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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2205692

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2205692

lundi 17 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2205692
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. FAY
Avocat requérantABDOULAYE MOUSSA ABDOUL WAHAB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 26 novembre 2022, 16 janvier et 2 juillet 2023, Mme B E, représentée par Me Abdoul Wahab Abdoulaye Moussa, avocat au Barreau de Nice, demande au tribunal :

* d'annuler de la décision en date du 27 septembre 2022 par laquelle la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes a rejeté son recours gracieux introduit à l'encontre de la décision en date du 5 juillet 2022 ayant rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère urgent et prioritaire de sa demande de logement social en application des dispositions du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

* d'enjoindre le préfet des Alpes-Maritimes de procéder à son relogement dans un délai d'un mois et ce sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard passé ce délai ;

* de décider en application des dispositions de l'article R. 522-13 du code de justice administrative que la décision sera exécutoire à la date de sa notification ;

* de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme E soutient que la décision attaquée est entachée :

* d'insuffisance de motivation ;

* d'erreur de droit ;

* d'erreur de fait.

Le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas produit de mémoire en défense malgré une mise en demeure.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

* l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes en date du 2 juin 2014 qui fixe, en application des dispositions de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation, à 45 mois le délai à partir duquel les personnes qui ont déposé une demande de logement resté sans réponse peuvent saisir la commission de médiation ;

* le code de la construction et de l'habitation ;

* le code de justice administrative.

Vu, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Faÿ pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le rapporteur public ayant été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

* le rapport de M. Faÿ, magistrat désigné ;

* les observations de Me Abdoul Wahab Abdoulaye Moussa, pour Mme E, et de Mme C, pour le préfet des Alpes-Maritimes, qui ne demande pas le renvoi à une audience future malgré la production d'un mémoire en défense enregistré le dimanche 2 juillet 2023, veille de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le 12 mai 2022, Mme E a saisi la commission de médiation des Alpes-Maritimes en vue de la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social, en application des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par décision en date du 12 mai 2022, la commission a rejeté sa demande. A l'encontre de cette décision de rejet, la requérante a introduit un recours gracieux le 10 août 2022 qui a fait l'objet d'un rejet par décision en date du 27 septembre 2022 au motif que si la requérante est dépourvue de logement, elle a refusé, en avril 2022, une proposition de logement social adapté au motif de sa localisation géographique, que l'intéressée étant dépourvue de logement, elle ne peut invoquer la notion de logement insalubre impropre à l'habitation et qu'elle ne justifie pas d'une demande de logement social déposée et renouvelée régulièrement depuis 45 mois, la demande ayant été déposée le 27 décembre 2021. Mme E demande l'annulation de la décision en date du 27 septembre 2022.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision en date du 27 septembre 202Sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant [] est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. " et aux termes du premier alinéa du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut être saisie () sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, () logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. () " Aux termes des dispositions de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement (), en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département () / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / () -être dépourvues de logement. () ; / -être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. () / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. "

3. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.

4. Par ailleurs, le demandeur qui forme un recours pour excès de pouvoir contre la décision par laquelle la commission de médiation a refusé de le déclarer prioritaire et devant être relogé en urgence peut utilement faire valoir qu'à la date de cette décision, il remplissait les conditions pour être déclaré prioritaire sur le fondement d'un autre alinéa du II de l'article L. 441-2-3 que celui qu'il avait invoqué devant la commission de médiation. Il peut également présenter pour la première fois devant le juge de l'excès de pouvoir des éléments de fait ou des justificatifs qu'il n'avait pas soumis à la commission, sous réserve que ces éléments tendent à établir qu'à la date de la décision attaquée, il se trouvait dans l'une des situations lui permettant d'être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence.

5. Mme E soutient qu'il n'est pas démontré que le logement qui lui a été proposé était adapté à ses besoins. Il ressort des pièces du dossier que par décision en date du 26 juillet 2022, une carte mobilité inclusion invalidité a été délivrée à la requérante, née le 22 mai 1947 et qu'un certificat médical délivré le 12 janvier 2023 par le docteur A D du centre psychothérapique Saint-Michel situé 16 rue Prato à Mention atteste suivre l'intéressée pour un trouble dépressif réactionnel depuis le 21 juin 2022. En outre, il ressort du procès-verbal dressé le 2 mai 2022 à la suite d'une plainte déposée par Mme E que le logement social qui lui a été proposé était situé " tout en haut du carreï à MENONT ", étant observé qu'il convient de lire " tout en haut du Careï à Menton ". Il est par ailleurs mentionné dans ce procès-verbal que Mme E se déplace difficilement avec l'aide d'une béquille. Or, le quartier du Careï se situe au Nord de Menton sur la route de Sospel et sa partie sommitale, en élévation par rapport au niveau de la mer, est distante d'environ 5 kilomètres du centre-ville de Menton ainsi que de la rue Prato où la requérante est suivie médicalement. Ni la commission de médiation dans sa décision ni le préfet à la barre n'établissent que le logement refusé par Mme E, âgée de 74 ans, situé à l'extrémité de la commune, sur une route en pente sensible, à une distance éloignée du centre-ville et du lieu où elle est suivie médicalement était adapté à ses besoins, notamment par l'existence de moyens de transport en commun. Par suite, en considérant que si la requérante est dépourvue de logement, elle a refusé, en avril 2022, une proposition de logement social adapté au motif de sa localisation géographique, la commission de médiation a entaché la décision en litige d'erreur de fait. Il s'ensuit que la décision en date du 27 septembre 2022 doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte

6. Aux termes des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution " et aux termes des dispositions de l'article L. 911-3 du même code : " Saisie de conclusions en ce sens, la juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. "

7. Eu égard au motif d'annulation énoncé précédemment, le présent jugement implique nécessairement que le préfet des Alpes-Maritimes procède à un réexamen du recours amiable de Mme E dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte

Sur l'exécution de la décision

8. Aux termes des dispositions de l'article R. 522-13 code de justice administrative : " L'ordonnance prend effet à partir du jour où la partie qui doit s'y conformer en reçoit notification. / Toutefois, le juge des référés peut décider qu'elle sera exécutoire aussitôt qu'elle aura été rendue. / En outre, si l'urgence le commande, le dispositif de l'ordonnance, assorti de la formule exécutoire prévue à l'article R. 751-1, est communiqué sur place aux parties, qui en accusent réception. "

9. Mme E demande au tribunal de décider que la décision sera exécutoire à la date de sa notification en application des dispositions de l'article R. 522-13 du code de justice administrative. Cependant, ces dispositions ne trouvent pas à s'appliquer en l'espèce, le présent recours ne relevant pas du Livre V, Le référé, du code de justice administrative.

Sur l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou à défaut la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " et aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " En toute matière, l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle partielle ou totale peut demander au juge de condamner la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à lui payer une somme au titre des honoraires et frais, non compris dans les dépens, que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. "

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Aboul Wahab Abdoulaye Moussa, avocat de Mme E, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Abdoulaye Moussa de la somme de 1 000 euros.

DECIDE :

Article 1er : La décision de la commission de médiation en date du 27 septembre 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à un nouvel examen du recours amiable de Mme E dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à Me Aboul Wahab Abdoulaye Moussa une somme de 1 000 (mil) euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, à Me Abdoul Wahab Abdoulaye Moussa et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

signé

D. FAŸLa greffière,

signé

C. BERTOLOTTI

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous les huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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