, a présenté le 24 mars 2022 une demande d'admission au séjour. Par un arrêté, en date du 29 septembre 2022, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. E demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté du 29 septembre 2022 dont la légalité est contestée a été signé pour le préfet des Alpes-Maritimes par Mme G F, directrice de la règlementation, de l'intégration et des migrations. Par arrêté n° 2022-731, du 1er septembre 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°197-2022 de la préfecture des Alpes-Maritimes, Mme F a reçu délégation permanente de signature à l'effet de signer au nom du préfet des Alpes-Maritimes les actes et documents relevant du domaine de compétence de la direction précitée, dont notamment l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté du 29 septembre 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " (). Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".
4. Si M. E fait valoir qu'il réside en France depuis 2012, soit depuis plus de dix années, il ne l'établit pas par les pièces jointes au dossier, notamment, au titre de l'année 2012, année pour laquelle il ne produit qu'une seule pièce, une copie du relevé de son livret A, ne faisant état que d'un versement en date du 10 décembre 2012. Dans ces conditions, l'intéressé qui n'établit pas résider habituellement en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté attaqué n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes était tenu de saisir la commission du titre de séjour en application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " -1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien visé ci-dessus : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention vie privée et familiale ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
6. M. E fait valoir résider habituellement en France depuis le 1er décembre 2012 et s'être marié avec Mme A D qui réside à ses côtés depuis 2018, dont il a eu un enfant, C E, née en France le 22 août 2019. Il ajoute disposer d'une promesse d'embauche pour un poste en contrat à durée indéterminée en qualité de peintre et avoir fixé le centre de sa vie privée et familiale sur le territoire français où résident régulièrement son frère et ses deux sœurs. Toutefois, par les pièces jointes au dossier, il ne justifie ni de la date ni de la régularité de son entrée sur le territoire français, ni de la durée alléguée de sa résidence habituelle en France, notamment au cours de l'année 2012. En outre, il ne justifie pas d'une insertion particulière dans la société française en se bornant à faire valoir qu'il disposerait d'une promesse d'embauche, laquelle n'est pas datée et d'une proposition de contrat de travail postérieure à l'arrêté en litige et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français en dépit de plusieurs refus de titres de séjour et de deux obligations de quitter le territoire français prises à son encontre en 2016. Par ailleurs, s'il se prévaut de la présence de ses deux sœurs et de son frère en France, il n'établit pas qu'il serait dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine et ne fait pas état d'un obstacle à la reconstitution de sa vie familiale en Tunisie avec Mme A D, son épouse, qui à la date de l'arrêté attaqué réside également de manière irrégulière sur le territoire français, et leur enfant. Dans ces conditions, le requérant n'est fondé à soutenir ni que l'arrêté en litige porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris et ainsi qu'il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En quatrième lieu, en mentionnant que si le requérant fait valoir la présence de ses deux frères et d'une sœur en France, " il ne justifie pas du caractère impérieux de sa présence auprès d'eux et n'apporte aucun élément étayant cette nécessité " le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas ajouté à la loi ni commis une erreur de droit mais s'est ainsi borné à constater que M. E ne disposait pas de charge de famille en France hormis son épouse et son enfant. En tout état de cause, par les autres motifs retenus le préfet aurait pris la même décision de refus de délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " au requérant.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
9. Les circonstances invoquées au point 6 du présent jugement ne constituent pas, en l'espèce, des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires au sens de dispositions précitées de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet des Alpes-Maritimes a entaché sa décision portant rejet de l'admission exceptionnelle au séjour du requérant au titre de sa vie privée et familiale, d'une erreur manifeste d'appréciation, doit être écarté.
10. En sixième et dernier lieu, si le requérant soutient que c'est à tort que le préfet a refusé son admission exceptionnelle au séjour aux motifs, notamment, qu'il ne dispose pas d'une demande d'autorisation de travail souscrite par son employeur et ne justifie pas avoir les compétences requises pour occuper l'emploi indiqué dans la promesse d'embauche dont il se prévaut, il résulte de l'instruction que par l'autre motif invoqué tiré de ce que M. E " ne justifie pas d'une insertion professionnelle d'une intensité et d'une qualité suffisante ", le préfet aurait pris la même décision. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet des Alpes-Maritimes a, dans le cadre de l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, entaché sa décision portant refus d'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 septembre 2022 par lequel le préfet des Alpes Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au préfet des Alpes-Maritimes.
- Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 4 mai 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Mear, présidente,
- Mme Kolf, conseillère,
- M. Cherief, conseiller,
- assistés de Mme Suner, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.
L'assesseure la plus ancienne, La présidente,
signésigné
S. KOLF
J. MEAR La greffière,
signé
V. SUNER
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
ou par délégation la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026