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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2205626

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2205626

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2205626
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantALMAIRAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 novembre 2022, et un mémoire, enregistré le 3 mai 2023, Mme B C, représentée par Me Almairac, doit être regardée comme demandant, dans le dernier état de ses conclusions, comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer un non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, suite à la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour le 27 avril 2023 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 août 2022 en tant que le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte d'une somme de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, laquelle renonce en ce cas et par avance, à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de fait tirée, d'une part, de ce que le préfet a considéré que sa première demande de titre de séjour présentée en qualité de parent d'enfant français constitue un détournement de procédure et d'autre part, de ce, qu'alors qu'elle réside de manière habituelle en France depuis 7 ans, le préfet a indiqué qu'elle ne justifie pas qu'elle aurait fixé durablement le centre de sa vie privée et familiale en France et y aurait constitué des liens personnels et familiaux intenses, anciens et stables ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de fait tirée, d'une part, de ce que le préfet a considéré que sa première demande de titre de séjour présentée en qualité de parent d'enfant français constitue un détournement de procédure et d'autre part, de ce, qu'alors qu'elle réside de manière habituelle en France depuis 7 ans, le préfet a indiqué qu'elle ne justifie pas qu'elle aurait fixé durablement le centre de sa vie privée et familiale en France et y aurait constitué des liens personnels et familiaux intenses, anciens et stables ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les énonciations de la circulaire NOR INTK 1229185 C du 28 novembre 2012 ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mear, présidente-rapporteure ;

- et les observations de Me Petit substituant Me Almairac, représentant Mme C qui persiste dans ses précédentes écritures.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, ressortissante azerbaidjanaise, née le 14 mars 1989, a présenté une demande de changement de statut afin de bénéficier d'une admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale le 2 mars 2022. Par un arrêté du 18 août 2022, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi. Mme C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur le non-lieu à statuer :

2. Il ressort des pièces du dossier que le préfet des Alpes-Maritimes a délivré le 27 avril 2023 à Mme B C un récépissé de demande de délivrance d'un premier titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Dans ces conditions, les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et, par suite, de la décision portant fixation du pays de renvoi sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ces conclusions.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article 3-1 de la convention susvisée relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

4. Il ressort des pièces du dossier que, du mariage de Mme C et de M. D, qui est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 25 février 2023, sont nés deux enfants à A les 24 juin 2016 et 2 juin 2017. Si Mme C a divorcé de ce dernier par jugement du tribunal du district de Narimanov de la ville de Bakou le 31 mai 2022, et si M. D a été incarcéré en mai 2021 au titre de graves infractions, libéré en mai 2022 dans l'attente de son jugement puis placé sous contrôle judiciaire suite à de graves faits commis à l'encontre de la requérante, il ressort toutefois du procès-verbal du 29 juin 2022, antérieur à la décision attaquée, que M. D continuait de " prendre ses filles en visite ". Dans ces conditions, compte tenu du fait que M. D résidait régulièrement en France à la date de la décision attaquée, du maintien de l'existence de liens entre ce dernier et ses enfants et du fait qu'il n'est ni établi ni même allégué que M. D serait privé de l'autorité parentale sur ses enfants, Mme C est fondée à soutenir que la décision lui refusant la délivrance méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants et, par suite, les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

5. Il résulte de ce qui précède, d'une part, qu'il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme C tendant à l'annulation des décisions du préfet des Alpes-Maritimes en date du 18 août 2022 portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays de son renvoi et, d'autre part, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens invoqués au soutien de sa requête.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet de délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " à Mme C, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au profit de Me Almairac, avocate de Mme C en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Almairac renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme C tendant à l'annulation des décisions du préfet des Alpes-Maritimes en date du 18 août 2022 portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays de son renvoi.

Article 2 : La décision du préfet des Alpes-Maritimes du 18 août 2022 refusant la délivrance d'un titre de séjour à Mme C est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à Mme C un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera une somme de 800 (huit cents) euros à Me Almairac sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Almairac et au préfet des Alpes-Maritimes.

- Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de A.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mear présidente,

Mme Kolf, conseillère,

M. Cherief, conseiller,

Assistés de Mme Sussen, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

S. KOLFLa présidente,

signé

J. MEAR

La greffière,

signé

C. SUSSEN

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière

2205626

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