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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2205817

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2205817

vendredi 20 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2205817
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme Soler
Avocat requérantCABINET OLOUMI - HMAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 et 13 décembre 2022, M. A E, représenté par Me Oloumi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination duquel il pourrait être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'informations Schengen dans un délai de 8 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de l'informer ainsi que le tribunal de l'exécution de cette mesure ;

4°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour ;

5°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

6°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, en cas d'annulation de la décision portant refus d'un délai de départ volontaire, de mettre immédiatement fin aux mesures de surveillance en application des dispositions de l'article L. 614-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

7°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est entaché d'un défaut de motivation et d'incompétence dans l'hypothèse où le préfet ne le produirait pas en méconnaissance des dispositions combinées des articles R. 776-13-2 et R. 776-18 du code de justice administrative ;

- il a été pris par une autorité incompétente ;

- il a été privé du droit d'être entendu.

Sur les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit dès lors qu'il avait adressé une demande d'admission exceptionnelle au séjour à la préfecture des Alpes-Maritimes sur laquelle le préfet ne s'était pas encore prononcé ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation et portent une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus d'un délai de départ volontaire ;

- des circonstances humanitaires justifient qu'il ne soit pas prononcé d'interdiction de retour à son encontre ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il ne souhaite pas être mobilisé dans le cadre du conflit ukrainien.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2022, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par lettre du 3 janvier 2023, le tribunal a informé les parties, par application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen soulevé d'office tiré d'une substitution de base légale, les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée, du séjour des étrangers et du droit d'asile devant en l'espèce être substituées aux dispositions du 1° du même article.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée, du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Soler, conseillère, en application des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés auxdits articles.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 janvier 2023 à 15 heures :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Petit, substituant Me Oloumi, représentant M. E.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, de nationalité russe, né en 1994, a fait l'objet d'un arrêté du 7 décembre 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. E demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Le requérant demande le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 776-13-2 du code de justice administrative : " La présentation, l'instruction et le jugement des recours obéissent, sans préjudice de la section 1, aux règles définies au premier alinéa de l'article R. 776-13, aux articles R. 776-15, R. 776-18, R. 776-20-1, R. 776-22 à R. 776-26, aux deuxième et quatrième alinéas de l'article R. 776-27 et à l'article R. 776-28 " et aux termes de l'article R. 776-18 du même code : " Les décisions attaquées sont produites par l'administration ". En l'espèce, si le préfet des Alpes-Maritimes s'est abstenu de produire la décision attaquée, cette circonstance est sans incidence sur la procédure dès lors que ladite décision était produite par le requérant à l'appui de sa requête. Le tribunal a ainsi été mis en mesure de se prononcer sur les moyens invoqués par le requérant. Dès lors, le moyen tiré de ce que, en l'absence de production de la décision attaquée, l'arrêté serait entaché d'un défaut de motivation et d'incompétence, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté du 7 décembre 2022 dont la légalité est contestée a été signé pour le préfet des Alpes-Maritimes par M. C F, chef du pôle contentieux. Par arrêté n° 2022-864 du 17 octobre 2022, publié le 18 octobre 2022 au recueil des actes administratifs spécial n° 240-2022 de la préfecture des Alpes-Maritimes, M. F a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet des Alpes-Maritimes les obligations de quitter le territoire français prises à la suite d'interpellations, les interdictions de retour sur le territoire français et les décisions fixant le pays de renvoi, entre autres. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article ne s'adresse pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union et que sa méconnaissance par une autorité d'un Etat membre ne peut, dès lors, être utilement invoquée. Il en va différemment, en revanche, de la méconnaissance du droit d'être entendu en tant qu'il fait partie intégrante du respect des droits de la défense, lequel constitue un principe général du droit de l'Union européenne. Ce droit, qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, ne saurait toutefois être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre de façon spécifique l'intéressé, lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

7. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal du 7 décembre 2022, qu'avant l'édiction de la mesure d'éloignement contestée, M. E a été entendu le même jour à 10h10, par les services de police sur l'irrégularité de son séjour sur le territoire français, notamment sur son absence de titre de séjour, ainsi que sur sa situation familiale et administrative, qu'il a été mis à même de présenter ses observations, et qu'il a pu ainsi, à cette occasion, faire valoir de manière utile et effective son point de vue sur l'irrégularité de son séjour. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé de son droit à être entendu préalablement à l'adoption de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a adressé, par un courrier reçu le 15 septembre 2022 par la préfecture des Alpes-Maritimes, une demande d'admission exceptionnelle au séjour, toujours en cours d'instruction à la date de la décision attaquée. Par suite, le préfet ne pouvait se fonder sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée, du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de M. E.

10. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

11. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. E doit s'analyser comme un rejet implicite de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, de sorte qu'elle trouve son fondement légal dans les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée, du séjour des étrangers et du droit d'asile qui peuvent être substituées à celles du 1° du même article dès lors, en premier lieu, que M. E se trouvait dans la situation où, en application du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée, du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Alpes-Maritimes pouvait décider de prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français, en deuxième lieu, que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et, en troisième lieu, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions.

12. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que l'intéressé a adressé une demande d'admission exceptionnelle au séjour toujours en cours d'instruction à la date de la décision attaquée n'est pas de nature à entraîner l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français

13. En deuxième lieu, d'une part aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée " et aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

14. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". L'article L. 211-5 du même code précise : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

15. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise les dispositions légales sur lesquelles il se fonde et comporte les éléments de fait relatifs à la situation personnelle de M. E et notamment que celui-ci est entré de manière irrégulière sur le territoire, qu'il s'y est maintenu de manière irrégulière sans n'avoir jamais sollicité de titre de séjour, qu'il est célibataire et sans charge de famille, que ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas anciens, stables ou intenses, qu'il conserve toutes ses attaches familiales et personnelles dans son pays d'origine, qu'il ne peut présenter de documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement notifiée le 11 janvier 2021 et qu'il ne justifie pas de sa résidence. Ainsi, alors même que ces motifs ne reprendraient pas l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, M. E n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées seraient entachées d'un défaut de motivation ou d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation.

16. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

17. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. E affirme être entré en France en 2017 et y résider de manière stable et continue depuis cette date. Il affirme également être bénévole dans plusieurs associations, avoir suivi des cours de français ainsi qu'une formation à la prévention et secours civiques de niveau 1 auprès de la Croix-Rouge. Toutefois, d'une part les éléments produits au dossier ne permettent pas d'établir de manière probante la durée et la stabilité de son séjour, d'autre part, ces éléments ne sont pas suffisants pour démontrer l'absence d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans ou l'existence de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale. Il suit de là que le préfet n'a pas entaché sa décision d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. E.

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et refus d'un délai de départ volontaire présentées par M. E doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

19. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant refus d'un délai de départ volontaire doivent être rejetées. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus d'un délai de départ volontaire.

20. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ".

21. M. E soutient que des circonstances humanitaires justifiaient que le préfet des Alpes-Maritimes n'édicte pas d'interdiction de retour à son encontre dès lors qu'il a toujours fait état de craintes de persécutions en cas de retour dans son pays d'origine, qu'il est recherché par la police et qu'il est intégré en France, notamment à travers l'exercice d'activités bénévoles. Toutefois, d'une part les pièces produites, et notamment la photographie non datée d'un panneau d'affichage, sont insuffisantes pour démontrer qu'il ferait personnellement et actuellement l'objet de mauvais traitements en cas de retour dans son pays d'origine, d'autre part les éléments relatifs à sa participation bénévole auprès de plusieurs associations ne sont pas de nature à constituer des circonstances humanitaires au sens des dispositions citées au point précédent. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.

22. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

23. En l'espèce, pour les mêmes raisons que celles mentionnées au point 17, M. E n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet aurait entaché sa décision d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision fixant le pays de destination :

24. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradant ".

25. En l'espèce, pour désigner le pays à destination duquel M. E doit être reconduit d'office, le préfet des Alpes-Maritimes a précisé que l'intéressé n'établit pas, en cas de retour dans son pays d'origine, être exposé à des peines ou traitements contraires aux stipulations citées au point précédent, de sorte que celles-ci ne sont pas méconnues. La légalité de cette décision doit être appréciée au regard des risques encourus par l'étranger dans ce pays. Comme rappelé au point 21, si M. E soutient qu'il a toujours fait état de craintes de persécutions en cas de retour dans son pays d'origine et qu'il est recherché par la police, les pièces produites, et notamment la photographie non datée d'un panneau d'affichage, sont insuffisantes pour démontrer qu'il ferait personnellement et actuellement l'objet de mauvais traitements en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, en désignant la Russie comme pays de destination, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.

26. En dernier lieu, d'une part il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E serait concerné par un ordre de mobilisation de la part des autorités russes, d'autre part, le requérant ne produit aucun élément pour démontrer qu'il existerait un conflit grave et insurmontable entre l'obligation qui lui est faite de servir dans l'armée et ses convictions. Dans ces conditions, ce moyen ne peut qu'être écarté.

27. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 7 décembre 2022 présentées par M. E doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

28. La présente ordonnance, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par M. E ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

29. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Oloumi une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. E est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.

La magistrate désignée,

signé

N. BLa greffière,

signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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