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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2301489

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2301489

vendredi 19 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2301489
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme MEAR
Avocat requérantALMAIRAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 24 mars et 30 avril 2023, M. B A représenté par Me Almairac, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 mars 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de protégé international, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de son renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son avocate en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, cette dernière renonçant par avance à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

-l'arrêté est insuffisamment motivé ;

-il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

-il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet des Alpes-Maritimes fonde son acte sur les dispositions des articles L. 412-5, L. 612-2, L. 612-6 et L. 752-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui, ne correspondent pas à sa situation et donc serait dépourvu de base légale ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car il était sur le point de déposer une nouvelle demande de réexamen de sa demande d'asile et bénéficie ainsi du droit de se maintenir sur le territoire français le temps du nouveau réexamen de sa demande d'asile ;

-il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

-la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense mais produit des pièces enregistrées le 12 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative au statut des réfugiés, signée à Genève le 28 juillet 1951 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Mear, présidente de la première chambre, en application des articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés auxdits articles.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 mai 2023 :

- le rapport de Mme Mear, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Petit, substituant Me Almairac, représentant M. B A qui persiste dans ses précédentes écritures.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant nigérian, né le 6 février 1997, a présenté une première demande d'asile le 4 août 2020, qui a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (l'OFPRA) le 30 septembre 2021, laquelle a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 1er février 2022. Il a ensuite formulé une demande de réexamen de sa demande d'asile le 13 mai 2022 qui a été déclarée irrecevable par l'OFPRA le 24 mai 2022 et la CNDA a confirmé cette décision le 26 juillet 2022. Par arrêté du 20 mars 2023, le préfet des Alpes-Maritimes lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour en qualité de protégé international, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite. M. A demande au tribunal d'annuler ledit arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, en l'espèce, d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application, notamment les articles L. 424-1, L. 424-9, L. 424-18, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B A, sur lesquels le préfet s'est fondé pour refuser son admission au séjour, pour l'obliger à quitter le territoire français un délai de trente jours et pour fixer le pays de son renvoi. Par suite, les moyens tirés d'une insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué et d'un défaut d'examen particulier de la situation du requérant, doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, si l'arrêté en litige vise de manière surabondante les articles L. 412-5, L. 612-2, L. 612-6 et L. 752-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne ressort pas de cet arrêté que le préfet des Alpes-Maritimes a fait application de ces dispositions mais qu'il s'est fondé sur d'autres dispositions qui sont précisément mentionnées. Par suite, les moyens tirés de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur de droit ou serait dépourvu de base légale doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

6. Il ressort de l'arrêté attaqué que la demande d'asile de M. A a été rejetée par des décisions de l'OFPRA et de la CNDA des 30 septembre 2021 et 1er février 2022 et que sa demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 24 mai 2022 pour irrecevabilité et par la CNDA le 26 juillet 2022. Dans ces conditions, si M. A soutient qu'il était sur le point de déposer une nouvelle demande de réexamen de sa demande d'asile, cette situation ne lui confère par elle-même aucun droit à se maintenir sur le territoire français. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la mesure d'éloignement en litige méconnaît les dispositions de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. B A fait valoir être entré sur le territoire français en juillet 2020 pour solliciter l'asile. Il indique qu'il a fait l'objet de deux hospitalisations en mars 2023 et a travaillé pendant une année en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la demande de réexamen de la demande d'asile du requérant a été déclarée irrecevable par l'OFPRA et que cette décision a été confirmée par la CNDA. En outre, si le requérant se prévaut de sa santé fragile, il n'établit ni la gravité de son état de santé ni le fait qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un suivi médical dans son pays d'origine. En outre, il ne justifie pas d'une insertion particulière dans la société française en se bornant à faire valoir qu'il aurait travaillé pendant une année en France, soit durant la période de validité de l'autorisation de travail qui lui a été accordée pour l'examen de sa demande d'asile. Par ailleurs, il n'établit pas qu'il serait dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Par suite, eu égard aux conditions et à la durée de son séjour en France, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris ni, ainsi, à soutenir que cet arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'est pas davantage fondé, pour les mêmes motifs à soutenir que cet arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

9. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

10. M. A, dont la demande d'asile et la demande réexamen de sa demande d'asile ont été rejetées par l'OFPRA et la CNDA, fait valoir qu'un retour au Nigéria l'exposerait à un risque élevé de traitements inhumains et dégradants. Toutefois, le requérant qui fait valoir être sur le point de déposer une nouvelle demande de réexamen de sa demande d'asile ne verse au dossier aucune pièce à l'appui de ses dires de nature à établir la réalité des menaces dont il fait état. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 20 mars 2023, présentées par M. B A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Alpes-Maritimes.

- Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mai 2023.

La magistrate désignée,

signé

J. MEARLa greffière,

signé

H. DIAW

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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