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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2302003

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2302003

lundi 17 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2302003
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistart Mme Duroux
Avocat requérantOLOUMI AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 avril 2023 et le 26 mai 2023, M. D A B, représenté par Me Oloumi, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner au préfet des Alpes-Maritimes la communication de son entier dossier ;

3°) d'annuler l'arrêté du 21 avril 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

4°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de supprimer son inscription dans le système d'information Schengen dans un délai de 8 jours ;

5°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans l'attente du réexamen de sa demande ;

6°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de mettre fin aux mesures de surveillance en cas d'annulation de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ;

7°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que son avocat renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- le préfet a commis une erreur de fait ayant entrainé une erreur de droit.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire et refus de délai de départ volontaire :

- son droit d'être entendu en application de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne a été méconnu ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation et portent une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale ;

- l'intérêt supérieur de ses enfants n'a pas été pris en compte.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision de refus de délai de départ volontaire ;

- il justifie de circonstances humanitaires ;

- la décision a des conséquences disproportionnées au regard de sa vie privée et familiale.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Nice a désigné Mme Duroux, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L.614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duroux, magistrate désignée ;

- les observations de Me Oloumi, représentant M. A B

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 21 avril 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a obligé M. A B, ressortissant tunisien, à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. A B demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur la communication par le préfet des Alpes-Maritimes de l'entier dossier de M. A B :

2. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ".

3. L'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner, avant de statuer sur la requête, la communication par l'administration des pièces demandées par l'intéressé.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

4. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

" Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

5. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire et refus de délai de départ volontaire :

6. En premier lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, prévoyant le droit à être entendu par l'autorité administrative, s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est donc inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Par ailleurs, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision d'éloignement est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de cette décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A B a été entendu le 20 avril 2023 par les services de police préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement. Au cours de cette audition, il a été invité à présenter des observations sur son droit au séjour, sur sa situation personnelle, en particulier en ce qui concerne sa situation de famille, ainsi que ses moyens d'existence, et sur la perspective d'une mesure d'éloignement. Par suite, il a été mis à même de présenter ses observations sur les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité administrative s'abstienne de prendre à son égard une décision portant obligation de quitter le territoire français. Ainsi, M. A B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaîtrait le principe du respect des droits de la défense.

8. En deuxième lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que celui-ci vise les textes dont il fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A B, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour prendre les décisions litigieuses. En particulier, l'arrêté mentionne que M. A B déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français en 2019, qu'il ne justifie d'aucune circonstance particulière pour s'y être maintenu irrégulièrement, qu'il n'a jamais sollicité de titre de séjour, qu'il est célibataire sans charge de famille, qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité et qu'il a explicitement déclaré dans son audition son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français. Dès lors, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

9. En troisième lieu, au regard de ce qui a été dit au point précédent, il ne ressort pas des pièces du dossier que les décisions litigieuses seraient entachées d'un défaut d'examen sérieux et particulier de la situation personnelle du requérant. Par suite, le moyen sera écarté.

10. En quatrième lieu, le requérant soutient que c'est à tort que le préfet a retenu qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français et qu'il n'a jamais entrepris de démarches en vue de régulariser sa situation, alors qu'il disposait d'un visa Schengen et qu'il a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour en mars 2023. Toutefois, le requérant n'apporte aucun élément de preuve à l'appui de ses allégations. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait sera écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () ".

12. Le requérant soutient que le préfet des Alpes-Maritimes a commis une erreur de droit en estimant qu'il existait un risque de se soustraire à la mesure d'éloignement au motif qu'il justifie de circonstances particulières et qu'il bénéficie d'une adresse auprès de sa famille qui réside en France. Toutefois, M. A B ne précise ni ne démontre les circonstances particulières dont il se prévaut. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le requérant ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français, qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité et qu'il a explicitement déclaré dans son audition son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, M. A B n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes a entaché sa décision d'une erreur de droit en lui refusant de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen doit être écarté.

13. En sixième et dernier lieu, le requérant soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale, sans apporter d'élément à l'appui de cette affirmation. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que si le requérant soutient que ses parents, ses frères et sœurs résident régulièrement en France, il n'apporte aucune pièce justificative permettant de l'établir. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant déclare être entré en France en 2019 et qu'il est célibataire et sans charge de famille. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation et porterait une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Le moyen sera donc écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. D'une part, dans la mesure où l'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire n'est pas démontrée, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions aux fins d'annulation dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

15. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

16. En application des dispositions précitées, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ volontaire, il doit assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatifs à la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement, et la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

17. Il ressort des pièces du dossier que M. A B fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire. Les circonstances, au demeurant non établies, selon lesquelles ses parents ainsi que ses frères et sœurs résident en France et qu'il n'a plus d'attaches dans son pays d'origine, ne sauraient être regardées comme des circonstances humanitaires justifiant qu'une interdiction de retour sur le territoire français ne soit pas prononcée. Par ailleurs, en relevant que le requérant est entré en France en 2019, qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il est célibataire sans enfant et qu'il dispose de fortes attaches en Tunisie, M. A B n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre d'une durée d'un an serait contraire aux dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et présenterait un caractère disproportionné. Le moyen doit donc être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais de procédure :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser au requérant la somme qu'il demande.

D E C I D E :

Article 1er : M. A B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2023.

La magistrate désignée,

signé

G. DUROUXLa greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef

Ou par délégation, la greffière

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