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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2301749

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2301749

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2301749
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantALMAIRAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 avril 2023, Mme B A, représentée par Me Almairac, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 18 janvier 2023 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes lui a retiré son certificat de résidence algérien ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un certificat de résidence d'une durée de dix ans dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocate d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, cette dernière renonçant par avance à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

La requérante soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet des Alpes-Maritimes a méconnu le principe du contradictoire ;

- ladite décision est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'infraction qu'elle a commise et qui a donné lieu à sa condamnation par le tribunal correctionnel de Grasse le 1er avril 2019 n'entre pas dans le champ d'application de cet article ;

- le préfet des Alpes-Maritimes ne pouvait en application des stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 retirer son certificat de résidence qu'au titre de manœuvres frauduleuses ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vie privée et familiale.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code pénal ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 juin 2024 :

- le rapport de M. Holzer,

- et les observations de Me Bégon, substituant Me Almairac, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Par sa requête, Mme A, ressortissante algérienne née en 1986, demande au tribunal d'annuler la décision du 18 janvier 2023 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes lui a retiré son certificat de résidence algérien qui lui avait été délivré le 1er juin 2017 pour une durée de dix ans.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme A ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 mars 2023, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 dudit code, " sous réserve () des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent de manière complète les conditions dans lesquelles ces ressortissants peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Par suite, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général ainsi qu'aux conditions de leur délivrance et de leur retrait, et notamment celles de l'article L. 432-12 du même code, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié.

4. En l'espèce, pour retirer le certificat de résidence de Mme A, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d 'asile dès lors que l'intéressée a été condamnée par le tribunal correctionnel de Grasse le 1er avril 2019 pour des faits de vol par un majeur avec l'aide d'un mineur de moins de treize ans. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que les dispositions de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d 'asile relatives au retrait des titres de séjour ne sont pas applicables à l'intéressée, ressortissante algérienne dont la situation est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par suite, la requérante est fondée à soutenir qu'en ne faisant pas application des stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 qui étaient exclusivement applicables à sa situation, le préfet des Alpes-Maritimes a entaché la décision attaquée d'une erreur de droit alors qu'en tout état de cause, et à supposer que ces dispositions de l'article L. 432-12 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile soient, en l'espèce, applicables, il est constant que la requérante n'a fait l'objet d'aucune des condamnations énoncées aux articles du code pénal auxquels renvoie limitativement ledit article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 18 janvier 2023 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes lui a retiré son certificat de résidence algérien.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. L'exécution du présent jugement implique, non pas à ce que le préfet des Alpes-Maritimes délivre un nouveau certificat de résidence à Mme A, mais uniquement qu'il lui restitue son certificat de résidence qui expire le 31 mai 2027. Ainsi, il y a lieu d'enjoindre au préfet de procéder à cette restitution dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a donc lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 900 euros à Me Almairac en application des de ces dispositions, cette dernière ayant par avance renoncé à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par Mme A tendant à lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du 18 janvier 2023 du préfet des Alpes-Maritimes est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de restituer à Mme A son certificat de résidence, expirant le 31 mai 2027, dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce jugement.

Article 4 : L'Etat versera une somme de 900 (neuf cents) euros à Me Almairac en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, cette dernière ayant renoncé à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Almairac et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Grasse.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

M. Holzer, conseiller,

M. Combot, conseiller,

Assistés de Mme Martin, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

Le rapporteur,

signé

M. Holzer

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-FortesaLa greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

N°2301749

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