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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2300427

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2300427

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2300427
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. TAORMINA
Avocat requérantLAIFA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Laïfa, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 janvier 2023, par lequel le préfet des Alpes-Maritimes, a rejeté sa demande de titre de séjour en qualité de protégé international, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui octroyer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai d'un mois, et lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans un délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir et renouvelable jusqu'à la délivrance de son titre de séjour ; et à titre subsidiaire, enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et de lui octroyer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté attaqué ne justifie pas d'une délégation ;

- l'arrêté querellé est entaché d'une erreur de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'erreurs de qualification juridique des faits ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour étant illégale, celle lui faisant obligation de quitter le territoire l'est également par conséquent et devra par voie d'exception d'illégalité être annulée ;

- la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

La requête a été communiquée le 1er février 2023 au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit un mémoire en défense.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 mars 2023.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Taormina, en application de l'article L.614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 avril 2023 :

- le rapport de M. Taormina, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Petit substituant Me Laïfa, représentant M. A.

-

Considérant ce qui suit :

1. Par l'arrêté du 9 janvier 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté la demande de délivrance de titre de séjour en qualité de protégé international de M. A, ressortissant nigérien, né le 24 mai 2002 à Bénin City (Nigeria), lui a fait obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté et, à titre principal, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui octroyer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai d'un mois, et lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans un délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir et renouvelable jusqu'à la délivrance de son titre de séjour ; et à titre subsidiaire, enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et de lui octroyer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet des Alpes-Maritimes a retenu que M. A ne justifie pas s'être maintenu de manière habituelle et continue sur le territoire français depuis janvier 2019, qu'il est entré récemment en France, ne peut se prévaloir de liens personnels et familiaux qui soient à la fois intenses, anciens et stables, ne justifie pas non plus y fixer durablement le centre de sa vie privée et familiale et que dans la situation de l'intéressé aucun caractère exceptionnel ou humanitaire ne saurait être retenu.

3. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, que M. A est entré en France à l'âge de 16 ans, qu'il a été pris en charge depuis le 19 janvier 2019 par le département des Alpes-Maritimes section des mineurs non accompagnés, et placé en assistance éducative auprès du service social de l'aide à l'enfance des Alpes-Maritimes par une ordonnance provisoire de placement du 19 février 2019 confirmée par un jugement rendu le 2 juillet 2019 jusqu'à sa majorité. Le requérant fait valoir et justifie par les bulletins de paie et les relevés de notes que concomitamment à la préparation de son certificat d'aptitude professionnelle au sein du Centre de Formation des Apprentis du Bâtiment à Antibes, spécialité peintre applicateur de revêtements, il a signé un contrat d'apprentissage avec la société ANTARES entreprise générale de peinture pour une période allant du 29 octobre 2020 au 31 août 2022 et il a validé son diplôme de CAP le 21 octobre 2022. A l'âge de 18 ans le requérant a signé un contrat jeune majeur pour une durée de deux mois du 24 mai au 24 juillet 2020 avec le conseil départemental des Alpes-Maritimes dans le cadre de la poursuite de son projet professionnel et l'accompagnement dans les démarches administratives. Par la suite, M. A a présenté avec l'aide et le soutien de l'aide sociale à l'enfance et dans le cadre du contrat jeune majeur une première demande d'asile auprès de l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 24 juin 2020 qui l'a rejetée par décision du 29 octobre 2021, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 21 mars 2022.

4. L'ensemble de ces éléments est justifié par M. A et n'est pas contesté par le préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense. Dans ces conditions le requérant est fondé à soutenir que l'arrêté du 9 janvier 2023 est entaché

1.

d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle et à en demander l'annulation pour ce motif, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles

L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

6. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet des Alpes- Maritimes réexamine la situation de M. B A dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement et lui remette, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail.

Sur les frais liés au litige :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 9 janvier 2023 pris par le préfet des Alpes-Maritimes à l'encontre de M. B A est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de procéder au réexamen de la situation de M. B A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Laïfa et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République de Nice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

Le magistrat désigné signé

G. Taormina

La greffière, signé

V. Labeau

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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