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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2301589

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2301589

mercredi 31 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2301589
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. BONHOMME
Avocat requérantGRAZIANI

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2301589 les 31 mars et 26 avril 2023, M. B A, représenté par Me Guigui, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions du 29 mars 2023 par lesquelles le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé un pays de destination, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système informatique Schengen ;

2°) subsidiairement de lui accorder un délai de départ volontaire de trente jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'auteur de l'acte est incompétent ;

- l'obligation de quitter le territoire est irrégulière car il a été privé du droit d'être entendu prévu par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction de retour est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- elle ne tient pas compte de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit de mener une vie familiale normale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2301616 le 31 mars 2023, M. B A, représenté par Me Guigui, demande au tribunal d'annuler les décisions du 29 mars 2023 par lesquelles le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé un pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français sans délai est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il a construit des attaches en France.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. Bonhomme, vice-président, dans les fonctions de magistrat chargé du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bonhomme, magistrat désigné,

La clôture de l'instruction a été prononcée après appel des affaires à l'audience, en application des articles R. 776-13-2 et R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est né en 1992, de nationalité tunisienne. Il déclare être entré en France à la fin du mois de décembre 2018 via l'Espagne. Par ses deux requêtes, qu'il y a lieu de joindre pour y statuer par un seul jugement, il demande au tribunal d'annuler les décisions du 29 mars 2023 par lesquelles le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an.

Sur la demande d'annulation :

En ce qui concerne la mesure d'éloignement :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".

3. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ".

4. D'une part, M. A ne saurait utilement invoquer une méconnaissance des stipulations citées au point précédent qui s'adressent exclusivement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.

5. D'autre part, en admettant que le requérant ait entendu se prévaloir du droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, préalablement à l'adoption d'une décision de retour, ce droit implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour.

6. Il ressort des pièces des dossiers que M. A a été auditionné par les services de police et qu'il a été ainsi mis à même de faire valoir tous les éléments utiles à la bonne compréhension de sa situation. S'il allègue que certains éléments concernant sa situation personnelle n'ont visiblement pas été communiqués ou pris en considération, il ne précise pas au tribunal quelle situation de son parcours personnel aurait pu avoir une influence sur la mesure d'éloignement prise à son encontre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, tel que garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne, doit être écarté.

7. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ". Aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

8. Il ressort des pièces des dossiers que la décision en litige énonce, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et il ne peut, dès lors, qu'être écarté.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. A se prévaut de la durée de son séjour en France depuis prétendument fin décembre 2018. Il fait valoir qu'il a dû travailler pour subvenir à ses besoins, qu'il a respecté les valeurs de la République et qu'il souhaiterait construire une vie de famille avec sa compagne qui est de nationalité française. Toutefois, le requérant ne verse aux débats aucune pièce de nature à justifier ses allégations. M. A n'allègue pas être dépourvu de toute attache privée et familiale dans son pays d'origine. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, notamment de la durée et des conditions du séjour en France de l'intéressé, la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquelles cette mesure a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit être écarté.

11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, il ne ressort pas des pièces des dossiers que le préfet des Alpes-Maritimes aurait entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

12. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

13. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. A pour quitter le territoire français, le préfet des Alpes-Maritimes a notamment considéré qu'il ne justifiait pas d'une entrée régulière en France ni d'une résidence effective et permanente sur le territoire français, comme le précise la décision litigieuse. Le requérant se trouvait ainsi dans le cas prévu au 8° de l'article L. 612-3 cité au point précédent, permettant de regarder comme établi, sauf circonstance particulière, le risque qu'il se soustraie à l'obligation qui lui avait été faite de quitter le territoire français. Si l'intéressé soutient qu'il ne présente pas un risque de fuite puisqu'il dispose d'un passeport en cours de validité et d'un bail d'habitation, les seules pièces qu'il produit, soit deux factures d'énergie à des adresses différentes sur la commune de Grasse, ne permettent pas d'établir qu'il présenterait des garanties de représentation suffisantes. Il n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes a fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

14. Au regard de ce qui a été dit aux points 2 à 11, M. A n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'interdiction de retour.

15. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

16. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.

17. En l'espèce, M. A ne justifie ni de l'ancienneté de sa présence en France, ni de sa relation avec une ressortissante française. Dans ces circonstances, en assortissant l'obligation de quitter le territoire sans délai d'une interdiction de retour d'une durée d'un an, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas méconnu les dispositions citées au point 15. De même, il ne ressort pas des pièces des dossiers que la durée d'un an de l'interdiction de retour attaquée revêt un caractère disproportionné.

18. Pour le même motif que celui exposé au point 10, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté qu'il attaque. Sa requête doit donc être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.

Le magistrat désigné,

signé

T. BONHOMME La greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

N°2301589,2301616

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