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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2301713

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2301713

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2301713
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M.HOLZER
Avocat requérantSERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 avril 2023, M. F A, retenu au centre de rétention de Nice, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de mettre à jour le système d'information Schengen en faisant procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au profit de son avocat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation expresse à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de compétence faute pour le préfet des Alpes-Maritimes de justifier d'une délégation de signature régulière au profit de sa signataire ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu qui découle d'un principe général du droit de l'Union européenne et des dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à une protection au titre de l'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le principe de non-refoulement prévu par l'article 33 de la convention de Genève ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2023, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la SELARL Serfaty - Venutti - Camacho - Cordier, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Holzer, conseiller, en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 avril 2023 à 14 heures 30 :

- le rapport de M. Holzer, magistrat désigné,

- les observations de Me Mathieu, avocate commise d'office, représentant M. A, qui reprend les conclusions de la requête par les mêmes moyens,

- et les réponses de M. A, assisté de Mme E, interprète en langue italienne, qui a répondu aux questions du magistrat désigné.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par sa requête, M. A, ressortissant pakistanais né en 1958, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 mars 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

3. L'arrêté attaqué, en date du 22 mars 2023, a été signé pour le préfet des Alpes-Maritimes par Mme C D, cheffe du pôle éloignement du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour. Par un arrêté n° 2023-101 du 7 février 2023, accessible tant au juge qu'aux parties, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 32-2023 de la préfecture des Alpes-Maritimes, Mme D a reçu délégation de signature à l'effet de signer, au nom du préfet des Alpes-Maritimes, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, portant refus de délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi ainsi que les interdictions de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

4. D'une part, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Par ailleurs, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision d'éloignement est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de cette décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". En outre, aux termes de l'article L. 122-1 de ce même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. / () ".

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué est daté du 22 mars 2023 alors que M. A a été mis en situation de faire valoir ses observations seulement le 8 avril 2023 soit postérieurement à la date de la décision attaquée. Toutefois, et à supposer que la date du 22 mars 2023 ne révèle pas une erreur matérielle alors que l'arrêté attaqué n'a été notifié au requérant que le 8 avril 2023, il résulte de ce qui a été dit au point 4 qu'une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Or, en l'espèce, les circonstances selon lesquelles le requérant aurait pu formuler une demande d'asile en raison de ses craintes, au demeurant non établies, en cas de retour dans son pays d'origine et qu'il souhaite rejoindre l'Italie, ne peuvent être regardées comme des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. En outre, la circonstance que le délai qui a été laissé à l'intéressé pour faire valoir ses observations ait été particulièrement court est, pour les mêmes raisons, insusceptible de vicier la procédure dès lors que le requérant ne fait état d'aucun élément pertinent qui aurait pu aboutir à une décision différente. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu et des dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, en affirmant, d'une part, qu'il craint pour sa vie en cas de retour au Pakistan sans apporter aucun élément à l'appui d'une telle allégation et, d'autre part, qu'il souhaite demander l'asile, le requérant n'est pas fondé à soutenir ni que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ni que le préfet des Alpes-Maritimes l'aurait entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle alors, qu'en tout état de cause, cette décision fait état d'éléments de fait propres à sa situation personnelle notamment de la circonstance qu'il a déclaré ne pas être entré régulièrement sur le territoire français ou encore celle relative à sa condamnation à une peine d'emprisonnement de neuf mois prononcée le 3 octobre 2022 par le tribunal correctionnel de Nice. Ces moyens doivent ainsi être écartés.

8. En second lieu, M. A n'établissant pas être demandeur d'asile, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait son droit à une protection au titre de l'asile. En outre, alors que la légalité de la décision attaquée ne saurait s'apprécier à une date postérieure à sa signature, la circonstance que M. A ait présenté une demande d'asile, enregistrée le 13 avril 2023, est sans influence sur la légalité de la décision attaquée.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. En l'espèce, si M. A soutient qu'il risque pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine, il n'apporte aucun élément à l'appui de cette allégation. En tout état de cause, la décision litigieuse mentionne que le requérant est obligé de quitter le territoire à destination de son pays d'origine ou dans un autre pays où il y serait légalement réadmissible. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention précitée doit être écarté.

11. En second lieu, le requérant ne justifiant pas, à la date de la décision attaquée, de sa qualité de demandeur d'asile en France ni, d'ailleurs, dans un autre Etat de l'espace Schengen, il ne peut utilement se prévaloir du principe de non-refoulement des réfugiés énoncé par les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève. Par suite, ce moyen doit également être écarté.

En ce qui concerne le moyen propre à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. Si le requérant soutient que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de ces décisions. Ce moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 22 mars 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de trois ans, doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et de celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F A, au préfet des Alpes-Maritimes et à Me Mathieu.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.

Lu en audience publique le 13 avril 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

M. B

Le greffier

Signé

A. STASSI

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation le greffier,

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