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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2301873

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2301873

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2301873
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme BELGUECHE
Avocat requérantCABINET OLOUMI - HMAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 avril 2023, et des mémoires en production de pièces enregistrés les 17 et 25 mai 2023, M. D, représenté par Me Oloumi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) la communication, par le préfet des Alpes-Maritimes, de la capture d'écran AGDREF constatant que M. A a exécuté les précédentes décisions prises par l'administration portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la demande d'admission au séjour ayant donné lieu à la décision attaquée ;

3°) d'annuler l'arrêté du 4 avril 2023 du préfet des Alpes-Maritimes en toutes ses dispositions ;

4°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes :

- à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente d'une nouvelle décision ;

- à titre subsidiaire, d'annuler les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en application de l'article L 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, moyennant la renonciation dudit avocat à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle et, à défaut, de mettre à la charge de l'État cette même somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que l'arrêté en litige :

- est dépourvu de base légale ou d'une insuffisance de motivation concernant le type de demande d'admission au séjour fondant la décision attaquée ;

- porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant mineure protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- méconnaît le droit d'être entendu ;

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mai 2023

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné Mme Belguèche, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Belguèche, magistrate désignée,

- et les observations de Me Della Monaca substituant Me Oloumi, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et soutient, en outre, que le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation,

- le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant russe né le 24 août 1978 à Grozny (Russie), déclare être entré irrégulièrement en France le 22 avril 2010. A la suite du rejet, par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), de ses demandes de réexamen de sa demande d'asile formulées les 31 octobre 2011, 21 octobre 2014 et 25 novembre 2015, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé, par arrêté du 4 avril 2023, de lui délivrer l'attestation de demandeur d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 avril 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer l'attestation de demandeur d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur la communication par le préfet des Alpes-Maritimes du dossier de A :

2. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ".

3. M. A doit être regardé comme demandant la communication, par le préfet des Alpes-Maritimes, d'une part, de la capture d'écran AGDREF constatant qu'il a exécuté les précédentes décisions portant obligation de quitter le territoire français prises par l'administration et, d'autre part, la demande d'admission au séjour ayant donné lieu à la mesure d'éloignement. Toutefois, l'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner, avant de statuer sur la requête, la communication par l'administration des pièces demandées par M. A.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

4. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

5. Par une décision du 17 mai 2023, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, il n'y a plus lieu de se prononcer sur ses conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

6. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que pour obliger M. A à quitter le territoire français, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur la circonstance selon laquelle les demandes de réexamen de sa demande d'asile formulées les 31 octobre 2011, 21 octobre 2014 et 25 novembre 2015 avaient été rejetées par l'OFPRA et étaient ainsi devenues définitives. Si le préfet a, par voie de conséquence, refusé de délivrer à M. A une attestation de demande d'asile, il n'est pas contesté qu'une mesure d'éloignement a été exécutée en décembre 2015. S'il ressort, en outre, de la motivation de l'arrêté contesté que le préfet a retenu que l'intéressé, entré en France à compter de l'année 2023, soit très récemment, ne saurait ainsi prétendre à une admission au séjour sur un autre fondement juridique que celui de l'asile, il ne précise pas, toutefois, la base légale de la mesure d'éloignement prise à l'encontre du requérant sur laquelle il se fonde. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que l'arrêté du 4 avril 2023 est insuffisamment motivé.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 avril 2023 en toutes ses dispositions.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance (), et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

9. En application de ces dispositions, le présent jugement implique nécessairement, que le préfet des Alpes-Maritimes réexamine la situation de M. A. Il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à ce nouvel examen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

10. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Oloumi, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Oloumi de la somme de 700 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. C A tendant à obtenir le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 4 avril 2023 du préfet des Alpes-Maritimes est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer la situation de C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Oloumi une somme de 700 (sept cents) euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Oloumi renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Oloumi et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, au procureur de la République près le tribunal judicaire de Nice et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin2023.

La magistrate désignée,

signé

S. BELGUECHE

La greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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