mercredi 2 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2205183 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat Mme GAZEAU |
| Avocat requérant | CHARAMNAC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 octobre 2022, M. C B, représenté par Me Abdoulaye Moussa, demande au tribunal :
1°) d'ordonner au préfet du Var la communication de son entier dossier ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 octobre 2022 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
3°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation sur le fondement de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
4°) d'enjoindre au préfet du Var de mettre à jour le fichier SIS en effaçant le signalement aux fins de non-admission dont il fait l'objet ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- il doit être considéré comme étant demandeur d'asile et qu'ainsi la décision méconnaît l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet du Var a porté une atteinte grave et illégale à son droit de solliciter une protection internationale en ne procédant pas à l'enregistrement de sa demande d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- cette décision est contraire au principe de non-refoulement.
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- cette décision ne précise pas avec exactitude le pays de renvoi de sorte qu'elle le maintien dans une confusion concernant son devenir, portant ainsi une atteinte grave à sa situation personnelle ;
- cette décision a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cette décision est contraire au principe de non-refoulement.
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 novembre 2022 à 14h58, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Gazeau, première conseillère.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 novembre 2022 à 15h :
- le rapport de Mme Gazeau, magistrate désignée,
- et les observations de M. B, assisté de Mme A, interprète en langue arabe, qui déclare avoir fait une demande de papiers en Italie, que sa copine vit en Italie, qu'il est venu en France pour récupérer des affaires avant de repartir en Italie et qu'il souhaite partir de France pour rentrer en Italie.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 28 octobre 2022, le préfet du Var a obligé M. B, ressortissant algérien, à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. M. B demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir cet arrêté.
Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la communication de l'entier dossier de M. B :
3. Le préfet du Var a produit des pièces relatives à la situation administrative de M. B, l'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'un tel examen doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, () ". Aux termes de l'article L. 521-4 du même code : " L'enregistrement a lieu au plus tard trois jours ouvrés après la présentation de la demande d'asile à l'autorité administrative compétente, sans condition préalable de domiciliation. Toutefois, ce délai peut être porté à dix jours ouvrés lorsqu'un nombre élevé d'étrangers demandent l'asile simultanément. ". Aux termes de l'article L. 521-7 du même code : " Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile dont les conditions de délivrance et de renouvellement sont fixées par décret en Conseil d'Etat. La durée de validité de l'attestation est fixée par arrêté du ministre chargé de l'asile. / La délivrance de cette attestation ne peut être refusée au motif que l'étranger est démuni des documents et visas mentionnés à l'article L. 311-1. Elle ne peut être refusée que dans les cas prévus aux c ou d du 2° de l'article L. 542-2. / Cette attestation n'est pas délivrée à l'étranger qui demande l'asile à la frontière ou en rétention. " Aux termes de l'article L. 521-14 du même code : " Au moment de sa présentation auprès de l'autorité administrative en vue de l'enregistrement d'une première demande d'asile en France, l'étranger ne peut être regardé comme présentant le risque non négligeable de fuite défini à l'article L. 751-10. ". Enfin, aux termes de l'article R. 521-1 du même code : " () lorsqu'un étranger, se trouvant à l'intérieur du territoire français, demande à bénéficier de l'asile, l'enregistrement de sa demande relève du préfet de département et, à Paris, du préfet de police. ".
6. Il ressort du procès-verbal d'audition par les services de police le 28 octobre 2022 à 15h40 qu'interrogé sur les raisons de son départ d'Algérie, M. B a répondu : " j'ai quitté l'Algérie en 2020 au moment du COVID. Je suis parti d'Algérie car je devais de l'argent et qu'ils ont essayé de me tuer ". Il a aussi indiqué ne pas vouloir retourner en Algérie en raison de sa peur " car des gens me veulent du mal " et " des soucis que je vais avoir là-bas ". Enfin, à la question de savoir s'il avait des éléments sur sa situation personnelle à porter à la connaissance du préfet, il a uniquement précisé " je peux aller en Espagne ou Italie, mais pas en Algérie j'ai trop peur ". Ainsi, en se bornant à préciser qu'il a peur en cas de retour en Algérie, le requérant ne peut être regardé comme ayant demandé l'asile. Dans ces conditions, le préfet du Var, qui n'était donc pas saisi d'une demande d'asile de la part de M. B, n'a pas méconnu les dispositions précitées en prenant à son encontre une obligation de quitter le territoire français et n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
7. En troisième lieu, si M. B invoque l'atteinte portée à son droit de solliciter une protection internationale, il ne soutient ni même n'allègue craindre pour sa vie en cas de retour en Algérie ou dans tout autre pays où il justifierait être légalement admissible, se bornant à indiquer avoir peur dans son pays d'origine sans plus d'explications. Dans ces conditions, le moyen soulevé ne peut qu'être écarté.
8. En quatrième lieu, le requérant ne justifiant pas de sa qualité de demandeur d'asile en France ou dans un autre Etat de l'espace Schengen, il ne peut utilement se prévaloir du principe de non-refoulement des réfugiés énoncé par les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève.
En ce qui concerne la décision déterminant le pays de renvoi :
9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
10. En premier lieu, la décision fixant le pays de renvoi vise les dispositions citées au point précédent et fait mention de ce que le renvoi en Algérie de M. B n'était pas susceptible d'entrainer son exposition à des peines ou traitements contraires à la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation manque en fait et doit être écarté.
11. En deuxième lieu, M. B soutient encourir des risques pour sa vie en cas de retour en Algérie. S'il a déclaré lors de son audition avoir quitté l'Algérie au motif qu'il devait de l'argent, " qu'ils ont essayé de me tuer " et que " des gens me veulent du mal ", il n'apporte toutefois aucun élément circonstancié de nature à démontrer qu'il ferait l'objet de persécutions ou risquerait d'être exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Algérie. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'atteinte au principe de non-refoulement doivent être écartés.
12. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit, le requérant ne justifie pas des risques encourus en cas de renvoi dans son pays d'origine ou dans tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible. En outre, s'il soutient que cette décision porte une atteinte grave à sa situation personnelle ou familiale, il n'en justifie pas davantage, le requérant ayant d'ailleurs déclaré lors de son audition par les services de police être célibataire et sans enfant. Si le requérant fait état de ce que la mesure en litige ne précise pas avec exactitude le pays de renvoi, créant ainsi une confusion concernant son devenir, il ressort néanmoins des mentions portées dans l'acte querellé que celui-ci détermine le pays de destination de la mesure d'éloignement avec des précisions suffisantes en indiquant qu'il sera reconduit vers le pays dont il a la nationalité ou tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des risques qu'il encourt doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
13. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français et de la décision déterminant le pays de renvoi soulevé contre l'interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 octobre 2022 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par suite, les conclusions à fin d'injonction de M. B doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence les conclusions relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Var.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.
Lu en audience publique le 2 novembre 2022.
La magistrate désignée,
signé
D. GazeauLa greffière,
signé
H. Diaw
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne
ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,
contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026