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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2301778

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2301778

lundi 30 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2301778
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantHMAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 avril 2023, M. A D, représenté par Me Hajer Hmad, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 novembre 2022, par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de son pays d'origine, ou tout autre pays où il est légalement admissible ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes à titre principal de lui délivrer une carte de résident ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes à titre subsidiaire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

4°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes à titre infiniment subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, et de lui délivrer dans cette attente un récépissé avec droit au travail ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de motivation en fait et en droit ;

- cet arrêté méconnaît les termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant, faite à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le règlement (UE) n°2016/399 du 3 mars 2016 du parlement européen et du conseil, établissant un code communautaire relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- Le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 octobre 2023 :

- le rapport de Mme Pouget, présidente-rapporteure ;

- et les observations de Me Trifi substituant Me Hmad représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, de nationalité cap-verdienne né le 7 mai 1996, a sollicité le 17 mai 2022 la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " parent d'enfant français " sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). Par un arrêté en date du 21 novembre 2022, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, qui se sont substitués à compter du 1er janvier 2016 aux dispositions de l'article 1er de la loi du 11 juillet 1979 relative à la motivation des actes administratifs : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ".

3. En l'espèce, l'arrêté en litige du 21 novembre 2022 vise les dispositions légales sur lesquelles il se fonde et indique que l'intéressé a déclaré être entré régulièrement sur le territoire français le 1er janvier 1998, qu'il a sollicité auprès de la préfecture des Alpes-Maritimes la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " parent d'enfant français " le 17 mai 2022, que son enfant de nationalité française est née le 6 octobre 2015 à Cannes et qu'il ne justifie pas contribuer à son entretien et à son éducation depuis sa naissance dans les conditions prévues par l'article L. 371-2 du code civil. Par suite, le préfet, qui n'est pas tenu d'énoncer l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'étranger en sa possession, a suffisamment motivé l'arrêté en litige. Il s'ensuit, que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Et aux termes de l'article L.423-7 du même code : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

5. M. B soutient qu'il remplit les conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 432-23 du CESEDA dès lors qu'il est entré régulièrement sur le territoire national le 1er janvier 1998, qu'il bénéficie du regroupement familial et qu'il est parent d'enfant français. Toutefois, il ressort des termes de l'arrêté en litige, ce qui n'est pas contesté par le requérant, qu'il a seulement sollicité auprès de la préfecture un titre de séjour en sa qualité de " parent d'enfant français " le 17 mai 2022. Par suite, M. B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du CESEDA à l'encontre de l'arrêté en litige, lequel a pour objet le rejet de la demande de titre de séjour présentée par l'intéressé sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du même code.

6. Si M. B se prévaut de son droit à bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du CESEDA, les pièces qu'il produit, à savoir six mandats de transfert d'argent au profit de la mère de l'enfant pour l'année 2022 et deux pour l'année en cours, ne suffisent pas à établir qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Par ailleurs, il n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause les résultats de l'enquête de l'unité judiciaire de Cannes en date du 12 juillet 2022 selon lesquels il n'entretient pas de relations affectives avec son enfant.

7. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni qu'elle serait entachée d'une erreur de droit.

8. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; () / 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () ". Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France est protégé contre l'éloignement à la condition qu'il exerce, même partiellement, l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins.

9. Contrairement à ce que soutient le requérant, la décision d'éloignement comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en droit et en fait doit être écarté.

10. Pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 5 et 6, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni n'est entachée d'une erreur de droit au regard de ces dispositions.

11. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

12. M. B fait valoir qu'il vit en France depuis son enfance, qu'il y a suivi sa scolarité jusqu'au lycée et qu'il a des attaches personnelles et familiales en France. Toutefois, il est constant qu'il a été condamné à des peines d'emprisonnement par le tribunal correctionnel de Créteil et le tribunal correctionnel de Paris à plusieurs reprises en 2014, 2016, 2017 et 2019 pour des faits d'usage illicite de stupéfiants, offre ou cession non autorisée de stupéfiants en récidive, de détention et transport non autorisés de stupéfiants en récidive Ainsi, eu égard aux conditions du séjour du requérant en France, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas porté au droit à la vie privée et familiale du requérant une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée. Il n'a dès lors pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. Il résulte de tout ce qui précède, que la requête de M. B doit être rejetée, y compris en ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Hajer Hmad et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copies-en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2023 à laquelle siégeaient :

- Mme Marianne Pouget, présidente ;

Mme Dorothée Gazeau, première conseillère ;

Mme Gladys Duroux, conseillère;

Assistées de Mme Daverio, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2023.

La présidente-rapporteure, L'assesseure la plus ancienne,

Signé Signé

M. E

La greffière,

Signé

M-L DAVERIO

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière.

N°2301778

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