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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2301855

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2301855

mardi 25 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2301855
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCHADAM-COULLAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 avril 2023, M. A C, représenté par Me Chadam-Coullaud, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution des décisions résultant du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur sa demande d'admission exceptionnelle au séjour du 25 février 2022 et sur sa demande de communication des motifs du 6 juillet 2022, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de ces décisions ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un récépissé, mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à son conseil, ce dernier renonçant en ce cas au bénéfice de l'aide juridictionnelle à intervenir.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie car il ne travaille plus et le couple ne vit que sur les ressources de l'épouse qui s'élèvent à 700 euros par mois ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées dès lors que :

- il remplit les conditions de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 pour obtenir une carte de séjour temporaire, mention " vie privée et familiale " ;

- il n'a plus de famille proche en Tunisie et ses parents sont décédés ;

- la préfecture aurait dû lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en qualité de conjoint de ressortissant tunisien ayant un titre de séjour et une activité professionnelle ;

- il a une présence en France de plus de neuf ans et est bénévole depuis plus de sept ans.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 13 avril 2023 sous le numéro 2301854 par laquelle M. C demande l'annulation des décisions attaquées.

Vu :

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. C est né en 1963, de nationalité tunisienne. Il déclare résider en France de façon continue depuis le 13 juin 2014. Il a présenté une demande d'asile qui a été rejetée. Il indique qu'il a fait l'objet d'une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours le 1er février 2021. Sa requête tendant à l'annulation de cette décision a été rejetée par un jugement du tribunal n° 2103064 du 4 novembre 2021. Le 25 février 2022, il a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par la présente requête, M. C demande au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision résultant du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur cette demande et sur sa demande de communication de motifs du 6 juillet 2022.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". En vertu de l'article L. 522-3 de ce code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

Sur la décision résultant du silence gardé par l'administration sur la demande du 6 juillet 2022 :

3. Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

4. Il résulte des dispositions citées au point précédent que le silence gardé sur une demande de communication des motifs d'une décision implicite de rejet n'a pas pour effet de faire naître une nouvelle décision implicite de rejet détachable de la première et pouvant faire elle-même l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Ce silence permet seulement à l'intéressé de se pourvoir contre la décision implicite initiale qui, en l'absence de communication de ses motifs, se trouve entachée d'illégalité.

5. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que M. C n'est pas recevable à demander l'annulation de la décision implicite du préfet des Alpes-Maritimes rejetant implicitement sa demande de communication des motifs du 6 juillet 2022. Par suite, sa demande tendant à la suspension de cette décision n'est pas fondée et doit être rejetée selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

Sur la décision résultant du silence gardé par l'administration sur la demande du 25 février 2022 :

6. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

7. Il résulte de l'instruction que M. C, depuis son entrée en France, a seulement obtenu quelques autorisations provisoires de séjour. La décision en litige doit être regardée comme rejetant la demande de l'intéressé tendant à obtenir la délivrance d'un premier titre de séjour. A ce titre, il lui appartient d'établir l'urgence inhérente à la situation.

8. A l'appui de sa demande, le requérant invoque, de façon générale et peu circonstanciée, une situation d'urgence " à la fois financière et sociale ". Il expose qu'en l'absence de titre de séjour, il ne peut plus travailler et que le couple ne vit que sur les ressources de l'épouse qui s'élèvent à 700 euros par mois. Toutefois, alors que l'intéressé n'a jamais bénéficié d'un titre de séjour régulier, il n'établit pas en quoi la situation implique l'intervention du juge des référés à très bref délai. Dans ces conditions, la condition d'urgence n'étant manifestement pas remplie, il y a lieu de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête en toutes ses conclusions, y compris celles tendant au remboursement des frais de procès.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et à Me Chadam-Coullaud.

Fait à Nice, le 25 avril 2023.

Le juge des référés,

Signé

T. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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