lundi 18 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2301875 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat M. FAY |
| Avocat requérant | PONS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 avril 2023, Mme A D, représentée par Me Laure Pons, avocate au Barreau de Nice, demande au tribunal :
* de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;
* d'annuler la décision en date du 17 janvier 2023 par laquelle la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère urgent et prioritaire de sa demande de logement social en application des dispositions du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ensemble la décision en date du 14 mars 2023 rejetant son recours gracieux ;
* d'enjoindre à la commission de médiation de la reconnaître prioritaire et devant être logée d'urgence à compter de la décision à intervenir et ce sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;
* de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme D soutient que la décision attaquée ;
* est entachée d'insuffisance de motivation ;
* méconnaît les dispositions de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation ;
* méconnaît les dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;
* a fait de sa situation une appréciation manifestement erronée en raison du caractère dangereux du logement dont elle est toujours locataire, quoique ne pouvant l'occuper, dans le quartier des Moulins ;
* en outre, la commission de médiation avait la faculté de la reconnaître prioritaire et devant être logée d'urgence même si sa situation ne répondait qu'incomplètement aux prévisions de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation ;
Par mémoire en défense enregistré le 10 août 2023, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
* le code de la construction et de l'habitation ;
* le code de justice administrative.
Vu, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Faÿ pour statuer sur les litiges visés audit article.
Le rapporteur public ayant été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
* le rapport de M. Faÿ, magistrat désigné ;
* les observations de Me Laure Pons, pour Mme D, et de Mme C, pour le préfet des Alpes-Maritimes. A la barre, Me Pons confirme que par décision du 8 février 2023, que le secret de l'instruction ne lui permet pas de communiquer, le juge d'instruction a levé le contrôle judiciaire de Mme D qui lui interdisait de se rendre dans le quartier des Moulins et d'y résider.
Considérant ce qui suit :
1. Le 10 novembre 2022, Mme D a saisi la commission de médiation des Alpes-Maritimes d'un recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère urgent et prioritaire de sa demande de logement social en application des dispositions du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation pour être dépourvue de logement, hébergée chez un particulier et pour être menacée d'expulsion, sans relogement. Par une décision en date du 17 janvier 2023, la commission a rejeté son recours amiable aux motifs que si la requérante déclare être dépourvue de logement, elle est locataire d'un logement de type 2 d'une surface de 37 mètres carrés et perçoit, à ce titre, une allocation de logement versée par la caisse d'allocation familiale, que si l'intéressée déclare être menacée d'expulsion, elle ne justifie pas avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant son expulsion, que la notion de handicap ne peut être invoquée qu'en présence d'un logement sur-occupé ou non décent, que la surface du logement occupé par Mme D est supérieure à celle mentionnée à l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation au regard des trois personnes qui composent le foyer et qu'il ne présente aucune des caractéristique de la non décence. Le 9 février 2023, la requérante a introduit un recours gracieux à l'encontre de la décision en date du 17 janvier 2023 qui a fait l'objet d'une décision de rejet en date du 14 mars 2023 fondée sur la même motivation. Mme D demande l'annulation de la décision en date du 17 janvier 2023, ensemble de la décision en date du 14 mars 2023.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire
2. Par une décision en date du 7 septembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice a admis Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, il n'y a pas lieu de se prononcer sur les conclusions tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation des décisions attaquées
Sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête
3. Aux termes des dispositions de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant [] est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. " et aux termes du premier alinéa du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut () peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. () "
4. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à la commission de médiation, qui, pour instruire les demandes qui lui sont présentées en application du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, peut obtenir des professionnels de l'action sociale et médico-sociale, au besoin sur sa demande, les informations propres à l'éclairer sur la situation des demandeurs, de procéder, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à un examen global de la situation de ces derniers au regard des informations dont elle dispose, sans être limitée par le motif invoqué dans la demande, afin de vérifier s'ils se trouvent dans l'une des situations envisagées à l'article R. 441-14-1 de ce code pour être reconnus prioritaires et devant être relogés en urgence au titre du premier ou du deuxième alinéa du II de l'article L. 441-2-3. Le demandeur qui forme un recours pour excès de pouvoir contre la décision par laquelle la commission de médiation a refusé de le déclarer prioritaire et devant être relogé en urgence peut utilement faire valoir qu'à la date de cette décision, il remplissait les conditions pour être déclaré prioritaire sur le fondement d'un autre alinéa du II de l'article L. 441-2-3 que celui qu'il avait invoqué devant la commission de médiation. Il peut également présenter pour la première fois devant le juge de l'excès de pouvoir des éléments de fait ou des justificatifs qu'il n'avait pas soumis à la commission, sous réserve que ces éléments tendent à établir qu'à la date de la décision attaquée, il se trouvait dans l'une des situations lui permettant d'être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence.
5. Il résulte, en outre, de ces dispositions que le législateur a entendu ouvrir aux personnes que leurs conditions de logement exposent à des risques personnels graves la possibilité de saisir sans délai la commission de médiation afin qu'elle les désigne comme prioritaires et devant être relogées en urgence. En dehors du cas où les locaux occupés par le demandeur sont, en raison de leurs caractéristiques physiques, impropres à l'habitation, insalubres ou dangereux, ces dispositions permettent à la commission de désigner comme prioritaire et devant être relogée en urgence une personne établissant l'existence, dans l'immeuble où elle réside, d'une situation d'insécurité liée à des actes commis de manière habituelle et qui, du fait d'une vulnérabilité particulière ou d'autres éléments liés à sa situation personnelle, créent des risques graves pour elle-même ou pour sa famille.
6. Pour contester l'appréciation faite de sa situation par la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes, Mme D fait valoir que l'appartement dont elle est locataire, 6 avenue de la Méditerranée à Nice, se trouve au rez-de-chaussée d'un immeuble qui connaît journellement, juste devant ses fenêtres, des trafics de stupéfiants, qu'en raison de ces circonstances elle a fait l'objet de menaces et d'agression et qu'elle craint pour sa sécurité ainsi que pour celle de ses deux filles. Mme D ajoute qu'elle a été l'objet de deux effractions de domicile alors qu'elle était absente de chez elle. Au soutien de ses allégations, la requérante produit plusieurs documents photographiques montrant la présence d'individus devant les fenêtres d'un appartement avec présence de chaise et brasero ainsi que de nombreux détritus pouvant être des sachets ainsi que de mégots pouvant laisser penser par leur forme qu'ils ont été utilisés pour fumer une substance illicite. La requérante produit en outre plusieurs mains courantes et autres plaintes rapportant des faits d'agression sur sa personne, de menace verbale ainsi que de violation de domicile. En outre, il ressort des pièces du dossier que la requérante se trouve en situation de handicap pour diabète de type 2 ainsi que sa fille B, née le 22 juillet 2014, cette dernière étant sujette à des crises d'épilepsie générale en raisons d'un atteinte de paralysie cérébrale de type hémiplégie spastique gauche en cours de croissance nécessitant l'injection de toxine botulique intramusculaire, une rééducation en kinésithérapie trois fois par semaine, des séances de psychomotricité et d'etergothérapie, un appareillage de posture nocturne ainsi que le port d'orthèses plantaires, affection pour laquelle elle est suivie par la Fondation Lenval et le centre de santé Rossetti des Pupilles de l'enseignement public des Alpes-Maritimes. Par suite, par les pièces qu'elle produit au soutien de ses conclusions aux fins d'annulation, Mme D démontre l'existence, dans l'immeuble dans lequel elle est locataire d'un logement social, d'une situation d'insécurité liée à des actes pénalement répréhensibles commis de manière récurrentes de nature à créer des risques graves pour elle-même et ses enfants. En outre, et en tout état de cause, cette circonstance est incompatible avec la situation de handicap de l'enfant B. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la commission de médiation des Alpes-Maritimes a fait de sa situation une appréciation manifestement erronée.
7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler les décisions de la commission de médiation des Alpes-Maritimes en date des 17 janvier et 14 mars 2023.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte
8. Considérant qu'aux termes des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution " et aux termes des dispositions de l'article L. 911-3 du même code : " Saisie de conclusions en ce sens, la juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. "
9. Eu égard au motif d'annulation énoncé précédemment, le présent jugement implique nécessairement que la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes reconnaisse Mme D prioritaire et devant être logée d'urgence dans un logement répondant à ses besoins et capacités dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte de 400 euros par mois de retard.
Sur l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991
10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou à défaut la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " et aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " En toute matière, l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle partielle ou totale peut demander au juge de condamner la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à lui payer une somme au titre des honoraires et frais, non compris dans les dépens, que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. "
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Laure Pons, avocate de Mme D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Pons de la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de se prononcer sur l'admission de Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les décisions de la commission de médiation des Alpes-Maritimes en date des 17 janvier et 14 mars 2023 sont annulées.
Article 3 : Il est enjoint à la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes de reconnaître Mme D prioritaire et devant être logée d'urgence dans un logement répondant à ses besoins et capacités dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 400 (quatre cents) euros par mois de retard.
Article 4 : L'État versera à Me Laure Pons une somme de 1 500 (mil cinq cents) euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État.
Article 5 : La présente décision sera notifiée à Mme A D, à Me Laure Pons et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2023.
Le magistrat désigné,
signé
D. FAŸLa greffière,
signé
C. BERTOLOTTI
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous les huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026