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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2205835

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2205835

jeudi 4 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2205835
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCARREZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 décembre 2022, Mme B E épouse A, représentée par Me Carrez, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 10 novembre 2022 portant rejet de sa demande de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- la décision qui ne lui accorde qu'un délai de départ volontaire de trente jours est insuffisamment motivée en tant qu'elle ne lui accorde pas un délai d'une durée supérieure ;

- la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, concernant le séjour et le travail des ressortissants tunisiens en France, modifié ;

- le protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne du 28 avril 2008 ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mear, présidente-rapporteure ;

Considérant ce qui suit :

1. Mme B E, épouse A, ressortissante tunisienne née le 8 janvier 1997, a présenté le 31 août 2022 une demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre de sa " vie privée et familiale ". Par un arrêté en date du 10 novembre 2022, le préfet des Alpes-Maritimes lui a refusé la délivrance de ce titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi. Mme E épouse A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté du 10 novembre 2022 dont la légalité est contestée a été signé pour le préfet des Alpes-Maritimes par Mme F C, directrice de la règlementation, de l'intégration et des migrations. Par arrêté n° 2022-864 du 17 octobre 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial n°240-2022 le 18 octobre 2022, Mme C a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet des Alpes-Maritimes les actes et documents relevant du domaine de compétence de la direction précitée, dont l'ensemble des décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée, s'il apparait nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".

4. Il résulte de ces dispositions que pour exécuter spontanément l'obligation de quitter le territoire français qui lui est faite, l'étranger dispose en principe d'un délai de trente jours à compter de la notification de la mesure d'éloignement. Ces mêmes dispositions donnent à l'autorité administrative la faculté, soit de décider à titre exceptionnel d'accorder à l'étranger un délai de départ volontaire supérieur à trente jours en raison de la situation personnelle de l'intéressé, soit au contraire de refuser, par une décision motivée, de lui accorder un délai de départ volontaire si les conditions légales d'un tel refus sont remplies. Par suite, la décision par laquelle le préfet accorde à l'étranger un délai de trente jours pour exécuter spontanément l'obligation de quitter le territoire français qui lui est faite ne saurait, eu égard à son objet et ses effets, être regardée comme ayant le caractère d'une décision défavorable, que dans l'hypothèse où l'étranger avait saisi le préfet d'une demande tendant à ce que lui soit accordé un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ou fait état de circonstances tenant à sa situation personnelle de nature à justifier que lui soit accordé un tel délai, à titre exceptionnel.

5. Il n'est pas établi que Mme E, épouse A aurait sollicité, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ni fait état de difficultés particulières, notamment de difficultés liées à son état de grossesse, nécessitant une telle prolongation de délai. Par suite, la décision lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours ne peut être considérée comme une décision défavorable devant en tant que telle être motivée en application des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention vie privée et familiale ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Mme E s'est mariée en Tunisie le 4 janvier 2020 avec M. D A, un compatriote, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 24 janvier 2030. Elle est venue rejoindre son mari et est entrée dans l'espace Schengen via l'Espagne le 16 février 2022, sous couvert d'un visa de court séjour, valable du 11 février au 11 mai 2022, sans justifier de la date effective de son entrée sur le territoire français. Elle fait valoir être enceinte à la date de la décision attaquée et soutient que son époux, qui détient une carte de résident, dispose en France d'un logement, d'un contrat à durée indéterminée et de ressources suffisantes pour subvenir aux besoins de leur couple. Toutefois, à la date de la décision attaquée la requérante ne justifie ni d'une communauté de vie suffisamment ancienne et stable sur le territoire français ni d'une intégration dans la société française. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, compte tenu du caractère récent de cette communauté de vie et de sa présence sur le territoire français ainsi que de l'absence d'établissement de son intégration socio-professionnelle en France, Mme E épouse A n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris et, par suite, qu'il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas davantage fondée à soutenir que cet arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale. Par ailleurs, elle ne peut utilement soutenir que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 423-23, dès lors qu'elle entre dans le champ de la procédure de regroupement familial, à laquelle il lui est au demeurant loisible de recourir si elle s'y croit fondée.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

9. En se bornant à faire valoir qu'elle est entrée en France en février 2022 pour rejoindre son mari, qui est titulaire d'une carte de résident et qui travaille en France et qu'elle est enceinte, Mme E ne se prévaut ni de considérations humanitaires, ni de motifs exceptionnels qui justifieraient son admission exceptionnelle au séjour au titre de sa vie privée et familiale. Dès lors le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant susvisée : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. Mme E épouse A ne peut utilement soutenir que l'arrêté attaqué méconnaîtrait l'intérêt supérieur de son enfant dès lors, qu'à la date de cet arrêté, elle n'était pas mère d'un enfant.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 10 novembre 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté la demande d'admission au séjour de Mme E, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi, doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions relatives aux frais d'instance.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme E épouse A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E épouse A et au préfet des Alpes-Maritimes.

- Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023 à laquelle siégeaient :

- Mme Mear, présidente,

- Mme Kolf, conseillère,

-M. Cherief, conseiller

- assistés de Mme Albu, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2022.

L'assesseure la plus ancienne, La présidente,

signésigné

S. KOLF

J. MEAR

La greffière,

signé

C. ALBU

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière

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