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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2302017

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2302017

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2302017
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLACAMP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 avril 2023, M. B A, représenté par Me Lacamp, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de départ volontaire de trente jours, et a fixé le pays de destination de son éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour, subsidiairement de réexaminer sa situation, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

* le refus de renouvellement de titre de séjour est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

* l'obligation de quitter le territoire français est illégale en tant qu'elle se fonde sur une décision elle-même illégale ;

* la fixation du pays de renvoi est illégale en tant qu'elle se fonde sur une décision elle-même illégale.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique du 14 septembre 2023 :

- le rapport de M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;

- le requérant et le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présents, ni représentés.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, de nationalité chinoise, né le 1er avril 1998, a sollicité le 10 octobre 2019 le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant. Par un arrêté du 27 mars 2023, dont il demande l'annulation, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination de son éloignement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. / (). ". Il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble des pièces du dossier et sous le contrôle du juge, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études sur le territoire français et d'apprécier la réalité et le sérieux des études poursuivies.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B A est entré en France le 5 mai 2017 sous couvert d'un visa " étudiant " et s'est inscrit, au titre de l'année universitaire 2017-2018 en licence droit, économie, gestion, formation poursuivie jusqu'au terme de l'année universitaire 2020-2021 jusqu'à l'obtention d'un diplôme national de licence mention " assez bien ". Pour refuser le renouvellement du titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant " de M. A, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur le fait que l'intéressé ne produisait pas d'inscription au titre de l'année 2020-2021 et qu'il serait en situation irrégulière en France depuis le 13 novembre 2020. Toutefois, le requérant soutient, sans être contredit par la préfecture des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense, qu'il a tenté à de nombreuses reprises de renouveler son titre de séjour " étudiant " dès le mois d'octobre 2019. La durée de traitement de sa demande ayant été rallongée en raison de l'épidémie de Covid 19, l'intéressé a reçu des récépissés valables jusqu'au 12 novembre 2020. Après avoir obtenu son diplôme de licence, il a commencé une formation de master à la " Skema Business School " (Valbonne, dans les Alpes-Maritimes) puis a déménagé à Antibes et a contacté la préfecture des Alpes-Maritimes pour obtenir à nouveau un titre de séjour " étudiant ". Il fournit des certificats de scolarité couvrant toutes les dernières années universitaires et démontre, avec ses relevés de notes, le sérieux et la réalité de ses études. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce, en lui opposant son maintien sur le territoire en situation irrégulière, alors que le requérant établit l'ensemble des démarches accomplies aux fins de renouveler son titre de séjour " étudiant ", en remplissant les conditions, le préfet des Alpes-Maritimes a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ".

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du préfet des Alpes-Maritimes du 27 mars 2023 rejetant la demande de titre de séjour de M. A doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, la décision l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et celle fixant le pays à destination de sa reconduite à la frontière.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. En raison du motif d'annulation retenu par le présent jugement, celui-ci implique nécessairement, sous réserve de l'absence de changement de circonstances de fait concernant la poursuite des études, qu'il soit délivré à M. A un titre de séjour portant la mention " étudiant ". Il y a dès lors lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes d'y procéder, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Une somme de 800 euros est mise à la charge de l'Etat, au profit du requérant, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 27 mars 2023 du préfet des Alpes-Maritimes est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision, de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " étudiant ", sous réserve de l'absence de changement de circonstances de fait concernant la poursuite des études.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 800 (huit cents) euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Grasse.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

Mme Le Guennec, conseillère,

M. Combot, conseiller,

Assistés de Mme Albu, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 5 octobre 2023.

Le président-rapporteur,

signé

F. SILVESTRE-TOUSSAINT-FORTESA

La greffière,

signé

C. ALBUL'assesseur le plus ancien,

signé

B. LE GUENNECLa République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière

C. Albu

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