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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2300781

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2300781

jeudi 4 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2300781
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMUNIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 février 2023 et le 20 mars 2023, Mme A B, représentée par Me Munir, demande au tribunal :

1°) d'annuler, d'une part, l'arrêté du 24 novembre 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi et, d'autre part la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 19 décembre 2022 ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du 30ème jour suivant la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai de 15 jours et sous astreinte de 100 euros par jourd de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son avocat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

La requérante soutient que :

- l'avis de la commission du titre de séjour est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour du 24 novembre 2022 et la décision de rejet de son recours gracieux méconnaissent les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain ;

- l'arrêté attaqué et la décision de rejet de son recours gracieux méconnaissentt les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour du 24 novembre 2022 et la décision de rejet de son recours gracieux méconnaissent l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants marocains et leurs familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mear, présidente rapporteure ;

- et les observations de Me Munir, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, de nationalité marocaine, née le 1er janvier 1976, a présenté le 19 juin 2017 une demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale et du travail. Par jugement n° 2102197 du 9 novembre 2021, le Tribunal administratif de Nice a annulé la décision de rejet de cette demande pour défaut de saisine de la commission du titre de séjour et a enjoint au préfet des Alpes-Maritimes, après saisine de cette commission, de réexaminer sa situation. Par un arrêté du 24 novembre 2022 le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté la demande de titre de séjour de Mme B sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de l'accord franco-marocain, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi. Mme B demande l'annulation de cet arrêté et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 19 décembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la commission du titre de séjour a émis le 9 août 2022 un avis défavorable à l'admission au séjour de la requérante. Elle a motivé cet avis par " l'absence d'intégration familiale ainsi que professionnelle, eu égard à ses faibles revenus ". Cette motivation est suffisante pour permettre à la requérante de faire valoir utilement ses observations. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de cet avis doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il vise notamment les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain. Il mentionne les éléments de fait sur lesquels le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé pour estimer que Mme A B ne peut prétendre au bénéfice d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions, notamment le fait que la commission du titre de séjour qui s'est tenue le 16 juin 2022 a émis un avis défavorable sur sa demande d'admission au séjour. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de cet arrêté doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de ce même accord : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. () ". Aux termes de l'article 9 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 susvisé : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 () ".

5. La délivrance à un ressortissant marocain d'un titre de séjour temporaire portant la mention " salarié " est subordonnée à la production par ce ressortissant d'un visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois en application des dispositions combinées des articles 3 et 9 de l'accord franco-marocain et de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précités.

6. Il ressort des pièces du dossier que si Mme B a bénéficié d'un visa de long séjour valable du 1er février au 31 juillet 2008 pour l'Italie avec transit dans l'espace Schengen, elle ne justifie pas d'un visa long séjour délivré par les autorités françaises lui permettant de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois. Au surplus, pour lui refuser la délivrance d'un titre de séjour " salarié " sur le fondement des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé notamment sur le fait que la requérante, qui était titulaire d'un contrat de travail du 3 janvier 2022, a démissionné de son emploi ainsi que l'indique son employeur dans une attestation du 31 mai 2022. La requérante fait valoir avoir transmis au préfet des Alpes-Maritimes une lettre de son employeur souhaitant la réengager et produit à l'instance un nouveau contrat de travail avec le même employeur conclu le 3 octobre 2022 mais elle n'établit pas, contrairement à ce qu'elle fait valoir, avoir transmis la lettre de son employeur et son nouveau contrat de travail au préfet des Alpes-Maritimes dans le cadre de son recours gracieux du 19 décembre 2022. Elle n'établit pas davantage ni même n'allègue que son employeur a présenté une demande d'autorisation de travail la concernant. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée, à soutenir que c'est en méconnaissance des stipulations de l'article 3 susvisé de l'accord franco-marocain que le préfet des Alpes-Maritimes ne lui a pas délivré un titre de séjour " salarié ".

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : "" 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Mme B soutient résider habituellement en France depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée. Elle fait valoir disposer d'un logement, travailler en tant qu'aide à domicile dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à temps partiel et donner à ce titre toute satisfaction. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme B est célibataire et sans charge de famille en France et n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine. Par ailleurs, elle dispose d'un contrat de travail à durée indéterminée mais à temps partiel qui ne lui procure qu'un faible revenu et ne justifie pas d'une insertion particulière dans la société française. Elle s'est maintenue en France en dépit de deux précédents arrêtés lui faisant obligation de quitter le territoire français en avril 2016 et février 2018, dont la légalité a été confirmée par jugements du tribunal. Dans ces conditions, Mme B, n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige et la décision de rejet de son recours gracieux qu'elle conteste portent à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels ils ont été pris ni, ainsi, à soutenir que cet arrêté et cette décision méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas davantage fondée, pour les mêmes motifs à soutenir que cet arrêté et cette décision sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

9. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / () ".

10. Mme B se prévaut de la durée de sa présence en France et de la détention d'un contrat de travail pour faire valoir qu'elle a fixé le centre de sa vie personnelle et professionnelle en France. Toutefois, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que Mme B ne justifie ni de considérations humanitaires ni de motifs exceptionnels pour pouvoir prétendre à une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou au titre de son pouvoir de régularisation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 24 novembre 2022 et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 19 décembre 2022, présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi .n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

- Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Mear, présidente,

- Mme Kolf, conseillère,

- M. Cherief, conseiller,

- assistés de Mme Albu, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.

L'assesseure la plus ancienne, La présidente,

signésigné

S. KOLF

J. MEARLa greffière,

signé

C. ALBU

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière

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