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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2205490

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2205490

jeudi 8 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2205490
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELAS FIDAL - BUREAU DE LYON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 novembre 2022, la commune de Biot, représentée par Me Amblard, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 19 octobre 2022 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a suspendu l'effet exécutoire de la délibération du 22 septembre 2022 approuvant la modification de droit commun n° 9 de son plan local d'urbanisme, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la décision attaquée a pour conséquence d'empêcher la mise en œuvre de la modification n° 9 et donc son entrée en vigueur, ce qui fait notamment obstacle à la délivrance d'un permis de construire une résidence étudiante locative sociale de 102 logements déposé le 1er août 2022 ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée dès lors que :

- les conditions nécessaires à la mise en œuvre de l'article L. 153-25 du code de l'urbanisme ne sont pas réunies ;

- le préfet a commis plusieurs erreurs d'appréciation, dès lors que, d'une part, la suppression des ERMS résulte de leur caractère irréalisable et est insusceptible de caractériser une compromission grave des objectifs de diversité des fonctions urbaines et rurales et de mixité sociale dans l'habitat, d'autre part, les outils de mixité sociale proposés en remplacement sont réalisables ;

- les modifications demandées sont entachées d'erreur de droit car elles n'ont pas pour finalité d'amender le PLU mais de prescrire à ses rédacteurs des études assorties de compléments rédactionnels.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2022, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

-la condition d'urgence n'est pas remplie ;

-aucun moyen soulevé n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 18 novembre 2022 sous le numéro 22505489 par laquelle la commune de Biot demande l'annulation de la décision attaquée ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. Bonhomme, président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique du 6 décembre 2022 :

- le rapport de M. Bonhomme, juge des référés,

- les observations de Me Amblard, représentant la commune de Biot,

- et celles de Mme B et de M. A, représentant le préfet des Alpes Maritimes,

à l'issue de laquelle le juge des référés a clos l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Par délibération du 22 septembre 2022, le conseil municipal de Biot a approuvé la modification de droit commun n° 9 de son plan local d'urbanisme (PLU). Celle-ci a toutefois fait l'objet, le 19 octobre 2022, d'une décision du préfet des Alpes-Maritimes suspendant son caractère exécutoire. Par la présente requête, la commune de Biot demande la suspension de l'exécution de cette dernière.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

Sur l'urgence :

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. La demande du préfet des Alpes-Maritimes intervenue par la décision contestée a notamment pour effet de subordonner l'entrée en vigueur de la modification de droit commun n° 9 du plan local d'urbanisme de la commune de Biot au rétablissement des six emplacements réservés pour mixité sociale et du périmètre de mixité sociale supprimés dans l'attente d'un bilan qualitatif et quantitatif pour contribuer aux éléments de diagnostic nécessaire à la future révision du plan local d'urbanisme, à l'apport d'éléments précis d'étude pour qualifier et quantifier les besoins réels de logements spécifiques au titre des trois nouveaux emplacements réservés pour mixité sociale créés par rapport à l'offre biotoise déjà existante, à l'apport d'éléments précis d'étude de faisabilité de l'emplacement réservé pour mixité sociale n° 17 et enfin à l'établissement d'un bilan global, précis et argumenté pour l'ensemble des emplacements réservés pour mixité sociale et du périmètre de mixité sociale. Dès lors que la mise en œuvre de tous ces éléments est de nature à retarder l'entrée en vigueur du document d'urbanisme approuvé par le conseil municipal, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

Sur le doute sérieux :

5. Aux termes de l'article L. 153-44 du code de l'urbanisme : " L'acte approuvant une modification devient exécutoire dans les conditions définies aux articles L. 153-23 à L. 153-26 ". Aux termes de l'article L. 153-25 de ce code : " Lorsque le plan local d'urbanisme porte sur un territoire qui n'est pas couvert par un schéma de cohérence territoriale approuvé, l'autorité administrative compétente de l'Etat notifie, dans le délai d'un mois prévu à l'article L. 153-24, par lettre motivée à l'établissement public de coopération intercommunale ou à la commune, les modifications qu'il estime nécessaire d'apporter au plan lorsque les dispositions de celui-ci : / ()

2° Compromettent gravement les principes énoncés à l'article L. 101-2 () / 6° Sont de nature à compromettre la réalisation d'un programme local de l'habitat () ".

6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la commissaire enquêtrice a émis un avis favorable au projet de modification dont il s'agit à la suite de l'enquête publique menée du 29 mai au 15 juillet 2022, en concluant que cette modification n° 9 propose une urbanisation raisonnée et adaptée au quartier des Soullières via l'aménagement des terrains existants avec une élévation de la population plus raisonnée que dans le plan local d'urbanisme actuel, que cette modification permettra de préserver l'intégralité des valeurs et du patrimoine du village tout en tenant compte de la nature environnante, qu'elle permettra d'accroître le potentiel de réalisation de logements sociaux : ainsi, les outils de mixité sociale permettent de créer 735 logements sociaux au lieu de 699 actuellement et de garantir une production de ces logements pertinente tant d'un point de vue spatial que comptable. Contrairement à ce qu'a retenu le préfet des Alpes-Maritimes par la décision en litige du 19 octobre 2022, il n'apparaît pas, à ce stade, qu'à elle seule, la modification de droit commun n° 9 du plan local d'urbanisme de Biot compromet gravement les principes énoncés à l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme ni qu'elle est de nature à compromettre la réalisation du programme local de l'habitat de la communauté d'agglomération Sophia Antipolis, laquelle a d'ailleurs émis un avis favorable au projet le 11 juillet 2022. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 153-25 du code de l'urbanisme citées au point précédent et de leur inexacte application sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

7. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, en l'état du dossier soumis au juge des référés du tribunal, aucun autre moyen n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à la commune de Biot.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du préfet des Alpes-Maritimes du 19 octobre 2022 est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : L'Etat versera à la commune de Biot la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Biot et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Une copie sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Fait à Nice, le 8 décembre 2022.

Le juge des référés,

Signé

T. BONHOMME

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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