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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2205862

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2205862

jeudi 29 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2205862
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELARL GRIMALDI-MOLINA & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 décembre 2022, la société Annacarla, représentée par Me Callen, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 18 octobre 2022 par lequel le maire de la commune de Vallauris a fait opposition à sa déclaration préalable de travaux portant sur un bien situé 489 boulevard de l'Aube à Vallauris;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Vallauris de lui délivrer l'autorisation sollicitée, dans un délai de quinze jours, à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Vallauris le versement d'une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle bénéficie d'une promesse unilatérale de vente sans condition suspensive jusqu'au 31 mars 2023 et qu'elle a trouvé un acquéreur pour le bien sous réserve de la réalisation des travaux objets de la déclaration préalable en litige ; l'offre de ce dernier expire fin janvier 2023 ; la banque exige l'autorisation d'urbanisme sollicitée en vue de financer le projet ; ainsi, la réussite de son projet tient exclusivement à l'obtention d'une décision de non-opposition à déclaration préalable ;

- il n'est pas justifié de la délégation régulière consentie par le maire de la commune de Vallauris à Mme B, signataire de la décision contestée ;

- la décision attaquée en tant qu'elle oppose la jurisprudence Thalamy est entachée d'erreur de droit dès lors que l'objet de la déclaration préalable porte sur la modification d'ouvertures en façades, la pose de volets roulants, l'ajout de protections solaires et la couverture du petit patio d'une construction, laquelle est totalement distincte et éloignée de l'annexe à usage d'habitation qui n'a pas été autorisée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2022, la commune de Vallauris, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société Annacarla au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie et que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n°2205860, enregistrée le 12 décembre 2022, par laquelle la requérante demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 28 décembre 2022, en présence de Mme Katarynezuk, greffière d'audience :

- le rapport de Mme D ;

- les observations de Me Callen, représentant la société requérante, qui reprend ses moyens et conclusions et demande en outre qu'il soit enjoint à la commune de Vallauris de réexaminer sa demande de déclaration préalable ;

- les observations de Mme C, représentant la commune de Vallauris qui reprend ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La société Annacarla, demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 18 octobre 2022 par lequel le maire de la commune de Vallauris a fait opposition à sa déclaration préalable de travaux portant sur un bien situé 489 boulevard de l'Aube à Vallauris et concernant la modification d'ouvertures en façades, la pose de volets roulants, l'ajout de protection solaires et la couverture d'un petit patio.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Et aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire () ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. En ce qui concerne une décision portant opposition à déclaration préalable de travaux, il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi d'une demande de suspension, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de cette opposition sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. À cette fin, l'urgence s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, en tenant compte, notamment, des conséquences qui seraient susceptibles de résulter, pour les divers intérêts en présence, de la non-opposition à travaux à l'issue d'un réexamen de la demande ordonné par le juge des référés.

4. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision attaquée, la société requérante qui se présente comme spécialisée dans le secteur des activités de marchands de biens immobiliers fait valoir qu'elle bénéficie, pour le bien objet des travaux litigieux, d'une promesse unilatérale de vente des consorts A sans condition suspensive. Elle précise que cette promesse devrait faire prochainement l'objet d'une prorogation jusqu'au 31 mars 2023 et qu'elle est susceptible d'avoir trouvé un acquéreur pour ce bien immobilier sous réserve de la réalisation des travaux de rénovation précités. Elle indique que l'offre de cet acquéreur expirera fin janvier 2023 et que sa banque exige l'obtention de l'autorisation d'urbanisme sollicitée en vue de débloquer les fonds pour le financement de son opération immobilière. Toutefois, la décision litigieuse n'est pas de nature à empêcher la société requérante de mener à bien son acquisition qui fait l'objet d'une promesse unilatérale de vente sans condition suspensive. A l'appui de son allégation sur le blocage des fonds pour le financement de son opération immobilière par l'établissement bancaire en l'absence de délivrance de l'autorisation sollicitée, elle ne produit notamment aucune offre de prêt mentionnant cette condition suspensive mais un simple courriel du 24 novembre 2022 qui émanerait de cet établissement. La circonstance évoquée sur la future revente du bien immobilier après la rénovation matérialisée par une lettre d'intérêt d'un potentiel acquéreur reste hypothétique. Enfin, la requérante se prévaut de ce qu'elle a dépensé une somme d'environ 100 000 euros pour les frais d'architecte et de géomètre et une indemnité d'immobilisation consignée au titre de la promesse unilatérale de vente. Cependant il ne résulte pas de l'instruction et de la seule attestation, en date du 9 décembre 2022, établie par un cabinet d'experts-comptables que ces sommes seraient définitivement perdues, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, ni que cette situation serait de nature à mettre en péril l'équilibre financier et économique de la société requérante caractérisant une urgence à suspendre la décision en litige.

5. Dès lors, il ne résulte pas de l'ensemble des circonstances exposées par la société Anacarla, que la décision attaquée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation pour que la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative puisse être regardée comme étant remplie. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, que les conclusions à fins de suspension de la requête de la société Annacarla présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fins d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

6. La commune de Vallauris n'a pas eu recours au ministère d'avocat et ne justifie pas avoir exposé des frais au titre de la présente instance. Par suite, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

7. Sans préjudice de ce qui précède, les parties conservent la possibilité, si elles le jugent opportun, de poursuivre un processus de médiation en application des dispositions des articles L. 213-1 et suivants du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société Annacarla est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Vallauris sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Annacarla et à la commune de Vallauris.

Fait à Nice, le 29 décembre 2022.

La juge des référés,

Signé

V. D

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière.

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