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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2300680

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2300680

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2300680
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme Soler
Avocat requérantBALLE TIFFANY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête, enregistrée le 10 février 2023, M. B C, représenté A Me Balle, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2023 A lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 31-2 de la convention de Genève ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 17 alinéa 2 du règlement UE n° 603/2013.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle doit être annulée A voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;

- des circonstances humanitaires font obstacle à l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français.

A un mémoire, enregistré le 10 février 2023, M. C déclare se désister de ses conclusions aux fins d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi et maintenir le surplus de ses conclusions.

A un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2023, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté A la SELARL SERFATY VENUTTI CAMACHO CORDIER, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés A le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Soler, conseillère, en application des dispositions des articles L.614-5 et L.614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés auxdits articles.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 février 2023 à 15 heures :

- le rapport de Mme Soler, magistrate désignée, qui informe les parties au cours de l'audience, A application des dispositions des articles R. 611-7 et R. 776-25 du code de justice administrative, que le jugement est susceptible d'être fondé sur le moyen soulevé d'office tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi, en ce que la situation de M. C ne relève pas des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux interdictions de retour sur le territoire français dès lors que le requérant est demandeur d'asile en Italie.

- et les observations de Me Balle, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien né en 1987, a fait l'objet d'un arrêté du 9 février 2023 A lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination duquel il serait susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit A le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit A la juridiction compétente ou son président ".

3. Le requérant demande le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :

4. A un mémoire, enregistré le 10 février 2023, M. C déclare se désister de ses conclusions aux fins d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Ce désistement est pur et simple. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

5. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () " et aux termes de l'article L. 572-1 du même code : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. / () ".

6. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, l'examen de la demande d'asile d'un étranger ne relève pas de la compétence des autorités françaises mais de celles d'un autre Etat, la situation du demandeur d'asile n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais dans celui des dispositions de l'article L. 572-1 du même code.

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ".

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. C a présenté une demande d'asile en Italie, enregistrée le 23 juillet 2021. Le préfet des Alpes-Maritimes ne conteste pas que M. C est demandeur d'asile en Italie. Il ressort A ailleurs des pièces du dossier que M. C a fait l'objet le 10 février 2023, soit postérieurement à la décision attaquée, d'une demande de réadmission en Italie, acceptée A les autorités de ce pays. Dans ces conditions, M. C doit être regardé comme ayant la qualité de demandeur d'asile en Italie. A suite, la situation de M. C n'entrait pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais dans celui des dispositions de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Il suit de là que le préfet des Alpes-Maritimes ne pouvait prendre à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français en application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 7. Le préfet des Alpes-Maritimes a dès lors méconnu le champ d'application de la loi en prenant à l'encontre du requérant une décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

10. Il résulte de ce qui précède que la décision A laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. Aux termes de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement " et aux termes de l'article 7 du décret du 28 mai 2010 susmentionné : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription () ".

12. Le présent jugement, qui annule la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, implique nécessairement l'effacement du signalement de M. C aux fins de non admission dans le système d'information Schengen. A suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder sans délai à cet effacement, dès la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu d'admettre provisoirement M. C à l'aide juridictionnelle. A suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Balle, avocat de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Balle de la somme de 600 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C A le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 600 euros sera versée à M. C.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est donné acte à M. C du désistement de ses conclusions aux fins d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi.

Article 3 : La décision prononçant à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est annulée.

Article 4 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de mettre en œuvre, sans délai, la procédure d'effacement du signalement de M. C aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Article 5 : Sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Balle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Balle, avocat de M. C, une somme de 600 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Balle et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, au procureur de la République de Nice et au bureau d'aide juridictionnelle près du tribunal judiciaire de Nice.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 14 février 2023.

La magistrate désignée,

signé

N. SOLERLa greffière,

signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou A délégation la greffière,

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