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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2205479

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2205479

mardi 27 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2205479
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantOLOUMI AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 18 novembre 2022 et le 8 janvier 2024, M. A B et Mme C B, représentés par Me Oloumi, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions implicites par lesquelles le préfet des Alpes-Maritimes a refusé leur admission au séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de leur délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de leur délivrer, dans l'attente, un document les autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour à compter du 9eme jour de retard ; à défaut, de réexaminer leurs demandes et de leur délivrer, pour la durée du réexamen, des récépissés de demande de titre de séjour assortis d'autorisations de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, en cas d'obtention de l'aide juridictionnelle, de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation, faute pour le préfet d'avoir répondu à leur demande de communication de motifs ;

- elles portent une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale ;

- elles méconnaissent la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et la convention internationale des droits de l'enfant

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Guilbert,

- les conclusions de Mme Belgueche, rapporteur public,

- et les observations de Me Oloumi, représentant de Mr et Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B, ressortissants pakistanais, déclarent être entrés en France en 2009. Par un courrier du 26 juin 2021, reçu en préfecture le 1er juillet 2021, ils ont sollicité leur admission au séjour en application des articles L.423-23 et L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faisant valoir la durée de leur séjour en France et l'intérêt supérieur de leurs enfants. Le silence gardé par l'administration pendant quatre mois a fait naître une décision implicite de rejet, dont ils demandent l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titre de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 311-12-1 du même code : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 311-12 naît au terme d'un délai de quatre mois. ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L.232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. "

3. Ainsi qu'il a été dit au point 1, M. et Mme B ont déposé une demande d'admission au séjour le 1er juillet 2021. En l'absence de réponse à leur demande dans le délai de quatre mois, une décision de rejet implicite est née. M. et Mme B ont sollicité, par courrier reçu par la préfecture des Alpes-Maritimes le 25 novembre 2021, la communication des motifs de la décision implicite de rejet. Le préfet n'a pas répondu à cette demande. Dès lors, les requérants sont fondés à soutenir que la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes leur a implicitement refusé la délivrance d'un titre de séjour est insuffisamment motivée.

4. Il s'ensuit que les décisions par lesquelles le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement rejeté la demande d'admission au séjour présentée par M. et Mme B doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. L'exécution du présent jugement implique seulement, eu égard au motif d'annulation retenu, que le préfet des Alpes-Maritimes procède à un réexamen de la demande de M. et Mme B. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer leur demande d'admission au séjour dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

6. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise () ". Aux termes de l'article R. 431-14 du même code : " Est autorisé à exercer une activité professionnelle le titulaire du récépissé de demande de première délivrance des titres de séjour suivants : () 3° La carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " prévue à l'article L. 423-1, L. 423-7, L. 423-8, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-22, L. 425-1 ou L. 426-5 ; ". En l'espèce, M. et Mme B ont sollicité leur admission au séjour au titre de leur vie privée et familiale telle que prévue aux articles L. 423-23 et L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à M. et Mme B des récépissés autorisant leur présence sur le territoire le temps du réexamen de leur demande sans assortir ces récépissés d'autorisations de travail.

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : Les décisions implicites par lesquelles le préfet des Alpes-Maritimes a refusé l'admission au séjour de M. et Mme B sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer la demande de M. et Mme B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de leur délivrer, pour la durée du réexamen, des récépissés autorisant leur présence sur le territoire.

Article 3 : L'Etat versera à M. et Mme B une somme de 600 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et Mme C B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Grasse

Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Soli, président,

Mme Gazeau, première conseillère,

Mme Guilbert, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2024 .

La rapporteure,

signé

L. Guilbert

Le président,

signé

P. Soli La greffière,

signé

L. Bianchi

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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