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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2205227

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2205227

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2205227
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme GAZEAU
Avocat requérantBENABU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 novembre 2022, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de l'arrêté du 27 octobre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé de son transfert aux autorités allemandes responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Il soutient qu'il veut rester en France et qu'il n'a pas de famille en Allemagne.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 novembre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le moyen soulevé est infondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-4 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Gazeau, première conseillère.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 novembre 2022 à 9h30 :

- le rapport de Mme Gazeau, magistrate désignée,

- et les observations de Me Benabu, avocat commis d'office, représentant le requérant, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens ; demande en outre le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ; soutient, de plus, que l'arrêté en litige a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que les dispositions de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 relatives au droit à l'information du demandeur ont été méconnues en l'absence de remise à celui-ci des brochures, dans une langue qu'il comprend, l'informant de la mise en œuvre du règlement Dublin III et que cet arrêté est intervenu en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des risques qu'il encourt en cas de renvoi, par ricochet, dans son pays d'origine.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant russe, a sollicité son admission au séjour au titre du droit d'asile en France le 23 juin 2022. Après consultation du fichier Eurodac, le préfet des Bouches-du-Rhône, estimant que la France n'était pas responsable de sa demande d'asile, a saisi les autorités allemandes le 22 juillet 2022, lesquelles ont donné leur accord le 27 juillet suivant pour reprendre en charge l'intéressé. Le 27 octobre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a pris à l'encontre de l'intéressé un arrêté portant transfert aux autorités allemandes responsables de l'examen de sa demande d'asile. M. A demande au tribunal l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 19 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'avocat commis ou désigné d'office dans les cas prévus par la loi peut saisir le bureau d'aide juridictionnelle compétent au lieu et place de la personne qu'il assiste ou qu'il a assistée ". Aux termes de l'article 20 de la même loi : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. M. A a été assisté de Me Benabu, avocat commis d'office, qui a formulé expressément lors de ses observations orales au cours de l'audience publique du 9 novembre 2022, une demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

4. Dans les circonstances de l'espèce, en raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions d'annulation :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; / e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5 () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la remise au requérant des versions en langue russe de la brochure A " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande d'asile " et de la brochure B " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ", correspondant à l'information prescrite à l'article 4 précité du règlement n° 604/2013, a été réalisée le 23 juin 2022, avec l'assistance d'un interprète en langue russe, dans les locaux de la préfecture des Alpes-Maritimes. Par suite, le requérant, qui s'est vu remettre en temps utile, les brochures A et B dans une langue qu'il comprend, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

7. En deuxième lieu, le requérant se borne à soutenir qu'il veut rester en France et qu'il n'a pas de famille en Allemagne, sans verser de pièces au soutien de ses affirmations. Dans ces conditions, un tel moyen, qui n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé ne peut qu'être écarté.

8. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. D'une part, si le requérant soutient qu'il serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants s'il venait à être renvoyé en Russie, l'arrêté contesté n'a ni pour effet, ni pour objet de le renvoyer vers son pays d'origine. D'autre part, ce dernier ne démontre pas qu'il serait exposé en Allemagne à de tels traitements, pas plus que sa demande d'asile n'y serait pas régulièrement examinée et qu'il serait renvoyé vers son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant et dès lors ne peut être qu'écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.

Rendu public par mise à disposition le 24 novembre 2022.

La magistrate désignée,

signé

D. GazeauLa greffière,

signé

H. Diaw

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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