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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2300533

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2300533

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2300533
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. TAORMINA
Avocat requérantALMAIRAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 1er et 2 février 2023, M. A B, représenté par Me Almairac, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 31 janvier 2023 par laquelle le préfet des Alpes- Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé comme pays de renvoi celui dont il possède la nationalité et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire national durant un an ;

2°) d'ordonner l'effacement du signalement dont il fait l'objet dans le fichier SIS correspondant à la durée de l'interdiction de retour ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté querellé est entaché d'une erreur de motivation et de défaut d'examen sérieux de sa situation ; d'une erreur de fait ; d'une erreur manifeste d'appréciation ;

-

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par mémoire enregistré le 17 avril 2023, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est irrecevable comme tardive en application des article L.614-6 et R.776-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'étant vu notifié l'arrêté querellé le 31 janvier 2023 à 14h28, sa requête ayant été enregistrée le 2 février suivant à 18h57, plus de 48 heures après la notification.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 mars 2023.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier

-

1990 ;

- la convention relative au statut des réfugiés, signée à Genève le 28 juillet 1951 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

-

La présidente au tribunal a désigné M. Taormina, en application des articles

L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés auxdits articles.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 avril 2023 :

- le rapport de M. Taormina, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Petit substituant Me Almairac, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant nigérian, a fait l'objet d'un arrêté préfectoral du 31 janvier 2023, par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté, d'ordonner l'effacement du signalement dont il fait l'objet dans le fichier SIS correspondant à la durée de l'interdiction de retour et d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Selon l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté querellé vise les textes dont il fait application, notamment les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les stipulations de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lesquels se fonde le préfet des Alpes-Maritimes. Par ailleurs, il fait état de ce que M. B, ressortissant nigérian né le 2 mai 1992 à Edo State (Nigeria), déclare être entré irrégulièrement en France le 27 septembre 2017 vivre en concubinage avecDonday, que le couple a donné naissance à trois enfants sur le territoire national, qu'il a introduit une première demande d'asile le 14 mars 2018 qui a été rejetée par l'office français de la protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 29 octobre 2018, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 11 septembre 2020, que ces décisions lui ont été régulièrement notifiées, qu'au regard du rejet définitif de sa demande d'asile une obligation de quitter le territoire a été prononcée le 21 mai 2021 notifiée par voie postale le 25 mai 2021. En outre, il ressort des termes de l'acte attaqué que la compagne de M. B a été déboutée du droit d'asile par décision définitive de la CNDA du 6 novembre 2020, que le couple est déclaré en situation irrégulière depuis les décisions définitives de la CNDA, qu'il se maintient de manière irrégulière depuis deux ans sans avoir entrepris de démarches en vue de régulariser sa situation administrative sur le territoire national, que les liens du requérant avec la France ne sont pas anciens, intenses et stables. Dès lors, le préfet des Alpes-Maritimes a suffisamment indiqué les circonstances de droit et de fait qui fondent les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, que le préfet des Alpes-Maritimes n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de M. B. Par suite, le moyen formulé à ce titre doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits et libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir

1.

ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

6. Si M. B déclare venir en France pour s'y établir et travailler, soutient qu'il a fixé le centre de sa vie privée et familiale en France où il réside depuis le mois de septembre 2017 avec sa concubine et leurs trois enfants nés en France, il fait valoir qu'il a déposé le 28 novembre 2022 une demande d'asile pour son ainée nommée B Blessing née le 18 novembre 2017, ladite demande a été rejetée par décision de l'OFPRA le 29 décembre 2022. Sa compagne a enregistré le même jour auprès de l'OFPRA deux demandes d'asile au profit de leurs enfants B C, né le 21 septembre 2019 et B Favour, né le 2 juin 2021, lesquelles ont été rejetées par décision de l'OFPRA le 29 décembre 2022. En outre, si le requérant soutient qu'une procédure de demande d'asile est actuellement en cours d'examen auprès de la CNDA, il ressort de ce qui a été dit précédemment, et des pièces versées au dossier, d'une part que la compagne de M. B est déboutée du droit d'asile et se trouve en situation irrégulière sur le territoire français depuis le 30 novembre 2020, d'autre part, il ne justifie pas de l'enregistrement de recours auprès de la Cour nationale du droit d'asile hormis le justificatif d'enregistrement de trois demandes d'aide juridictionnelle au nom des trois enfants auprès de la même cour. Il ne justifie pas non plus travailler ou avoir tissé des liens personnels anciens et intenses sur le territoire national, ni de la scolarité de ses enfants, ni contribuer à leurs éducation et scolarisation.

7. Si M. B soutient que la décision l'obligeant à quitter le territoire français aurait pour effet de le séparer de ses enfants, ces circonstances ne sauraient placer ces derniers dans l'impossibilité de retourner au Nigéria avec leur mère qui se trouve en situation irrégulière et faire obstacle à la poursuite de leur scolarité dans leur pays d'origine.

8. Dès lors, la décision contestée ne peut être regardée comme portant au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. La décision attaquée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B. Par suite, les moyens formulés à ces titres doivent être écartés.

9. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai n'est entachée d'aucune illégalité. Par suite, le moyen, tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions à fin d'annulation de la décision portant interdiction de retour ne peut qu'être écarté.

1.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation de l'arrêté du 31 janvier 2023 doivent être rejetées, ensemble celles à fin d'injonction et présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

Le magistrat désigné signé

G. Taormina

La greffière, signé

V. Labeau

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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