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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2301992

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2301992

mercredi 26 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2301992
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. CHERIEF
Avocat requérantDEBRUGE - ESCOBAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 avril 2023, M. A B, représenté par Me Escobar, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner au préfet des Alpes-Maritimes la communication de son entier dossier, et en particulier de son procès-verbal d'audition ;

3°) d'annuler l'arrêté du 24 avril 2023 du préfet des Alpes-Maritimes fixant le pays à destination duquel il sera reconduit en exécution d'une interdiction du territoire français prononcée à son encontre par l'autorité judiciaire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Me Escobar en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, lequel renonce par avance à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne consacrant le droit d'être entendu au sens des stipulations de la directive 2008/115 du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier et des articles 47 et 48 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, dès lors qu'il n'a pu présenter ses observations avant la prise d'une décision défavorable ;

- il est demandeur d'asile, et de ce fait le préfet ne peut le renvoyer dans son pays d'origine ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2023, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la SELARL Serfaty - Venutti - Camacho - Cordier, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Cherief, conseiller, en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 avril 2023 à 14 heures 30 :

- le rapport de M. Cherief, magistrat désigné ;

- les observations de Me Escobar, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- les observations de M. B par l'intermédiaire de Mme C, interprète en langue arabe.

La clôture d'instruction a été prononcée à 15 heures 21.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant libyen, né le 30 mai 1997, demande au tribunal d'annuler la décision du 24 avril 2023 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a fixé la Lybie comme pays à destination duquel il sera reconduit en exécution d'une interdiction judiciaire du territoire.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la communication par le préfet des Alpes-Maritimes de l'entier dossier :

4. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ".

5. L'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner, avant de statuer sur la requête, la communication par l'administration des pièces demandées par l'intéressé.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes de l'article L. 131-30 du code pénal : " Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit. L'interdiction du territoire entraine de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion ". Aux termes de l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La peine d'interdiction du territoire français susceptible d'être prononcée contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit est régie par les dispositions des articles 131-30, 131-30-1 et 131-30-2 du code pénal ". Et aux termes de l'article L. 721-4 de ce code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

7. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ".

8. Il résulte de ces dispositions qu'aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de sa peine d'interdiction du territoire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution en édictant à son encontre une décision motivée fixant son pays de destination, sous réserve qu'une telle décision n'expose pas l'intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté serait menacée, ou d'un pays où il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La désignation du pays de renvoi, qui n'est pas prise pour l'exécution d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, a le caractère d'une mesure de police soumise notamment aux dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et devant être motivée en application du 1° de l'article L. 211-2 de ce même code.

9. Le préfet des Alpes-Maritimes, en vue de l'exécution de l'interdiction judiciaire du territoire français prononcée par le jugement du tribunal correctionnel de Nice du 20 octobre 2022, a décidé que M. B serait reconduit à destination de la Libye pays dont il possède la nationalité. M. B soutient qu'il a déposé une demande d'asile en détention le 17 décembre 2021, et produit à cet effet un formulaire de demande d'asile en détention en date du 15 décembre 2021 et une lettre du 17 décembre 2021 informant le préfet des Alpes-Maritimes de sa demande. A cet égard, il ressort des termes mêmes de l'arrêté du 17 août 2022, portant exécution d'une interdiction judiciaire du territoire, que le préfet des Alpes-Maritimes a reconnu avoir eu connaissance de la demande d'asile du requérant. Il ne ressort cependant pas des pièces du dossier que le préfet aurait donné suite à cette demande. Il n'a en particulier, ni délivré l'attestation de demande d'asile prévue par les dispositions des articles L. 521-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni pris une décision de refus de délivrance d'une telle attestation. Dès lors qu'il n'établit pas qu'il aurait été statué sur la demande d'asile de M. B, le préfet des Alpes-Maritimes ne pouvait sans méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile décider que l'intéressé serait reconduit à destination de son pays d'origine.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à soutenir, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 24 avril 2023 du préfet des Alpes-Maritimes fixant le pays à destination duquel il sera reconduit en exécution d'une interdiction du territoire français prononcée à son encontre par l'autorité judiciaire est entaché d'une erreur de droit et, par suite, à en demander l'annulation.

Sur les frais d'instance :

11. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Dès lors, son conseil est fondé à se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros en application de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 24 avril 2023 du préfet des Alpes-Maritimes fixant le pays à destination duquel M. B sera reconduit en exécution d'une interdiction du territoire français prononcée à son encontre par l'autorité judiciaire est annulé.

Article 3 : L'Etat versera à Me Escobar la somme de 800 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

- Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice ainsi qu'au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice.

Lu en audience publique le 26 avril 2023.

Le magistrat désigné,

signé

H CHERIEF

La greffière,

signé

H. DIAW La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière.

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