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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2301931

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2301931

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2301931
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET CICCOLINI J. & C.A

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 avril 2023, M. D B, représenté par Me Ciccolini, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son avocat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce en ce cas et par avance, à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Le requérant soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. D B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 6 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, concernant le séjour et le travail des ressortissants tunisiens en France, modifié ;

- le protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne du 28 avril 2008 ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chevalier-Aubert, rapporteure ;

- et les observations de Me Ciccolini, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité tunisienne, né le 1er janvier 1969, a présenté le 17 mars 2017 une demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 29 novembre 2022 le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté la demande de titre de séjour de M. B, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations et dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

3. M. B fait valoir qu'il réside en France depuis 2010, qu'il vit en concubinage depuis 2015, avec Mme C A une ressortissante marocaine, et qu'ils sont parents de trois enfants, nés en France respectivement en 2015, 2016 et 2020, et qu'il travaille et a disposé d'un contrat de travail à durée déterminée le 24 juin 2020 avant de bénéficier désormais avec la même société d'un contrat à durée indéterminée depuis le 1er septembre 2022. Toutefois, il ressort de l'arrêté attaqué et n'est pas contesté que M. B a commis de 2005 à 2021 de nombreuses infractions, notamment, pour des faits de faux ou usage de faux documents administratifs, violence ayant entrainé une incapacité de travail n'excédant pas 8 jours, vol simple, usage de faux documents administratifs constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation et au surplus, le 28 juin 2021, l'intéressé a été condamné par le tribunal correctionnel de Nice à 10 mois d'emprisonnement avec sursis probatoire pendant 2 ans pour escroquerie faite au préjudice d'une personne publique ou d'un organisme chargé d'une mission de service public pour l'obtention d'une allocation, d'une prestation, d'un paiement ou d'un avantage indu du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016. Il a fait l'objet en 2013 et 2016 de deux précédents arrêtés portant refus de séjour avec obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par les juridictions administratives et dont il n'est ni établi ni même allégué qu'il les aurait exécutés. En outre, la commission du titre de séjour a émis le 24 octobre 2022 un avis défavorable à la demande de titre de séjour du requérant, confirmant ainsi la menace que constitue l'intéressé pour l'ordre. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que si le requérant fait valoir travailler et disposer d'un contrat de travail à durée déterminée depuis 2022, une demande d'autorisation de travail n'a pas été déposée par son employeur et sa compagne réside irrégulièrement sur le territoire français et fait l'objet d'un arrêté portant refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français concomitant. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté du 29 novembre 2022 porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris ni ainsi, à soutenir qu'il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'est pas davantage fondé, pour les mêmes motifs à soutenir que cet arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / () ".

5. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

6. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 3, M. B n'établit pas que sa demande de titre de séjour répondrait à des considérations humanitaires ou se justifierait au regard de motifs exceptionnels. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. Si M. B invoque le fait que l'intérêt supérieur de ses enfants implique qu'ils puissent continuer à vivre en France, il ne ressort cependant pas des pièces produites qu'il serait dans l'impossibilité de retourner avec ses trois enfants et sa compagne, dans son pays d'origine en Tunisie ou au Maroc pays d'origine de cette dernière. Il n'est pas fait état d'obstacles s'opposant à la poursuite de la scolarité des enfants dans l'un des deux pays d'origine de leurs parents. M. B n'allègue pas d'ailleurs que sa compagne résiderait régulièrement en France. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 29 novembre 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté la demande d'admission exceptionnelle au séjour de M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions relatives aux frais d'instance.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Kolf, conseillère,

Mme Bergantz, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023

La présidente-rapporteure,

signé

V. Chevalier-Aubert

L'assesseure la plus ancienne,

signé

S. Kolf

La greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière.

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