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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2300516

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2300516

jeudi 16 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2300516
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPAMLAW - AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 janvier 2023, la société par actions simplifiée Free mobile, prise en la personne de son président, représentée par Me Martin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er décembre 2022 par laquelle le maire de Valbonne s'est opposé à la déclaration préalable qu'elle a déposée le 4 octobre 2022 en vue de la construction d'une antenne-relais de téléphonie mobile sur la parcelle cadastrée section AO n°19, située 290 rue Dostoiewski ;

2°) d'enjoindre au maire de Valbonne de lui délivrer une décision de non-opposition à sa déclaration préalable du 4 octobre 2022 dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce jugement, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Valbonne la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société requérante soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente faute pour le maire de Valbonne de justifier d'une délégation de signature régulière au profit de son signataire ;

- le maire de Valbonne ne pouvait se fonder, pour s'opposer à la déclaration préalable litigieuse, sur les dispositions de l'article U6 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Valbonne sans méconnaitre l'article 12 des dispositions générales de ce même règlement alors, qu'en tout état de cause, il a fait une inexacte application de ces dispositions de l'article U6 du règlement du plan local d'urbanisme communal ;

- en s'opposant à la déclaration préalable litigieuse sur le fondement des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, le maire de Valbonne a fait une inexacte application de ces dispositions.

La requête a été communiquée à la commune de Valbonne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- l'ordonnance n°2301131 du 28 mars 2023 du juge des référés du tribunal administratif de Nice ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 novembre 2024 :

- le rapport de M. Holzer,

- et les conclusions de M. Combot, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 1er décembre 2022, le maire de la commune de Valbonne s'est opposé à la déclaration préalable déposée par la société par actions simplifiée (ci-après " SAS ") " Free mobile " le 4 octobre 2022 en vue de la construction d'une antenne-relais de téléphonie mobile sur la parcelle cadastrée section AO n°19, située 290 rue Dostoiewski. Par sa requête, ladite société demande au tribunal d'annuler cette décision du 1er décembre 2022 dont l'exécution a été suspendue par le juge des référés du tribunal par une ordonnance n° 2301131 du 28 mars 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article U6 du règlement du plan local d'urbanisme (ci-après, " PLU ") de la commune de Valbonne relatif au traitement environnemental et paysager des espaces non-bâtis et abords des constructions : " Les espaces libres doivent faire l'objet d'un traitement paysager de qualité, adapté à l'échelle du terrain et aux lieux avoisinants, visant à leur non-imperméabilisation et/ou leur végétalisation. La priorité sera de conserver la végétalisation et en particulier les arbres de haute tige préexistants, et de prioriser les espèces locales. / () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 12 des dispositions générales du règlement du PLU de la commune de Valbonne : " Compte tenu de leur faible ampleur, de leurs spécificités techniques et de leur utilité publique ou de leur intérêt collectif, les ouvrages techniques nécessaires au fonctionnement des services publics ou répondant à un intérêt collectif sont autorisés dans toutes les zones. Les dispositions règlementaires communes aux zones urbaines, agricoles et naturelles ainsi que celles définies pour chaque zone du PLU ne s'appliquent pas aux ouvrages techniques nécessaires au fonctionnement des services publics ou répondant à un intérêt collectif / () ". Aux termes de l'article 13 de ces mêmes dispositions générales : " Le code de l'urbanisme permet de désigner des règles particulières pour les occupations et utilisation du sol dénommées " constructions et installations nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif (). / Il s'agit notamment des destinations correspondant aux catégories suivantes : / () les constructions et installations techniques nécessaires au fonctionnement des réseaux (transport, postes, fluides, énergie, télécommunication,) () ".

4. En l'espèce, il est constant que la construction, objet de la déclaration préalable litigieuse déposée par la société Free mobile, doit être regardée comme une installation nécessaire au service public de télécommunication et d'intérêt collectif pour laquelle l'article 12 des dispositions générales du règlement du PLU de la commune de Valbonne prévoit que les dispositions règlementaires communes aux zones urbaines ne s'appliquent pas. Dans ces conditions, et dans l'hypothèse où la méconnaissance des dispositions précitées de l'article U6 du règlement du PLU, lesquelles sont des dispositions réglementaires communes à l'ensemble des zones urbaines, constitue un des motifs pour lequel le maire de Valbonne s'est opposé à la déclaration préalable litigieuse, la société requérante est alors fondée à soutenir qu'un tel motif est entaché d'une erreur de droit.

5. En second lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

6. Il résulte des dispositions citées au point précédent que, si la construction projetée porte atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou encore à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

7. D'une part, si les dispositions précitées de l'article U6 du règlement du PLU de la commune de Valbonne ont le même objet que celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et prévoient des exigences qui ne sont pas moindres, il résulte de ce qui a été dit au point 4 de ce jugement que ces dispositions de l'article U6 du règlement du PLU ne sont pas applicables en l'espèce. Par suite, les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme étaient opposables à la déclaration préalable litigieuse déposée par la société requérante.

8. D'autre part, il ressort tant des pièces du dossier que des prises de vue extraites du site Google Maps, accessible tant aux juges qu'aux parties, que la construction, objet de la déclaration préalable litigieuse, a vocation à s'implanter dans un secteur composé de grands ensembles tel qu'un complexe hôtelier, un campus universitaire ou encore des sièges sociaux d'entreprise qui sont séparés, les uns des autres, par les différentes voies d'accès et par une végétation composée d'arbres de haute taille, caractéristique d'une zone USOj du règlement du PLU de Valbonne, au sein de laquelle est classée la parcelle constituant le terrain d'assiette dudit projet, et correspondant aux " zones d'activités du parc internationale d'activités de Sophia-Antipolis ". Ainsi, le secteur dans lequel a vocation à s'implanter le projet litigieux qui s'ouvre, au sud et à l'est, sur un large espacé boisé, ne peut être regardé comme présentant un caractère ou intérêt particulier ni une homogénéité architecturale. En outre, il ressort des pièces du dossier que la construction projetée porte, outre sur la création d'une dalle en béton et d'une zone technique, sur la réalisation d'un pylône en treillis métallique de couleur verte de nature à assurer la plus grande transparence possible notamment par un effet d'atténuation au regard de la végétation environnante. Dans ces conditions, le projet, objet de la déclaration préalable litigieuse à laquelle le maire de Valbonne s'est opposé, ne peut être regardé comme portant atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants tels qu'ils viennent d'être décrits. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que le maire de Valbonne a fait une inexacte application des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme en se fondant sur de telles dispositions pour s'opposer à la déclaration préalable litigieuse.

9. En dernier lieu, pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse est entachée d'un vice de compétence n'est pas susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de ladite décision.

10. Il résulte de ce qui précède que la société requérante est fondée à demander l'annulation de la décision du 1er décembre 2022 par laquelle le maire de Valbonne s'est opposée à la déclaration préalable qu'elle a déposée le 4 octobre 2022.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. Lorsque le juge annule un refus de permis de construire ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit ordonner, le cas échéant d'office, à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui, eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

12. En l'espèce, d'une part, le présent jugement censure les motifs par lesquels le maire de Valbonne s'est opposé à la déclaration préalable déposée le 4 octobre 2022 par la société Free mobile. Il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision attaquée interdiraient de délivrer l'autorisation d'urbanisme sollicitée par la société requérante ni que la situation de fait existant à la date de ce jugement y ferait obstacle. D'autre part, si par une ordonnance n°2301131 du 28 mars 2023, le juge des référés du tribunal a suspendu provisoirement l'exécution de la décision litigieuse du 1er décembre 2022 et a enjoint au maire de Valbonne de délivrer à la société Free mobile une décision de non-opposition à déclaration préalable de manière provisoire, il ne résulte pas de l'instruction que le maire de Valbonne se serait conformé à une telle injonction. Il résulte alors de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au maire de Valbonne de délivrer à la société Free mobile une décision de non-opposition à sa déclaration préalable déposée le 4 octobre 2022 dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Valbonne une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Free mobile et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 1er décembre 2022 par laquelle le maire de Valbonne s'est opposé à la déclaration préalable déposée le 4 octobre 2022 par la société Free mobile est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Valbonne de délivrer à la société Free mobile une décision portant non-opposition à sa déclaration préalable déposée le 4 octobre 2022 dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Article 3 : La commune de Valbonne versera à la société Free mobile une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Free mobile et à la commune de Valbonne.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

M. Holzer, premier conseiller,

Mme Cueilleron, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 janvier 2025.

Le rapporteur,

signé

M. Holzer

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

C. Sussen

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

N°2300516

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