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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2300204

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2300204

mercredi 21 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2300204
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABINET OLOUMI - HMAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Oloumi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " ou " salarié ", et dans l'attente, lui délivrer un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa demande, et dans l'attente, lui délivrer un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au profit de son avocat, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, celui-ci déclarant renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, ou, à défaut ou en cas d'absence ou de retrait du bénéfice d'aide juridictionnelle, à lui-même.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- les refus d'enregistrement de ses demandes de titre de séjour étant illégaux, la décision attaquée l'est également par conséquent et devra par voie d'exception d'illégalité être annulée ;

- le préfet des Alpes-Maritimes a méconnu les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet des Alpes-Maritimes a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté attaqué est intervenu en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison des motifs exceptionnels et humanitaires justifiant son droit au séjour ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour étant illégale, celle lui faisant obligation de quitter le territoire l'est également par conséquent et devra par voie d'exception d'illégalité être annulée.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 16 mai 2023, la clôture immédiate de l'instruction a été prononcée.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 31 mai 2023 :

- le rapport de M. Bonhomme, président ;

- et les observations de Me Della-Monica, représentant M. A, présent.

Une note en délibéré, présentée pour M. A, a été enregistrée le 31 mai 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité guinéenne, né en 2002, a présenté une demande de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " jeune majeur " que le préfet des Alpes-Maritimes a rejetée par un arrêté du 19 septembre 2022, en lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et en fixant le pays de destination. Par sa requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

3. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

4. Pour refuser de délivrer le titre de séjour portant la mention " jeune majeur " à M. A, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur la circonstance que sa demande a été présentée seulement le 16 novembre 2021, soit postérieurement à son dix-neuvième anniversaire, et que dès lors, le requérant ne pouvait pas se prévaloir des dispositions citées au point 2. Or, M. A fait valoir qu'il s'est présenté dès les 10 juin et 17 septembre 2020 ainsi que le 18 janvier 2022 au guichet de la préfecture des Alpes-Maritimes mais qu'il a fait l'objet d'un refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. A est parfaitement intégré en France depuis le mois de juin 2019, qu'il a suivi une formation professionnelle par le biais d'un contrat d'apprentissage conclu avec l'entreprise Pépinières Pastorino, dont le représentant était présent lors de l'audience, qui a abouti à la signature d'un contrat à durée indéterminée. Ce contrat a été suspendu au mois de décembre 2022 au seul motif que son autorisation provisoire de séjour était arrivée à terme. Au surplus, M. A bénéficie d'attestations de l'association MIR, dont une représentante était présente lors de l'audience, qui témoigne de sa parfaite intégration dans la société française. Dans ces conditions, en l'absence de mémoire en défense du préfet des Alpes-Maritimes, M. A est fondé à soutenir que l'arrêté qu'il attaque est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, l'arrêté du 19 septembre 2022 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu ci-dessus, le présent jugement implique que le préfet des Alpes-Maritimes délivre à M. A, sauf changement des circonstances de fait ou de droit, une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " valable un an, dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au profit de Me Oloumi, qui a sollicité l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

DECIDE :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 19 septembre 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à M. A, sauf changement des circonstances de fait ou de droit, une carte de séjour portant la mention " salarié " dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours.

Article 3 : L'Etat versera à Me Oloumi la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Oloumi et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 31 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bonhomme, président,

Mme Soler, conseillère,

M. Holzer, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2023.

Le président rapporteur

Signé

T. BONHOMME,

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

N. SOLERLa greffière,

Signé

M.-L. DAVERIO

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation la greffière,

2300204

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