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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2301946

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2301946

mardi 14 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2301946
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme POUGET
Avocat requérantOLLIE BENJAMIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 avril 2023, Mme A G C E, représentée par Me Ollié, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 février 2023 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé à l'encontre de la décision du 3 novembre 2022 portant rejet de sa demande d'engagement dans un parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui accorder le bénéfice du parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale professionnelle ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, faute pour le préfet de démontrer avoir saisi la commission départementale de la lutte sur la prostitution, le proxénétisme et la traite des êtres humains ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 121-9 du code de l'action sociale et des familles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2023, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pouget, présidente ;

- et les observations de Mme B D, représentant le préfet des Alpes-Maritimes.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C E, de nationalité péruvienne née le 7 décembre 1979 a signé, par l'intermédiaire de l'association ALC, une demande d'engagement dans le parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle. Après examen de la demande de la requérante par la commission départementale de la lutte sur la prostitution, le proxénétisme et la traite des êtres humains, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande par une décision du 3 novembre 2022. L'intéressée a formé un recours administratif préalable obligatoire le 20 décembre 2022, lequel a été rejeté par le préfet des Alpes-Maritimes par une décision du 18 février 2023. Par la présente requête, Mme C E demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 121-9 du code de l'action sociale et des familles : " I. - Dans chaque département, l'Etat assure la protection des personnes victimes de la prostitution, du proxénétisme ou de la traite des êtres humains et leur fournit l'assistance dont elles ont besoin, notamment en leur procurant un placement dans un des établissements mentionnés à l'article L. 345-1. Une instance chargée d'organiser et de coordonner l'action en faveur des victimes de la prostitution, du proxénétisme et de la traite des êtres humains est créée dans chaque département. Elle met en œuvre le présent article. Elle est présidée par le représentant de l'Etat dans le département. Elle est composée de représentants de l'Etat, notamment des services de police et de gendarmerie, de représentants des collectivités territoriales, d'un magistrat, de professionnels de santé et de représentants d'associations. II. - Un parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle est proposé à toute personne victime de la prostitution, du proxénétisme et de la traite des êtres humains aux fins d'exploitation sexuelle. Il est défini en fonction de l'évaluation de ses besoins sanitaires, professionnels et sociaux, afin de lui permettre d'accéder à des alternatives à la prostitution. Il est élaboré et mis en œuvre, en accord avec la personne accompagnée, par une association mentionnée à l'avant-dernier alinéa du présent II. L'engagement de la personne dans le parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle est autorisé par le représentant de l'Etat dans le département, après avis de l'instance mentionnée au second alinéa du I et de l'association mentionnée au premier alinéa du présent II. ". Aux termes de l'article R. 121-12-9 du même code : " Les situations individuelles des personnes qui présentent une demande d'engagement dans un parcours de sortie de la prostitution ou qui en demandent le renouvellement font l'objet d'une instruction par l'association agréée. Celle-ci présente les engagements de la personne concernée, les actions prévues dans le cadre du projet d'insertion sociale et professionnelle, leur durée, les résultats attendus ou réalisés et émet un avis sur sa situation. La commission rend un avis sur la mise en place et le renouvellement des parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle qui lui sont soumis. ". Aux termes de l'article R. 121-12-10 du même code : " Après avis de la commission, le préfet de département autorise ou refuse d'autoriser l'engagement de la personne dans le parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle ou son renouvellement. Il lui notifie sa décision, ainsi qu'à l'association en charge de l'instruction de la demande. ".

3. Il résulte de ces dispositions que le parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle est destiné à offrir aux victimes de la prostitution, du proxénétisme et de la traite des êtres humains aux fins d'exploitation sexuelle les moyens de rompre avec leur activité et de s'engager dans un processus de réinsertion sociale et professionnelle structuré. Il vise ainsi à proposer un accompagnement global de la personne en fonction de ses besoins en matière de logement, d'hébergement, d'accès aux soins, d'action d'insertion sociale et professionnelle en s'appuyant sur des actions de droit commun, la personne engagée dans ce parcours pouvant d'ailleurs bénéficier de droits spécifiques concernant la délivrance d'autorisation provisoire de séjour et une aide financière à l'insertion sociale et professionnelle, sous réserve que les conditions prévues soient satisfaites.

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant l'autorisation d'engagement d'une personne dans le parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner la situation de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler, s'il y a lieu, cette décision en accueillant lui-même la demande de l'intéressé s'il apparaît, à la date à laquelle il statue, qu'un défaut d'autorisation d'engagement conduirait à une méconnaissance des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives à la protection des personnes victimes de la prostitution, du proxénétisme ou de la traite des êtres humains et en renvoyant l'intéressé devant l'administration afin qu'elle précise les modalités de ce parcours.

5. Il résulte de l'instruction, et notamment des engagements avancés par Mme C E dans le cadre de sa demande et des éléments apportés par l'association ALC qui l'accompagne, que l'intéressée présente différentes pathologies nécessitant une prise en charge médicale, ainsi qu'une vulnérabilité psychologique et des conditions de vie précaires. La qualité de victime de la prostitution de Mme C E n'est pas contestée par le préfet des Alpes-Maritimes, qui se borne à faire valoir que l'intéressée, qui a fait l'objet d'une condamnation pénale le 15 juin 2020 pour acte de violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours, représente un risque pour l'ordre public et fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en date du 11 février 2022 dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Nice. Toutefois, d'une part, par un arrêt 24MA01235 du 26 septembre 2024, la cour administrative d'appel de Marseille a annulé l'obligation de quitter le territoire prononcée à l'encontre de l'intéressée et enjoint au préfet de procéder au réexamen de sa demande après saisine de la commission du titre de séjour et, d'autre part, l'admission à un tel parcours n'est pas subordonnée à une absence de risque de trouble à l'ordre public. Par suite, Mme C E est fondée à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-9 du code de l'action sociale et des familles.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision du 18 février 2023 portant refus d'admission dans le parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle, sous réserve de l'absence de changement dans les circonstances de droit et de fait propres à l'intéressée qui ferait légalement obstacle à cette admission. Il y a lieu de renvoyer l'intéressée devant l'administration pour fixer ses droits dans le parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle dans les conditions et les modalités que l'administration devra définir avec précision dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme C E la somme de 1 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet des Alpes-Maritimes en date du 18 février 2023 refusant l'admission de Mme C E au parcours de sortie de la prostitution et d'insertion professionnelle est annulée.

Article 2 : Mme C E est admise à bénéficier d'un parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle.

Article 3 : Mme C E est renvoyée devant l'administration afin que soient précisées les modalités de ce parcours dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Mme C E une somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A G C E et au ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles.

Copie sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 janvier 2025.

La présidente,La greffière,

signésigné

M. F

La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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