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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2300678

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2300678

lundi 5 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2300678
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. TAORMINA
Avocat requérantALMAIRAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 9 février et 30 avril 2023, M. A C, représenté par Me Aline Almairac, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a pris à son encontre une interdiction de retour pour une durée de deux ans ;

2°) d'ordonner l'effacement de signalement au fichier SIS correspondent à la durée de l'interdiction de retour ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire au séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros en application des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté querellé est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen sérieux de la situation du requérant ;

- l'arrêté querellé est entaché d'une erreur de droit, d'une erreur manifeste d'appréciation et également d'une violation des articles L.141-3, L.613-3 et L.613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, méconnaît aussi les termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ceux de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ainsi que les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par décision du 30 mars 2023.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la charte des droits fondamentaux ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Taormina, en application des articles L. 614-5, et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audits articles.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience du 31 mai 2023 :

- le rapport de M. Taormina, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Almairac, représentant M. C assisté de M. B, interprète en langue moldave.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 9 février 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a fait obligation à M. A C, de nationalité moldave, de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays dont il a la nationalité comme pays de renvoi, et a pris à son encontre une interdiction de retour pour une durée de deux ans. M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté, d'ordonner l'effacement de signalement au fichier SIS correspondent à la durée de l'interdiction de retour et d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire au séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; ".

3. L'arrêté querellé énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Ces considérations sont parfaitement adaptées à la situation de M. C ressortissant moldave, né le 9 mars 1984 à Balti (Moldavie) qui n'a formulé aucune demande de titre de séjour, est marié et père d'un enfant, que son épouse est également en situation irrégulière, et qu'il vit en France depuis trop de peu de temps pour pouvoir s'y prévaloir de liens familiaux et personnels anciens et intenses, ni ne justifie de circonstances particulières justifiant qu'il n'ait jamais sollicité de titre de séjour. En outre, le requérant s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 27 novembre 2020 par la préfecture des Alpes-Maritimes, mesure non contestée devant les instances administratives et non exécutée. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet n'aurait pas suffisamment motivé sa décision et n'aurait pas procédé à une étude approfondie de son dossier n'est pas fondé et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort des pièces du dossier que le préfet des Alpes-Maritimes n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. C. Par suite, le moyen formulé à ce titre doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ".

6. Le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes des droits de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

7. Si M. C soutient que son droit à être entendu a été méconnu en ce qu'il n'a pas été informé de ce qu'il pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement et en ce qu'il n'a pas été mis en mesure de formuler des observations avant la notification de l'arrêté en litige, il ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige a été pris en méconnaissance de son droit à être entendu ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L.141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. / En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. Dans une telle hypothèse, il ne peut être fait appel qu'à un interprète inscrit sur une liste établie par le procureur de la République ou à un organisme d'interprétariat et de traduction agréé par l'administration. Le nom et les coordonnées de l'interprète ainsi que le jour et la langue utilisée sont indiqués par écrit à l'étranger ". Et aux termes de l'article L. 613-4 du même code : " L'étranger auquel est notifiée une décision portant obligation de quitter le territoire français est également informé qu'il peut recevoir communication des principaux éléments, traduits dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de supposer qu'il la comprend, des décisions qui lui sont notifiées en application des chapitres I et II ".

9. La simple circonstance que l'arrêté en litige ne précise pas la langue dans laquelle l'arrêté a été notifié à l'intéressé n'est pas de nature à l'entacher d'illégalité, alors même que, en tout état de cause, l'interprète chargé d'accompagner l'intéressé au moment de la notification de l'arrêté en litige a signé ce même arrêté, ainsi que M. C, sans qu'aucune pièce du dossier ne laisse penser que la langue dans laquelle l'arrêté lui a été notifié n'aurait pas été comprise par lui et qu'il n'aurait ainsi pas été mis à même de saisir la teneur de cet acte. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit au regard des droits de la défense et qu'il a été, ce faisant, privé de garanties. Par suite, le moyen formulé à ce titre doit être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. M. C fait valoir qu'il a fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Toutefois, s'il justifie résider en France depuis 2020, il a vécu jusqu'à l'âge de 36 ans en Moldavie, n'allègue pas ne plus y disposer d'attaches familiales et son épouse n'est pas en situation régulière sur le territoire français. Rien ne fait obstacle à ce que les époux reconstituent leur cellule familiale avec leur enfant en Moldavie. Par ailleurs s'il fait valoir qu'il est à la tête d'une entreprise de maçonnerie depuis le 12 mars 2020, il ressort des pièces versées dans le dossier et notamment les déclarations trimestrielles de chiffre d'affaires que ce dernier s'élève à zéro euros pour l'année 2020, 1 000 euros toutes charges comprises pour le dernier trimestre de l'année 2021 et pour les trois premiers trimestres de l'année 2022. Dès lors, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté querellé porterait une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le préfet des Alpes-Maritimes n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen formulé à ce titre doit être écarté.

12. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

13. Si M. C soutient que l'intérêt supérieur de son enfant commande qu'il reste en France, il ressort des pièces du dossier et de tout ce qui a été dit aux points précédents que M. M. C et son épouse sont tous deux en situation irrégulière et rien ne s'oppose à ce que l'enfant, de la même nationalité que ses parents, suive ses parents en Moldavie et y poursuive sa scolarité. Par suite, le moyen tiré des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ensemble les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2023.

Le magistrat désigné

signé

G. TaorminaLa greffière,

signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

N°2300678

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