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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2300925

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2300925

lundi 22 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2300925
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. FAY
Avocat requérantLAYET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 février 2023, Mme D A, représentée par Me Anne-Isabelle Layet, avocate au Barreau de Nice, demande au tribunal :

* d'annuler la décision en date du 5 juillet 2022 par laquelle la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère urgent et prioritaire de sa demande de logement social en application des dispositions du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, ensemble la décision en date du 27 septembre 2022 ayant rejeté le recours gracieux dirigé à l'encontre de la décision en date du 5 juillet 2022 ;

* d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa demande et ce dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

* de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme A doit être regardée comme soutenant que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

* l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes en date du 2 juin 2014 qui fixe, en application des dispositions de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation, à 45 mois le délai à partir duquel les personnes qui ont déposé une demande de logement resté sans réponse peuvent saisir la commission de médiation ;

* la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique dite " loi ELAN " ;

* le code de la construction et de l'habitation ;

* le code de justice administrative.

Madame A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 22 décembre 2022.

Vu, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Faÿ pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le rapporteur public ayant été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

* le rapport de M. Faÿ, magistrat désigné ;

* les observations de Me Frédéric Rossler, substituant Me Anne-Isabelle Layet, pour Mme A, et de Mme B, pour le préfet des Alpes-Maritimes.

Considérant ce qui suit :

1. Le 5 juillet 2022, Mme A a saisi la commission de médiation des Alpes-Maritimes en vue de la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social, en application des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation pour attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté. Par décision en date du 5 juillet 2022, la commission a rejeté sa demande Le 23 août 2022, la requérante a introduit un recours gracieux qui, en date du 27 septembre 2022, a fait l'objet d'une décision de rejet au motif que si Mme A a déposé une demande de logement social le 25 mars 2015, sa situation relève de l'application des dispositions de la loi du 23 novembre 2018 relative aux mutation au sein du parc social, le droit au logement opposable étant l'ultime recours pour les personnes ne pouvant être prises en charge, notamment pas les dispositifs existants de la politique publique du logement et que le souhait d'accéder à un logement plus petit n'est pas au nombre des critères de recevabilité permettant de reconnaître le recours comme prioritaire et urgent. Mme A demande l'annulation de la décision en date du 5 juillet 2022, ensemble de la décision en date du 27 septembre 2022.

Sur les conclusions aux fins d'annulation

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. " et aux termes du premier alinéa du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. (). Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. () " Aux termes des dispositions de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département (). / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / -ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; / () La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. "

3. Les recours contre les décisions des commissions de médiation sur les demandes tendant à être déclaré prioritaire et devant être logé d'urgence relèvent du contentieux de l'excès de pouvoir. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi d'un recours formé à l'encontre d'une décision de la commission de médiation refusant à un demandeur de le reconnaître prioritaire pour l'accès à un logement décent et indépendant dans le cadre du droit garanti par l'État selon les dispositions de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation, d'apprécier l'urgence et le caractère prioritaire de la demande de logement à la date de la décision attaquée. Il résulte de ces dispositions que pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande. Toutefois, dans le cas particulier d'une personne se prévalant uniquement du fait qu'elle a présenté une demande de logement social et n'a pas reçu de proposition adaptée dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation, la commission peut légalement tenir compte de la circonstance que l'intéressé dispose déjà d'un logement, à condition que, eu égard à ses caractéristiques, au montant de son loyer et à sa localisation, il puisse être regardé comme adapté à ses besoins.

4. Le demandeur qui forme un recours pour excès de pouvoir contre la décision par laquelle la commission de médiation a refusé de le déclarer prioritaire et devant être relogé en urgence peut utilement faire valoir qu'à la date de cette décision, il remplissait les conditions pour être déclaré prioritaire sur le fondement d'un autre alinéa du II de l'article L. 441-2-3 que celui qu'il avait invoqué devant la commission de médiation. Il peut également présenter pour la première fois devant le juge de l'excès de pouvoir des éléments de fait ou des justificatifs qu'il n'avait pas soumis à la commission, sous réserve que ces éléments tendent à établir qu'à la date de la décision attaquée, il se trouvait dans l'une des situations lui permettant d'être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence.

5. Au soutien de ses conclusions aux fins d'annulation des décisions litigieuses, Mme A allègue que le logement qu'elle occupe est inadapté, d'une part, à sa situation de handicap reconnue à 80 % et, d'autre part, à ses capacités. La requérante fait valoir qu'elle souffre de graves problèmes cardiaques, que l'immeuble abritant son logement n'est accessible que par une voie d'accès en forte pente et qu'elle a déjà été victime de deux crises cardiaque en l'empruntant. Elle allègue qu'en outre, son logement se trouve au 4ème étage et que l'ascenseur qui le dessert est hors service, l'obligeant à emprunter les escaliers. Par ailleurs, elle est désormais seule dans un logement de 83 mètres carrés, dont le loyer ne correspond plus à ses moyens et dont l'entretien est devenu très compliqué. La requérante fait également valoir que la commission de médiation n'était pas fondée à considérer que son logement appartenant au secteur social son bailleur aurait dû lui proposer une permutation. Cependant, Mme A qui se borne à produire un document photographique d'une route, dont ni la localisation ni la pente ni la longueur ne peuvent être appréciées ainsi que des documents établis par la maison départementale des personnes handicapées des Alpes-Maritimes dont il ressort que la requérante est reconnue en situation de handicap à 80 % avec une capacité de travail inférieur à 5 %, sans toutefois que la nature du handicap soit connu, ne fournit pas d'éléments susceptibles d'apprécier la pertinence de ses allégations s'agissant de l'inadaptation de son logement à son handicap ni à ses capacités financières. Au surplus, la requérante ne démontre pas la permutation qu'elle allègue avoir tenté ni avoir pris l'attache de son bailleur afin qu'une solution puisse être trouvée à sa situation. Par suite, nonobstant la circonstance que le préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense, ne conteste pas ses allégations, Mme A ne démontre pas que la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes a fait de sa situation une appréciation manifestement erronée et les conclusions aux fins d'annulation des décision contestées doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée.

Sur l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

D. FAŸLa greffière,

Signé

M. CLa République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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