mercredi 18 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2300214 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | ADDEN MÉDITERRANÉE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 janvier 2023, M. A C, représenté par la Selarl Daz avocats, agissant par Me Zohar, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, au maire de Nice de suspendre l'exécution de l'arrêté municipal du 11 janvier 2023 interdisant l'accès à l'ensemble immobilier sis 273, Bd du Mercantour à Nice ;
2°) d'enjoindre à la commune de Nice de lui communiquer le rapport de visite du 10 janvier 2023, de justifier du danger grave et imminent aux biens et aux personnes qui font l'objet de l'arrêté du 11 janvier 2023, et en particulier du danger concernant le local occupé par le requérant, de réaliser les travaux qui s'imposent dans un délai qui ne saurait être inférieur à deux mois ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Nice une somme de 3000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient :
- que la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il ne peut plus depuis le 11 janvier 2023 accéder à son local commercial où il exploitait jusqu'à cette date une activité de boucherie qui est sa seule source de revenus ;
- que l'acte contesté porte une atteinte disproportionnée à la liberté du commerce et de l'industrie, le local de sa boucherie ne présentant en soi pour la sécurité des personnes aucun des risques qui ont motivé l'interdiction d'accès à l'ensemble des locaux en cause ;
- qu'il appartient à la commune de Nice propriétaire des locaux d'en assurer la sécurité ; que la commune ne peut faire supporter à ses locataires le poids de ses défaillances dans l'entretien de l'ensemble immobilier litigieux.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2023, la commune de Nice, représentée par le cabinet Adden avocats, agissant par Me Daboussy, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
La commune soutient :
- qu'aucune atteinte grave et manifestement illégale n'est portée à la liberté du commerce et de l'industrie de M. C ;
- que les demandes d'injonction ne sont pas fondées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Soli, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 18 janvier 2023 tenue en présence de Mme Pagnotta, greffière d'audience, M. B a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Catania, pour M. C ;
- les observations Me Daboussy, pour la commune de Nice.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " ; aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () " ; enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
2. La commune de Nice est propriétaire d'une parcelle cadastrée section OP 62 située 271/284 boulevard du Mercantour à Nice (06000) sur laquelle est implantée une cité marchande constituée de 14 lots modulaires provisoires. Trois de ces lots étaient encore occupés au 11 janvier 2023 dont le lot n°8 dans lequel M. A C, exploitait un commerce de vente de viande au détail. Compte tenu de la vétusté des lieux, et suite à un incendie qui a causé, le 1er janvier 2023, la mort d'une personne qui occupait sans droit ni titre un des locaux commerciaux abandonnés, le maire de Nice a décidé, après une inspection des lieux et constatant leur dangerosité, s'agissant notamment des installations électriques et du risque d'effondrement de la toiture, la fermeture des locaux et l'interdiction d'y accéder par un arrêté en date du 11 janvier 2023. M. C demande au juge des référés d'enjoindre au maire de Nice de suspendre l'exécution dudit arrêté et de procéder aux travaux nécessaires.
3. Aux termes de l'article L.2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. "
4. Il ressort des pièces du dossier, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'urgence, que les risques d'incendie et d'effondrement de la toiture ne sont pas contestés ; que si le requérant soutient que l'installation électrique de son local est conforme aux normes en la matière, il n'en demeure pas moins que le risque d'incendie et d'effondrement pèse sur l'ensemble du bâtiment dont le lot du requérant. Il s'ensuit que l'arrêté contesté n'a pas porté à la liberté du commerce et de l'industrie du requérant une atteinte disproportionnée compte tenu de la dangerosité du bâtiment et de l'objectif d'assurer la sécurité et la salubrité publiques.
5. Il résulte de tout ce qui précède qu'en l'absence d'atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale, l'ensemble des conclusions en injonction de la requête de de M. C doit être rejeté.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
6. Ces dispositions font obstacle aux conclusions de M. C dirigées contre la commune de Nice qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante.
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la commune de Nice tendant à la condamnation de M. C en application desdites dispositions et de mettre à la charge du requérant la somme de 1000 euros au titre des frais exposés par la commune de Nice et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : M. C versera à la commune de Nice la somme de 1000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et à la commune de Nice.
Fait à Nice, le 18 janvier 2023.
Le juge des référés,
signé
P. B
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière
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