vendredi 28 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2300413 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat M. TAORMINA |
| Avocat requérant | BESSIS-OSTY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires enregistrés les 25 janvier, 1er février et 17 avril 2023, M. A B, représenté par Me Bessis-Osty, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 9 janvier 2023 par lesquelles le préfet des Alpes- Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'application des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente et est insuffisamment motivé ;
- il procède d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle et d'une erreur de droit ;
- il méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève ;
-
- il procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît les articles L.541-1 et L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2023, le préfet des Alpes- Maritimes conclut au rejet de la requête de M. B.
Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 mars 2023.
Vu :
- l'arrêté attaqué ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Taormina, en application de l'article L.614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 avril 2023 :
- le rapport de M. Taormina, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Bessis-Osty, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Par décisions du 9 janvier 2023 le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté la demande de titre de séjour en qualité de protégé international présentée par M. A B, ressortissant turc né le 5 mars 1997, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. M. B demande au tribunal d'annuler les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi.
1.
2. En premier lieu, les décisions du 9 janvier 2023, dont la légalité est contestée, ont été signées pour le préfet des Alpes-Maritimes par Mme D C, directrice de la réglementation, de l'intégration et des migrations. Par arrêté n° 2022- 1023 du 14 décembre 2022, accessible tant au juge qu'aux parties, publié au recueil des actes administratifs spécial n°290-2022 le même jour, Mme C a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet des Alpes-Maritimes notamment les refus de séjour et les obligations de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. Les décisions attaquées du 9 janvier 2023 visent les textes dont il est fait application, notamment les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ceux de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et ceux de la convention de Genève sur lesquels se fonde le préfet. Par ailleurs, il est fait état de ce que l'intéressé est né le 5 mars 1997 à Varto (Turquie), qu'il est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, le 15 juin 2019, qu'il a déposé une première demande d'asile le 23 juillet 2019 en son nom devant l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), laquelle a été rejetée le 19 avril 2021, puis par la cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 18 août 2022. Les décisions en cause précisent en outre qu'il ne dispose pas d'attaches personnelles suffisamment stables et intenses sur le territoire national. Dès lors, le préfet des Alpes- Maritimes a suffisamment motivé les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré d'un défaut ou d'une insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Alpes-Maritimes n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. B.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales: " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ;
/ 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. M. B fait valoir qu'il est entré seul sur le territoire français le 15 juin 2019, le reste de sa famille étant resté dans son pays d'origine, qu'il vit avec son frère, lequel est également demandeur d'asile et en attente de son audience devant la CNDA.
M. B soutient d'une part, parler et comprendre le français, et d'autre part, travailler
en tant qu'employé polyvalent dans un restaurant à Cannes. De même, il ressort du contenu des déclarations de M. B lors de sa première demande de réexamen enregistrée le 7 décembre 2022 à l'OFPRA, que sa situation personnelle a changé dans la mesure où il a célébré religieusement ses fiançailles en Turquie le 30 juillet 2022. Toutefois, eu égard à la nature des pièces produites, l'intéressé, n'établit pas disposer sur le territoire national d'attaches personnelles qui soient à la fois suffisamment anciennes, stables et intenses. Dès lors, les décisions en litige n'ont pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. En cinquième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points précédents, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées procéderaient d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen formulé à ce titre doit être écarté.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code :
" Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : () 2° Lorsque le demandeur : () b) a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'office en application du 3° de l'article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement;/ c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen ; ". Il résulte de ces dispositions qu'une demande de réexamen ouvre droit au maintien sur le territoire français jusqu'à ce qu'il y soit statué.
10. D'une part, il résulte des pièces du dossier que la demande d'asile de M. B a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 19 avril 2021 puis, de manière définitive, par une décision de la CNDA du 18 août 2022. D'autre part, si le requérant soutient avoir introduit une demande de réexamen, suite à de nouveaux documents reçus en provenance de son pays d'origine, et ce, postérieurement à l'intervention de la décision rendue par la CNDA, il est constant que ladite demande de réexamen a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'OFPRA. Par ailleurs, si M. B soutient avoir formé un recours à l'encontre de cette décision devant la CNDA, il ne justifie toutefois pas, par les pièces versées dans le cadre de la présente instance, qu'il aurait formulé un tel recours. En ce sens, l'accusé de réception de la demande d'aide juridictionnelle déposée au nom de M. B au bureau d'aide juridictionnelle de la CNDA le 18 janvier 2023 ne saurait suffire, à lui seul, à établir le dépôt du recours supposément formé par l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L.541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
11. En septième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux
1.
termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 33 de la convention de Genève : " 1. Aucun des Etats contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques () ".
12. M. B soutient qu'il encourt des risques de subir des persécutions en cas de retour dans son pays d'origine en raison, d'une part, de ses origines kurdes et de son soutien public à cette communauté et, d'autre part, de ses opinions politiques, étant participant actif au sein du parti d'opposition HDP. Au soutien de ses allégations, l'intéressé indique qu'il est considéré, à tort, comme un terroriste par les autorités turques et notamment par le maire de sa ville d'origine. Toutefois, s'il produit dans le cadre de la présente instance, des documents traduits en langue française, parmi lesquels figurent un mandat d'arrêt et une interpellation pour compléter le service militaire, il ressort des pièces du dossier que M. B, s'est rendu dans son pays d'origine fin juillet 2022 afin d'y célébrer ses fiançailles avant même l'intervention de la décision définitive de la CNDA. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ceux de l'article 33 de la convention de Genève et ceux des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées doivent être écartés.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 9 janvier 2023 doivent être rejetées, ensemble celles à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.
Le magistrat désigné signé
G. Taormina
La greffière, signé
V. Labeau
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,
contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme, Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026