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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2302010

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2302010

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2302010
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDARMON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés au greffe du tribunal, les 25 et 30 avril 2023, M. D B, représenté par Me Darmon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de trente jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et dans l'attente, de lui délivrer un récépissé permettant sa circulation.

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente en l'absence de délégation de signature ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est attaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet a fondé sa décision sur l'article L. 5221-2 du code du travail, l'article 6 du règlement UE n°2016/399 du 3 mars 2016 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes et sur la Convention internationale des droits de l'enfant alors qu'il ne rentre pas dans le champ d'application de ces dispositions ;

- la décision de refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elle est attachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mear, présidente rapporteure ;

- et les observations de Me Darmon, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, de nationalité américaine, né le 17 août 1972, a sollicité, par demande réceptionnée par le préfet des Alpes-Maritimes le 11 août 2020, une première demande d'admission exceptionnelle au séjour. Le silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes pendant plus de 4 mois a fait naitre, une décision implicite de rejet confirmée par le tribunal administratif de Nice et la Cour administrative d'appel de Marseille. Le 21 décembre 2022, le requérant a déposé une deuxième demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 19 avril 2023 le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté la demande de titre de séjour de M. B sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-959 du 23 septembre 2021, publié au recueil des actes administratifs spécial n° 230.2021 du 24 septembre 2021, M. Philippe Loos, secrétaire général de la préfecture des Alpes-Maritimes, a reçu délégation permanente du préfet des Alpes-Maritimes pour signer tous arrêts, actes, circulaires et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département des Alpes-Maritimes. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence M. A pour signer l'arrêté attaqué du 19 avril 2023, et, notamment, de la décision portant obligation de quitter le territoire français contenue dans cet arrêté, manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il vise, notamment, les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne, après un examen particulier de la situation de l'intéressé, les éléments de fait sur lesquels le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé pour estimer que M. D B ne peut prétendre au bénéfice d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions. La motivation de l'arrêté en cause est suffisante pour permettre au requérant de faire utilement valoir ses observations. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de cet arrêté doit être écarté.

4. En troisième lieu, le requérant fait valoir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet a fondé sa décision sur l'article L. 5221-2 du code du travail, l'article 6 du règlement UE n° 2016/399 du 3 mars 2016 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes et sur la Convention internationale des droits de l'enfant alors qu'il ne rentre pas dans le champ d'application de ces dispositions. Toutefois, si l'arrêté mentionne de manière surabondante lesdits articles et la convention précitée, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet a fondé son arrêté sur ces articles et cette convention. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté est entaché pour ce motif d'une erreur de droit doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : "" 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

6. M. D B fait valoir être entré sur le territoire français le 8 février 2020 et y résider habituellement depuis lors. Il soutient être marié depuis 2016 avec Mme C, une ressortissante brésilienne, titulaire d'une carte de résident monégasque, qui est propriétaire d'une habitation sise à La Colle sur Loup. Il se prévaut d'un problème de santé. Toutefois, M. B ne justifie pas, par les pièces jointes au dossier, la durée alléguée de sa résidence habituelle en France, notamment au cours de l'année 2021 pour laquelle il ne verse que des avis d'imposition à la taxe d'habitation et aux taxes foncières établis au nom de Mme C. Il n'établit pas davantage par les pièces produites au dossier sa communauté de vie avec cette dernière ni la régularité du séjour en France de Mme C. Par ailleurs, le requérant, qui n'a pas sollicité un titre de séjour en qualité d'étranger malade, ne justifie ni de la gravité de son état de santé ni de l'impossibilité de bénéficier des soins qui lui sont nécessaires aux USA, son pays d'origine. Dans ces conditions, compte tenu de la durée et des conditions de son séjour en France, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise ni, ainsi, à soutenir que cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'est pas davantage fondé, pour les mêmes motifs à soutenir que cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

7. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / () ".

8. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, M. B n'établit pas que sa demande de titre de séjour répondrait à des considérations humanitaires ou se justifierait au regard de motifs exceptionnels. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes a commis une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 19 avril 2023, présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet des Alpes-Maritimes.

- Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023 à laquelle siégeaient :

- Mme Mear, présidente,

- Mme Kolf, conseillère,

- M. Cherief, conseiller,

- assistés de Mme Sussen, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

L'assesseure la plus ancienne, La présidente,

signé signé

S. KOLF

J. MEARLa greffière,

signé

C. SUSSEN

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière

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