mardi 17 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2205447 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SZEPETOWSKI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 novembre 2022, 3 février et 22 février 2023, Mme B C et M. A C, représentés par Me Szepetowski, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2021 par lequel le maire de Vallauris Golfe-Juan a délivré à la société à responsabilité limitée (SARL) Première Pierre un permis de construire un ensemble immobilier de douze logements sur l'unité foncière composée des parcelles cadastrées section AR n°s 253, 313, 476, 478, 479 et situé 244 avenue Georges Pompidou, lequel a été transféré à la société civile de construction vente (SCCV) Villa Monceau par un arrêté du 29 avril 2022 ;
2°) d'annuler la décision par laquelle le maire de Vallauris Golfe-Juan a implicitement refusé de faire droit à leur demande datée du 21 juillet 2022 tendant au retrait du permis de construire délivré le 14 octobre 2021 ;
3°) de rejeter la demande indemnitaire présentée par la société Villa Monceau en application des dispositions de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme ;
4°) de mettre à la charge de l'auteur de la fraude alléguée la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le permis de construire litigieux a été délivré à la suite d'une manœuvre frauduleuse consistant à ne pas matérialiser l'assiette de la servitude de passage dont ils bénéficient et en comptabilisant cet espace au titre des espaces verts afin d'échapper à l'application de la règle posée par les dispositions de l'article UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme laquelle impose qu'au minimum 50% du terrain d'assiette soit traité en espaces verts ;
- la demande indemnitaire présentée sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme par la société Villa Monceau est infondée.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 décembre 2022 et 9 février 2023, la société Villa Monceau, représentée par Me Pons, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet au fond et, en tout état de cause, d'une part, à ce que les requérants soient condamnés à lui verser, sur le fondement des dispositions de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme, la somme totale de 516 285, 36 euros au titre de l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subi du fait de leur recours ainsi qu'une amende pour recours abusif sur le fondement des dispositions de l'article L. 741-12 du code de justice administrative et, d'autre part, à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à leur charge au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable compte tenu de sa tardiveté ;
- à titre subsidiaire, le permis de construire litigieux n'est entaché d'aucune manœuvre frauduleuse.
La requête a été communiquée à la commune de Vallauris Golfe-Juan et à la société Première Pierre qui n'ont pas produit de mémoire en défense.
La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par une ordonnance du 1er juin 2023.
Par un courrier du 8 septembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article R. 741-12 du code de justice administrative tendant à ce que les requérants soient condamnés à payer une amende pour recours abusif sont irrecevables compte tenu du fait qu'une telle faculté constitue un pouvoir propre du juge.
La société Villa-Monceau a produit ses observations par un mémoire enregistré le 12 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 septembre 2023 :
- le rapport de M. Holzer,
- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,
- et les observations de Me Liégeois, représentant la société Villa Monceau.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 14 octobre 2021, le maire de Vallauris Golfe-Juan a délivré à la société Première Pierre un permis de construire un ensemble immobilier de douze logements sur l'unité foncière composée des parcelles cadastrées section AR n°s 253, 313, 476, 478, 479 et situé 244 avenue Georges Pompidou, lequel a été transféré à la société Villa Monceau par un arrêté du 29 avril 2022. Par un courrier du 21 juillet 2022, M. et Mme C, propriétaires d'une parcelle voisine, ont demandé au maire de Vallauris de procéder au retrait pour fraude de ce permis de construire. Cette demande est restée sans réponse de la part du maire de la commune. Par leur requête, les époux C demandent au tribunal d'annuler, d'une part, l'arrêté du 14 octobre 2021 et, d'autre part, la décision née du silence gardé par le maire de la commune sur leur demande du 21 juillet 2022 par laquelle ce dernier a refusé de procéder au retrait du permis de construire litigieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 14 octobre 2021 :
2. D'une part, aux termes de l'article UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune, relatif au traitement des espaces libres et plantations : " () Dans toute la zone UB, à l'exception des secteurs UBf, UBg et UBh : / Les surfaces libres de toute occupation du sol () devront être traitées en espaces verts. / Les espaces libres sont définis et calculés selon l'article 10 des dispositions générales du présent règlement. / () Dans les secteurs UBc () / Au minimum 50% de la surface de l'îlot de propriété doit être traitée en espace libre complanté sans imperméabilisation du sol (). ". Aux termes de l'article 10 des dispositions générales de ce règlement : " Les espaces libres sont par nature non imperméabilisés et complantés. / () ne constituent pas des espaces libres mais des espaces imperméabilisés : / - les parties de terrain affectées aux voies quel que soit leur revêtement / - les allées et circulations piétonnes maçonnées ou imperméabilisées / () ".
3. D'autre part, la caractérisation d'une fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme. Une information erronée ne peut, à elle seule, faire regarder le pétitionnaire comme s'étant livré à l'occasion du dépôt de sa demande à des manœuvres destinées à tromper l'administration.
4. En l'espèce, les requérants soutiennent que le permis de construire litigieux a été délivré à la suite d'une manœuvre frauduleuse consistant à ne pas matérialiser l'intégralité de l'assiette de la servitude de passage dont ils bénéficient et en comptabilisant cet espace au titre des espaces verts alors qu'il ne constitue pas un espace libre au sens de l'article 10 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme, dans le but de contourner l'application des principes posés par les dispositions de l'article UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme lesquelles imposent qu'au minimum 50% du terrain d'assiette du projet soit traité en espaces verts.
5. Il ressort des pièces du dossier que les différents plans annexés à la demande de permis de construire et notamment le plan de masse, coté PC2-2, et le plan du rez-de-chaussée, n'ont matérialisé par une zone hachurée en bleu accompagnée de la mention " création servitude pour voisin " qu'une partie du périmètre constituant la servitude dont bénéficient les requérants tout en comptabilisant, à tort, au titre des espaces verts le reste du périmètre de cette servitude. Si, sans une telle circonstance, le projet litigieux n'aurait pas pu atteindre la quantité d'espaces verts exigée par les dispositions précitées de l'article UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme, aucun élément du dossier ne permet de considérer que la société pétitionnaire aurait commis sciemment une telle erreur en vue de tromper l'administration sur la réalité du projet, alors d'ailleurs que celui-ci n'est pas compromis par la correction de cette erreur d'une ampleur limitée. Par ailleurs, par un courrier du 1er juin 2023, la société Villa Monceau a expressément reconnu, au cours de cette instance, l'existence de cette erreur affectant les plans de la demande de permis de construire et a déposé, le 3 juillet 2023, une demande de permis de construire modificatif visant à rectifier cette erreur commise sur les plans initiaux et à modifier son projet en vue de le mettre en conformité avec les dispositions de l'article UE 13 du règlement du plan local d'urbanisme. Dans ces conditions et dans la mesure où la fraude alléguée par les requérants n'est pas établie, un tel moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision implicite de rejet de la demande de retrait du permis de construire litigieux :
6. Un tiers justifiant d'un intérêt à agir est recevable à demander, dans le délai du recours contentieux, l'annulation de la décision par laquelle l'autorité administrative a refusé de faire usage de son pouvoir d'abroger ou de retirer un acte administratif obtenu par fraude, quelle que soit la date à laquelle il l'a saisie d'une demande à cette fin. Dans un tel cas, il incombe au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, d'une part, de vérifier la réalité de la fraude alléguée et, d'autre part, de contrôler que l'appréciation de l'administration sur l'opportunité de procéder ou non à l'abrogation ou au retrait n'est pas entachée d'erreur manifeste, compte tenu notamment de la gravité de la fraude et des atteintes aux divers intérêts publics ou privés en présence susceptibles de résulter soit du maintien de l'acte litigieux soit de son abrogation ou de son retrait.
7. En l'espèce, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 de ce jugement et en l'absence de manœuvres frauduleuses, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que le maire de Vallauris Golfe-Juan a refusé de procéder au retrait pour fraude du permis de construire délivré le 14 octobre 2021. Ce moyen doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation, d'une part, de l'arrêté du 14 octobre 2021 portant délivrance d'un permis de construire et, d'autre part, de la décision par laquelle le maire de Vallauris Golfe-Juan a implicitement refusé de procéder au retrait pour fraude de ce permis, doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la société Villa Monceau.
Sur les conclusions indemnitaires présentées par la société Villa Monceau sur le fondement des dispositions de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme :
9. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts. La demande peut être présentée pour la première fois en appel. ".
10. Il ne résulte pas de l'instruction que le recours de M. et Mme C aurait été mis en œuvre dans des conditions traduisant un comportement abusif de leur part. Dans ces conditions, les conclusions indemnitaires présentées par la société Villa Monceau sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées par la société Villa Monceau sur le fondement des dispositions de l'article R. 741-12 du code de justice administrative :
11. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ".
12. La faculté prévue par les dispositions citées au point précédent constituant un pouvoir propre du juge, les conclusions présentées par la société Villa Monceau sur ce fondement ne sont pas recevables et ne peuvent qu'être rejetées alors, qu'en tout état de cause, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le recours introduit par les époux C ne présente pas de caractère abusif.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des sociétés Première Pierre et Villa Monceau, qui ne sont pas les parties perdantes dans cette instance, une somme au titre des frais exposés par les époux C et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas non plus lieu de mettre à la charge des requérants une somme au titre de ces mêmes frais exposés par la société Villa Monceau.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la société Villa Monceau au titre des dispositions de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme et des dispositions des articles R. 741-12 et L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à M. A C, à la société à responsabilité limitée Première Pierre, à la société civile de construction vente Villa Monceau et à la commune de Vallauris Golfe-Juan.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pascal, président,
M. Holzer, conseiller,
Mme Duroux, conseillère,
assistés de Mme Ravera, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.
Le rapporteur,
signé
M. HOLZER
Le président,
signé
F. PASCAL
La greffière,
signé
C. RAVERA
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
N°2205447
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026