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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2205494

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2205494

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2205494
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistart Mme Duroux
Avocat requérantMORE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 novembre 2022, M. C D, représenté par Me More, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 novembre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation sur le fondement de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de supprimer son inscription dans le système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée dès lors que sa situation familiale n'a pas été prise en compte ;

- elle est entachée d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance de l'alinéa 4 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle présente un caractère disproportionné au regard de sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet des Bouches-du-Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Nice a désigné Mme B, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux l'articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duroux, magistrate désignée ;

- les observations de Me More, représentant M. D.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 18 novembre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a obligé M. D, ressortissant algérien, à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Mme G E, adjointe au chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile de la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui bénéficie, en vertu d'un arrêté n° 13-2021-08-31-00005 du 31 août 2021, régulièrement publié le 1er septembre 2021 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de son bureau au nombre desquelles figurent notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué du 18 novembre 2022 par lequel notamment le préfet Alpes-Maritimes a obligé M. D à quitter le territoire français, vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. D, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé. La décision attaquée comporte ainsi l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an est délivré de plein droit 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résident en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. D est père d'un enfant né le 11 juillet 2022 de son union avec Mme A F, de nationalité française, qu'il a reconnu le 24 mai 2022. Par ailleurs, le requérant soutient, sans être contredit par le préfet qui n'a produit aucune observation dans le cadre de la présente instance, qu'il dispose de l'autorité parentale sur son enfant français. Dès lors le requérant remplit les conditions prévues par l'article 6 précité de l'accord franco-algérien.

6. Toutefois, les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien, même si elles n'en font pas expressément mention, ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

7. Or, il ressort des termes de l'arrêté du 18 novembre 2022 que le requérant a été condamné par le tribunal correctionnel de Marseille à huit reprises pour détention de tabac manufacturé sans document justificatif régulier ; fait réputé importation en contrebande les 8 octobre 2014 à 3 mois de prison avec sursis, 10 décembre 2014 à 2 mois de prison avec sursis, 14 janvier 2015 à 2 mois de prison, 29 octobre 2015 à 4 mois de prison, 2 décembre 2015 à 6 mois de prison, 14 mars 2018 à 18 mois de prison, 19 mars 2018 à 6 mois de prison, 2 avril 2021 à 6 mois de prison. Eu égard à la nature des faits et à la pluralité des condamnations prononcées à l'encontre de l'intéressé, le requérant doit être regardé comme représentant une menace réelle et sérieuse à l'ordre public justifiant un refus de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6 précité de l'accord franco-algérien doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant susvisée : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

9. Toutefois, ne se bornant à produire une attestation sur l'honneur rédigée par la mère de l'enfant, le requérant ne justifie ni de la réalité et l'intensité des liens avec son enfant, ni de sa participation effective à son éducation. Par suite, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas méconnu l'intérêt supérieur de cet enfant en prenant la décision attaquée. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doit donc être écarté.

10. En cinquième et dernier lieu, au regard de ce qui a été dit aux points 5, 7 et 9, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

12. En application des dispositions précitées, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ volontaire, il doit assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatifs à la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement, et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

13. Il ressort des pièces du dossier que M. D fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire. Par ailleurs, en relevant que la présence en France de M. D, condamné à huit reprises, constitue une menace pour l'ordre public, que le requérant se prévaut être entré en France en 2010 ou 2011 sans établir qu'il y réside depuis cette date, qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté et ses liens avec la France et qu'il n'a pas exécuté spontanément les précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre les 18 janvier 2014, 17 mars 2014, 4 avril 2014, 12 mai 2015, 22 juin 2016, 18 juin 2019 et 9 janvier 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône a examiné l'ensemble des critères fixés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre d'une durée de trois ans serait contraire aux dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et présenterait un caractère disproportionné, alors même qu'il ne justifie ni de la réalité et l'intensité des liens avec son enfant, ainsi qu'il a été dit au point 9. Le moyen doit donc être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions qu'il conteste. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais de procédure :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser au requérant la somme qu'il demande.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe 22 novembre 2022.

La magistrate désignée,

signé

G. BLa greffière,

signé

M. H

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef

Ou par délégation, la greffière

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