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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2302078

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2302078

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2302078
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er mai 2023, M. B A, représenté par Me Dridi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 avril 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a fixé le pays de son renvoi en exécution de la peine d'interdiction judiciaire de territoire national de deux ans à laquelle il a été condamné par le tribunal judiciaire de Nice le 19 décembre 2022 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;

- il n'a pas bénéficié d'un délai raisonnable pour formuler ses observations ;

- la mesure en litige est entachée d'un défaut de base légale en ce qu'il n'est pas justifié de l'existence du prononcé d'une peine d'interdiction judiciaire de territoire à son encontre.

Un mémoire en défense, présenté par le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la SELARL Serfaty-Venutti-Camacho-Cordier, a été enregistré le 6 juin 2023, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 6 juin 2023 :

- le rapport de Mme Gazeau,

- et les observations de Me Hmad, substituant Me Dridi, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien, demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 29 avril 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a fixé son pays de destination en exécution de la peine d'interdiction judiciaire de territoire national de 2 années prononcée à son encontre par le tribunal judiciaire de Nice le 19 décembre 2022.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ".

3. M. A n'a pas déposé de demande d'aide juridictionnelle. En l'absence d'urgence, il n'y a pas lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté contesté vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment les articles L. 640-1 et suivants et L. 721-3 et suivants, ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne la condamnation judiciaire à une peine d'interdiction de territoire français de deux ans prononcée par le tribunal judiciaire de Nice le 19 décembre 2022 dont M. A a fait l'objet pour des faits de transport non autorisé de stupéfiants, détention non autorisée de stupéfiants, offre ou cession non autorisée de stupéfiants et acquisition non autorisée de stupéfiants, et la nécessité de procéder à l'exécution de cette mesure judiciaire, ainsi que sa nationalité. Ces considérations de droit et de fait, sur lesquelles se fonde la décision litigieuse, sont suffisamment développées pour mettre l'intéressé en mesure d'en discuter utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes de l'article 51 de la Charte : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union () ".

6. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour.

7. En l'espèce, le requérant soutient qu'il n'a pas bénéficié d'un délai raisonnable pour formuler ses observations sur la mesure en litige. Il ressort des pièces du dossier que le formulaire d'observations sur le pays de destination lui a été remis le 29 avril 2023 à 10h02 soit 8 minutes avant la notification de la mesure fixant le pays de son renvoi en exécution d'une décision portant interdiction judiciaire de territoire. Il s'ensuit que le requérant a ainsi été mis à même de présenter des observations sur la mesure en litige. En outre, la circonstance que le délai qui lui a été laissé pour présenter des observations ait été court, est sans incidence dès lors que le requérant ne fait état d'aucun élément circonstancié et probant dont il a été privé de faire valoir et qui aurait pu aboutir à un résultat différent. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à être entendu doit être écarté.

8. En troisième et dernier lieu, si M. A soutient que la décision en litige est privée de base légale dès lors qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier de l'existence d'une interdiction de territoire, il ressort cependant des termes de la décision attaquée qu'il a été condamné à une peine complémentaire d'interdiction temporaire de territoire français par le tribunal correctionnel de Nice le 19 décembre 2022. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de base légale ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 29 avril 2023 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a fixé la Tunisie comme pays de renvoi. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des frais liés au litige doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Gazeau, première conseillère,

Mme Guilbert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

La rapporteure,

signé

D. GazeauLa présidente,

signé

V. Chevalier-Aubert

La greffière,

signé

S. Génovèse

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

No 2302078

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