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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2301426

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2301426

lundi 17 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2301426
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantLARIDAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 mars 2023, Mme A B, représentée par Me Carlo Alberto Brusa, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision de suspension prise à son encontre le 31 janvier 2023, notifiée le 1er février 2023, par le directeur de l'institut de formation en masso-kinésithérapie niçois (IFMKN) ;

2°) d'ordonner sa réintégration au sein de l'IFMKN ;

3°) d'ordonner à l'IFMKN le paiement par provision des frais de formation qu'elle a réglés au prorata de la période de suspension ;

4°) de mettre à la charge de l'IFMKN la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir.

La requérante soutient que :

) Sur l'urgence :

- la suspension dont elle a fait l'objet la prive de la possibilité de poursuivre son cursus de formation, de pouvoir se présenter aux examens de fin d'année, de participer à d'éventuels rattrapages et de réussir sa première année de parcours à l'IFMKN ; n'ayant aucun terme, cette suspension la prive également de la possibilité de redoubler ; cette suspension totalement illégale la place dans une situation d'urgence remplie d'incertitude, de stress et d'angoisse quant à son avenir proche et plus lointain ;

) Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- le directeur de l'IFMKN n'était nullement en situation de compétence liée pour prendre la décision de suspension qui, de surcroît, n'existe pas dans le cadre de la loi du 5 août 2021 ; or, en vertu de l'article 13 de ladite loi, le contrôle aurait dû être effectué dès son inscription dans l'établissement ;

- le fondement invoqué par le directeur de l'IFMKN, à savoir l'article 12 I, 4° de la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021, ne prévoit pas de suspension des étudiants en cas de défaut de présentation d'un justificatif prévu à l'article 13 I de ladite loi ;

- le directeur de l'IKMKN n'avait aucune compétence pour prononcer sa suspension sur le fondement de la loi du 5 août 2021 qui, de surcroît, n'a pas vocation à sanctionner un comportement fautif ;

- la décision de suspension ne pouvant être reliée à une suspension prévue par la loi du 5 août 2021, il s'agit d'une procédure disciplinaire ; cette décision porte donc manifestement atteinte au droit fondamental à un procès équitable ; or, elle n'a pas eu accès à son dossier ; les faits qui lui ont été reprochés n'ont jamais été débattus contradictoirement ; l'accès à un défenseur de son choix a été sciemment empêché ;

- enfin, la décision de suspension n'est pas suffisamment motivée ;

) Sur les conséquences de la suspension de la décision querellée :

- il conviendra, outre sa réintégration, de condamner l'IFMKN à lui reverser par provision les frais de formation payés indument le temps de la suspension illégale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2023, l'institut de formation en masso-kinésithérapie niçois (IFMKN), représenté par Me Sylvie Laridan, demande au juge des référés :

1°) de rejeter la requête de Mme A B ;

2°) de mettre à la charge de Mme B la somme de 4 300 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'IFMKN soutient que :

) Sur l'urgence :

- il est constant que la suspension de formation prononcée par la décision en litige ne vaut que pour la fin de l'année universitaire en cours (2022/2023) ; Mme B a la possibilité de se réinscrire en première année de formation à la rentrée universitaire 2023/2024 si elle satisfait à toutes les conditions d'inscription qui seront alors en vigueur ; la suspension de formation est donc limitée dans le temps ; l'intéressée conservera d'ailleurs le bénéfice des UE au cours du premier semestre de formation qu'elle a toutes validées, à l'exception de l'UE11 correspondant au stage ; l'atteinte portée à sa situation n'est donc pas d'une gravité telle qu'elle justifie la suspension en urgence de la décision en litige ; par ailleurs, mettre aujourd'hui fin à la décision de suspension de formation n'aurait plus aucun sens ; en effet, si la formation de Mme B est suspendue depuis le 1er février 2023, l'intéressée est en situation d'absence justifiée à la demande de la direction de l'IFMKN depuis le 12 décembre 2022 ; c'est donc plus de trois mois après avoir concrètement cessé la formation qu'elle saisit le juge des référés, situation permettant de douter de l'urgence de la situation ; enfin, si la requérante affirme que la décision suspendant sa formation aurait des répercussions financières portant atteinte de manière grave et immédiate à sa situation, rien ne permet de l'établir ;

) Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- contrairement à ce que soutient Mme B, le directeur de l'IFMKN n'avait aucun pouvoir d'appréciation sur les faits qui se présentaient à lui ; il se trouvait en situation de compétence liée pour en tirer toutes les conséquences ; dès lors que l'auteur est en situation de compétence liée, les moyens dirigés contre la décision du 31 janvier 2023 sont inopérants ;

- de la circonstance que la loi ait prévu spécifiquement les modalités de suspension des salariés, agents publics ou travailleurs libéraux, il ne saurait se déduire que le directeur d'un IFMK n'aurait aucune compétence pour suspendre la formation d'un étudiant non vacciné ;

- le directeur de l'IKMKN avait bien compétence pour prononcer la suspension de Mme B sur le fondement de la loi du 5 août 2021 ;

- l'accès à la formation dispensée par un IFMK, qu'il soit refusé ab initio ou qu'il soit suspendu a posteriori pour non-satisfaction d'une condition qui était nécessaire à l'inscription, ne procède nullement de considérations disciplinaires ;

- enfin, la décision de suspension comporte bien l'ensemble des éléments de fait et de droit sur lesquels elle se fonde ;

) Sur les conséquences de la suspension de la décision querellée :

- les conclusions à fin d'injonction de verser par provision les frais de formation au prorata de la période de suspension sont tout à la fois irrecevables et infondées.

Par un mémoire enregistré le 3 avril 2023, l'Université Côte d'Azur entend s'associer à la défense produite par l'IFMKN et demande qu'aucune condamnation à son encontre ne soit prononcée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire ;

- le code de justice administrative.

Vu la requête au fond, enregistrée le 22 mars 2023 sous le n° 2301427.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 avril 2023 :

- le rapport de M. Emmanuelli, juge des référés ;

- les observations de Me Brusa, pour Mme B ;

- les observations de Me Ratouit, substituant Me Laridan, pour l'institut de formation en masso-kinésithérapie niçois (IFMKN) ;

- et les observations de Me Bernardini-Fricero, pour l'Université Côte d'Azur.

Une note en délibéré, présentée dans les intérêts de l'institut de formation en masso-kinésithérapie niçois (IFMKN) par Me Sylvie Laridan, a été enregistrée le 5 avril 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, étudiante ayant obtenu une licence PASS (Parcours d'Accès Spécifique Santé) à l'Université Côte d'Azur à l'issue de l'année universitaire 2021/2022, a demandé son inscription à l'institut de formation en masso-kinésithérapie niçois (IFMKN) pour l'année universitaire 2022/2023. Elle devait, à cet effet, produire un certificat médical attestant qu'elle était à jour de ses vaccinations datant de moins de trois mois. L'intéressée a été inscrite en formation de masso-kinésithérapie après avoir remis un dossier comprenant notamment une attestation médicale dont il résultait que " Delphine B est à jour de ses vaccinations ". Le directeur de l'IFMKN ayant constaté que Mme B n'était pas vaccinée contre le virus de la Covid-19, a suspendu la formation de l'intéressée par décision en date du 31 janvier 2023 notifiée le 1er février 2023. Par la présente requête, Mme B sollicite la suspension de cette décision sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. La condition d'urgence s'apprécie objectivement et globalement au regard de l'intérêt du demandeur mais aussi de l'intérêt public et notamment des exigences liées à la protection de la santé publique.

4. Aux termes de l'article 12 de la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : () 4° Les étudiants ou élèves des établissements préparant à l'exercice des professions mentionnées aux 2° et 3° du présent I ainsi que les personnes travaillant dans les mêmes locaux que les professionnels mentionnées au 2° ou que les personnes mentionnées au 3° ", à savoir " 2° Les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du code de la santé publique, lorsqu'ils ne relèvent pas du 1° du présent I ". La quatrième partie du code de la santé publique comprend un livre III dont le titre II concerne la profession de masseur-kinésithérapeute.

5. Mme B fait valoir que la suspension dont elle a fait l'objet la prive de la possibilité de poursuivre son cursus de formation, de pouvoir se présenter aux examens de fin d'année, de participer à d'éventuels rattrapages et de réussir sa première année de parcours à l'IFMKN. Toutefois, la requérante, en sa qualité d'étudiante dans une formation préparant à une profession de santé, ne pouvait ignorer l'obligation vaccinale résultant des dispositions précitées de la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021, publiée au journal officiel le 6 août 2021, qui donnait un délai de plusieurs semaines aux personnes concernées pour s'y conformer, et n'allègue pas à cet égard justifier d'une contre-indication à la vaccination. En refusant de présenter les justificatifs requis mentionnés à l'article 13 de la loi précitée, et en certifiant lors du dépôt de son dossier d'inscription, qu'elle était à jour de tous ses vaccins, ce qui s'est avéré être faux, Mme B s'est placée elle-même dans la situation d'urgence qu'elle déplore. Par suite, eu égard, d'une part, à la situation sanitaire qui a conduit le législateur, en vue de satisfaire à l'objectif de valeur constitutionnelle de protection de la santé, à instaurer l'obligation vaccinale dont la mesure contestée assure la mise en œuvre et, d'autre part, à l'intérêt général qui s'attache à son exécution, la condition d'urgence requise par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie, alors même qu'elle prive l'intéressée de poursuivre sa formation. Dès lors, l'une des conditions prévues par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 n'étant pas remplie, les conclusions à fin de suspension présentées par Mme B ne peuvent qu'être rejetées.

6. Il en résulte que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la requérante la somme que demande l'IFMKN au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de l'institut de formation en masso-kinésithérapie niçois présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à l'institut de formation en masso-kinésithérapie niçois et au ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports.

Copie en sera adressée à l'Université Côte d'Azur.

Fait à Nice, le 17 avril 2023.

Le juge des référés

Signé

O. C

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation le greffier

2301426

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