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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2301125

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2301125

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2301125
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantJAIDANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 mars 2023, M. A B, représenté par Me Riadh Jaidane, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour, dans le délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, lequel renonce en ce cas à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation car il ne vise pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article 426-11 et est entachée d'une erreur de fait et d'un renversement de la preuve.

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet a examiné sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au lieu l'article 3 de l'accord franco-tunisien et d'une dénaturation des faits.

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les articles 5, 6 et 21 de l'accord de Schengen ;

- la mesure d'éloignement est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle est fondée sur les dispositions de l'article L. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatifs à une obligation de quitter le territoire français alors qu'elle devrait être fondée sur l'article L. 621-4 de ce code relatif à la remise d'un étranger à un Etat-membre de l'Union européenne.

- l'arrêté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- l'arrêté méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mai 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985 ;

-l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 concernant le séjour et le travail des ressortissants tunisiens en France, modifié et l'accord-cadre franco-tunisien du 28 avril 2008, relatif à la gestion concertée des migrations au développement solidaire et ses deux protocoles du même jour ;

- le protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne du 28 avril 2008 ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mear, présidente-rapporteure ;

- et les observations de Me Dire substituant Me Jaidane, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien, né le 25 août 1978, demande l'annulation de l'arrêté du 7 février 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision".

3. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il vise notamment l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, concernant le séjour et le travail des ressortissants tunisiens en France, modifié, et l'accord-cadre franco-tunisien du 28 avril 2008, relatif à la gestion concertée des migrations au développement solidaire et ses deux protocoles du même jour, les dispositions des articles L. 421-1, L. 426-11, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les dispositions de l'article L. 5221-2 du code du travail. Il mentionne les éléments de fait sur lesquels le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé pour estimer que M. B ne peut prétendre au bénéfice d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions en particulier le fait que ce dernier est père d'un enfant de nationalité tunisienne né à Nice le 16 mai 2018 et qu'il n'a produit aucun élément de nature à établir qu'il aurait fixé en France le centre de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, et alors que le préfet des Alpes-Maritimes n'est pas tenu de viser l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de cet arrêté doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " : " L'étranger titulaire de la carte de résident de longue durée-UE, définie par les dispositions de la directive 2003/109/ CE du Conseil du 25 novembre 2003 relative au statut des ressortissants de pays tiers résidents de longue durée, accordée dans un autre Etat membre de l'Union européenne, et qui justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir à ses besoins et, le cas échéant, à ceux de sa famille, ainsi que d'une assurance maladie obtient, sous réserve qu'il en fasse la demande dans les trois mois qui suivent son entrée en France, et sans que la condition prévue à l'article L. 412-1 soit opposable : 1° La carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " entrepreneur/ profession libérale " s'il remplit les conditions prévues aux articles L. 421-1, L. 421-3 ou L. 421-5 ; () ". Aux termes de l'article R. 5221 du code du travail : " I. - Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse/ () ; II. - La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur/ () ". Aux termes de l'article R. 5221-14 du code du travail : " Peut faire l'objet de la demande prévue au I de l'article R. 5221-1 l'étranger résidant hors du territoire national ou l'étranger résidant en France et titulaire d'un titre de séjour prévu à l'article R. 5221-3 ".

5. Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé, d'une part, sur le fait que le requérant ne dispose pas d'une autorisation de travail et, d'autre part, sur le fait qu'il ne justifie pas avoir déposé sa demande de titre de séjour dans les trois mois qui ont suivi son entrée en France. S'il ressort de l'arrêté attaqué que M. B a produit une promesse d'embauche en date du 15 août 2020 à l'appui de sa demande, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il disposait d'une demande d'autorisation de travail de son employeur. M. B ne disposait que d'un récépissé de demande de titre de séjour " visiteur " ne l'autorisant pas à travailler de sorte qu'il ne disposait de l'un des titres de séjour requis par les dispositions de l'article R. 5221-14 du code du travail lui permettant de faire l'objet d'une autorisation de travail. Par ailleurs, la circonstance qu'il aurait disposé d'un contrat de travail est sans incidence sur l'obligation de détention d'une autorisation de travail. Dans ces conditions, le préfet des Alpes-Maritimes a pu légalement par ce seul motif et ce, sans commettre d'erreur de droit ou de fait, rejeter la demande de titre de M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu, M. B ne peut utilement faire valoir que le préfet a commis une erreur de droit et une dénaturation des faits en examinant sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au lieu de l'article 3 de l'accord franco-tunisien dès lors que le préfet a fondé son refus de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait sollicité un titre de séjour salarié sur le fondement de l' article 3 de l'accord franco-tunisien.

7. En quatrième lieu, M. B soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations des articles 5, 6 et 21 de l'accord de Schengen au motif qu'il n'est pas établi qu'il aurait séjourné plus de 90 jours sur le sol français dans la période 180 jours ayant précédé le jour du dépôt de sa demande de titre de séjour, le 31 août 2020. Toutefois, M. B, qui est titulaire d'une carte de résident de longue durée-UE délivrée par les autorités italiennes, a présenté sa demande de titre de séjour le 31 août 2020. Il fait valoir qu'il a exercé une activité professionnelle salariée à temps plein auprès de la société Planet Tacos et produit des fiches de paye, notamment, au titre des mois d'avril, juin, juillet, août et des factures EDF notamment du 25 mars 2020, du 25 mai et 26 juillet 2020. Par suite, les moyens invoqués doivent être écartés.

8. En cinquième lieu, il ressort des dispositions des articles L. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à l'obligation de quitter le territoire français et des articles L. 621-1 et suivants du même code relatives aux procédures de remise aux Etats membres de l'Union européenne (UE) ou parties à la convention d'application de l'accord de Schengen, que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre Etat ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que la circonstance qu'une décision de remise aurait pu être prise à l'encontre de M. B, en tant que titulaire d'une carte de résident de longue durée-UE en Italie, en application de l'article L. 621- 4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne fait pas obstacle à ce que le préfet des Alpes-Maritimes pouvait prendre à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen du requérant tiré de ce que le préfet des Alpes-Maritimes ne pouvait prendre en compte une décision portant obligation de quitter le territoire français à son encontre au motif que seule une décision de remise aux autorités italiennes pouvait être prise, doit être écarté comme non fondé.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. B fait valoir qu'il réside en France avec son épouse et leur enfant, née le 16 mai 2018 à Nice, qu'il dispose d'un logement et d'un travail. Toutefois, M. B, qui bénéficie d'une carte de résident de longue durée-UE délivrée par les autorités italiennes en 2017, n'établit pas, par les pièces produites au dossier, avoir fixé le centre de sa vie privée et familiale sur le territoire français. Il n'établit pas davantage être dépourvu d'attaches familiales en Tunisie ou en Italie. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que son épouse réside également irrégulièrement en France. Par suite, dans les circonstances de l'espèce et eu égard notamment à la durée et aux conditions du séjour en France de M. B, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris ni ainsi qu'il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En septième lieu, aux termes de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

12. En l'espèce, aucun des éléments précédemment examinés relatifs à la situation du requérant ne relève de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées, dès lors, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation tant au regard de l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que du pouvoir discrétionnaire de régularisation du préfet des Alpes-Maritimes doit être écarté.

13. En huitième lieu, un étranger ne détenant aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, le requérant ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de ces dispositions, des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour l'exercice de ce pouvoir.

14. En neuvième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

15. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la vie familiale et la scolarité de l'enfant de M. B ne pourrait se poursuivre avec ses parents, de même nationalité, en Tunisie ou en Italie Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 7 février 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des dispositions l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

- Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023 à laquelle siégeaient :

- Mme Mear, présidente,

- Mme Kolf, conseillère,

- M. Cherief, conseiller,

- assistés de Mme Sussen, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

L'assesseure la plus ancienne, La présidente,

signé signé

S. KOLF

J. MEARLa greffière,

signé

C. SUSSEN

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière

2301125

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