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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2205957

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2205957

mercredi 1 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2205957
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M.HOLZER
Avocat requérantZERHDOUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 décembre 2022, M. A C doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 décembre 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il méconnaît le " principe du respect des droits de la défense " ;

- il est insuffisamment motivé en droit et en fait ;

- il est entaché d'un défaut d'examen attentif et personnalisé de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur de droit ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Holzer, conseiller, en application des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés auxdits articles.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 janvier 2023 à 14 heures 30 :

- le rapport de M. Holzer, magistrat désigné,

- et les observations de Me Zerhdoud, représentant M. C, assisté de Mme E, interprète en langue arabe.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien né en 1995, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 décembre 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 17 décembre 2022 a été signé pour le préfet des Alpes-Maritimes par M. D F, chef du bureau du séjour au sein de la préfecture des Alpes-Maritimes. Par un arrêté n° 2022-1023 du 14 décembre 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 290-2022 de la préfecture des Alpes-Maritimes, accessible tant au juge qu'aux parties, M. F a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet des Alpes-Maritimes les mesures d'éloignement, les interdictions de retour sur le territoire français et les décisions fixant le pays de destination lors de ses permanences organisées le week-end. L'arrêté attaqué ayant été édicté le samedi 17 décembre 2022, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. F n'aurait pas été de permanence le week-end des 17 et 18 décembre 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrête attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire et pour fixer le pays de renvoi, ainsi que pour arrêter, dans son principe et dans sa durée, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet des Alpes-Maritimes n'aurait pas procédé à un examen attentif et personnalisé de la situation de M. C. Par suite, un tel moyen doit être écarté comme manquant en fait.

6. En quatrième et cinquième lieu, si M. C soutient que l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance du " principe du respect des droits de la défense " et est entaché d'une erreur de droit, il n'apporte toutefois aucune précision permettant au tribunal d'apprécier le bien-fondé de ces deux moyens qu'il convient, par suite, d'écarter.

7. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. En l'espèce, si M. C fait valoir qu'il vit en concubinage avec une ressortissante belge, il ne produit aucun élément à l'appui de cette allégation. En outre, s'il déclare être arrivé en France en 2019, il n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales et personnelles dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de son existence. Dans ces conditions, M. C n'établit pas qu'il a créé en France une vie privée et familiale telle que, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour, l'arrêté litigieux aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Ainsi, le préfet des Alpes-Maritimes n'a ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la vie privée et familiale alléguée du requérant. Ces moyens doivent alors être écartés.

9. En septième lieu, M. C qui est sans enfant, ne peut utilement se prévaloir du fait que le préfet aurait méconnu l'intérêt supérieur de l'enfant. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

10. En huitième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. En l'espèce, si le requérant soutient que l'arrêté attaqué méconnait les stipulations citées au point précédent, il n'apporte toutefois aucune précision quant à la réalité et la nature des risques auxquels il serait personnellement soumis permettant au tribunal d'apprécier le bien-fondé d'un tel moyen, qui ne peut alors qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de sa vie privée et familiale alléguée.

13. Il résulte donc de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 décembre 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Il y a également lieu de rejeter, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Zerhdoud et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

M. B

Le greffier

Signé

A. STASSI

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation le greffier,

N°2205957

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