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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2302286

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2302286

lundi 17 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2302286
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M.HOLZER
Avocat requérantALMAIRAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 mai et 15 juin 2023, M. B E, représenté par Me Almairac, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 mai 2023 par lequel le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé comme pays de renvoi celui dont il a la nationalité et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre à l'autorité préfectorale compétente de mettre fin au signalement dans le système d'information Schengen et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, cette dernière renonçant par avance à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;

- l'absence d'un interprète dans une langue qu'il comprend ne lui a pas permis d'être correctement assisté ni de comprendre la décision qui lui a été notifiée et donc de faire connaître, de manière utile et effective ses observations préalablement à l'édiction d'une telle décision en méconnaissance des dispositions de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de son droit à être entendu, garanti par les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il était sur le point de déposer une nouvelle demande de réexamen de sa demande d'asile et bénéficiait ainsi du droit de se maintenir sur le territoire français ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- il ne remplit aucun des critères fixés par les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- aucune information précise ne lui a été apportée quant aux effets de cette décision en méconnaissance des dispositions de l'article R. 613-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle est disproportionnée au regard de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2023, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Holzer, conseiller, en application des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés auxdits articles.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 juin 2023 à 14 heures :

- le rapport de M. Holzer, magistrat désigné,

- les observations de Me Petit, substituant Me Almairac et représentant M. E, qui reprend les conclusions de la requête par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par sa requête, M. E, ressortissant géorgien né en 1976, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 mai 2023 par lequel le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé comme pays de renvoi celui dont il a la nationalité et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme D A, adjointe à la cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement de la préfecture de la Haute-Savoie laquelle disposait d'une délégation de signature régulière à cet effet en cas d'absence ou d'empêchement conjoint de Mme C et M. G par un arrêté n°2023-014 du préfet de la Haute-Savoie du 26 avril 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Haute-Savoie du 26 avril 2023. L'absence ou l'empêchement d'un fonctionnaire, qui peut être momentané ou résulter de l'organisation temporaire de la charge de travail entre un responsable et ses collaborateurs, n'a pas à être justifié par l'administration, hors le cas d'allégations factuelles précises du requérant, qui font défaut en l'espèce. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, d'une part, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, prévoyant le droit à être entendu par l'autorité administrative, s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est donc inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Par ailleurs, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision d'éloignement est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de cette décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

6. D'autre part, aux termes de l'article L.141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. / En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. Dans une telle hypothèse, il ne peut être fait appel qu'à un interprète inscrit sur une liste établie par le procureur de la République ou à un organisme d'interprétariat et de traduction agréé par l'administration. Le nom et les coordonnées de l'interprète ainsi que le jour et la langue utilisée sont indiqués par écrit à l'étranger ".

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la notification de l'arrêté litigieux s'est effectuée par téléphone avec le concours d'un interprète en langue géorgienne, comme le permet les dispositions précitées de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il n'aurait pas été en capacité de comprendre les informations qui lui ont été délivrées par cet interprète en langue géorgienne, ni qu'il n'aurait pas été mis à même de saisir la teneur de cet arrêté afin de faire valoir toutes observations utiles préalablement à son édiction, alors qu'en outre, l'intéressé qui a refusé de signer le formulaire de notification n'a fait état d'aucune réserve au moment de la notification de cet arrêté. Par ailleurs, il ressort toujours des pièces du dossier que l'intéressé a été assisté, dans les mêmes conditions, du même interprète lors de son audition du 10 mai 2023 par la compagnie de gendarmerie départementale d'Annecy au cours de laquelle il a répondu aux questions sans faire état d'une quelconque incompréhension. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que l'arrêté attaqué méconnait les dispositions de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le droit à être entendu, garanti par les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doivent être écartés.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. En l'espèce, si M. E soutient qu'il réside en France depuis l'année 2021 et que les membres de sa famille ne résident plus en Géorgie, il ne verse toutefois aux débats aucune pièce de nature à justifier de telles allégations, alors qu'en tout état de cause, il ressort des propres déclarations du requérant qu'il est célibataire et sans enfant, qu'il ne dispose d'aucune ressource ni d'aucune activité professionnelle et qu'il a quitté son pays d'origine à l'âge de 44 ans. Dans ces conditions, M. E n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa vie familiale et personnelle. Par suite, ces moyens doivent également être écartés.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

11. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile du requérant présentée le 23 décembre 2021 a fait l'objet d'une décision de rejet le 14 juin 2022 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et notifiée le 1er août 2022. Cette décision a été confirmée par la cour nationale du droit d'asile (CNDA) par une décision du 7 novembre 2022, notifiée le 12 novembre 2022. Si l'intéressé soutient qu'il était sur le point de déposer une nouvelle demande de réexamen de sa demande d'asile, cette situation ne lui confère, par elle-même, aucun droit à se maintenir sur le territoire français. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont il est fait application et notamment les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, elle expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. E, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français. Dès lors, la décision litigieuse comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et a ainsi permis au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le préfet, qui n'était pas tenu d'énoncer l'ensemble des éléments relatifs à la situation du requérant dont il pouvait avoir connaissance, a suffisamment motivé la décision litigieuse. Dans ces conditions, et dès lors que la régularité de la motivation de cette décision ne dépend pas du bien-fondé de ses motifs, le moyen tiré de son insuffisance de motivation doit être écarté.

13. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Savoie n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. E alors, qu'en outre, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que l'arrêté attaqué fait état d'éléments de fait propres à sa situation personnelle. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Savoie aurait entaché la décision attaquée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de la situation de M. E doit être écarté.

14. En troisième et dernier lieu, si le requérant se borne à soutenir, dans son mémoire introductif d'instance, que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, il n'assortit pas ces moyens des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Dès lors, ces moyens doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

15. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (). "

16. En l'espèce, pour refuser d'accorder à M. E un délai de départ volontaire, le préfet de la Haute-Savoie s'est fondé sur le fait qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes dans la mesure où il ne dispose d'aucun document de voyage ou d'identité valide et ne justifie d'aucune résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale sur le territoire français.

17. Si M. E fait état du fait qu'il justifie d'une attestation de demande d'asile en cours de validité qui a permis son identification, en se bornant à produire une déclaration de domiciliation au sein de la structure du premier accueil des demandeurs d'asile de Nice avec une prise d'effet au 13 décembre 2022, il ne justifie toutefois pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale au sens des dispositions précitées du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors, qu'en outre, il a été interpellé le 10 mai 2023 par le groupement de gendarmerie départementale de la Haute-Savoie auquel il a déclaré lors de son audition du même jour être sans domicile fixe sur le territoire de la commune d'Annecy. Dès lors, le préfet de la Haute-Savoie a pu sans méconnaitre les dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, pour ce seul motif, refuser à M. E un délai de départ volontaire. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

18. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

19. Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

20. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant entachée d'aucune des illégalités alléguées, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, doit, dès lors, être écarté.

21. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que M. E, en dépit du fait qu'il n'ait jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il ne présente pas une menace pour l'ordre public, ne justifie pas d'attaches familiales ou personnelles en France où il déclare pourtant résider depuis deux années et n'établit pas être dépourvu de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 44 ans. Ainsi, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent son fondement et a ainsi permis au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Dans ces conditions, et dès lors que la régularité de la motivation de la décision litigieuse ne dépend pas du bien-fondé de ses motifs, le moyen tiré de ce que cette décision est insuffisamment motivée doit être écarté.

22. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 13 de ce jugement, le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Savoie aurait entaché la décision attaquée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de la situation de M. E doit être écarté.

23. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / () ". D'autre part, aux termes de l'article R. 613-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé du caractère exécutoire de cette décision et de ce que la durée pendant laquelle il lui est interdit de revenir sur le territoire commence à courir à la date à laquelle il satisfait à son obligation de quitter le territoire français. / Il est également informé des conditions d'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français mentionnées à l'article R. 711-1, ainsi que des conditions dans lesquelles il peut justifier de sa sortie du territoire français conformément aux dispositions de l'article R. 711-2. ".

24. En l'espèce, si le requérant soutient que la décision attaquée méconnait les dispositions précitées des articles L. 613-5 et R. 613-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de telles dispositions définissent toutefois les informations qui doivent être communiquées à un étranger faisant l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français, postérieurement au prononcé de cette mesure. Dès lors, ces dispositions qui sont propres aux conditions d'exécution de l'interdiction de retour sur le territoire français sont sans incidence sur sa légalité et leur éventuelle méconnaissance ne peut être utilement invoquée au soutien de conclusions tendant à l'annulation de cette mesure. Par suite, ce moyen doit être écarté.

25. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. E ne justifie pas d'attaches familiales stables et anciennes sur le territoire français, qu'il est célibataire, sans enfant, et qu'il n'établit pas être dépourvu de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 44 ans. En outre, il ne ressort ni des déclarations du requérant ni des pièces du dossier que ce dernier justifie de circonstances humanitaires de nature à faire obstacle à une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français. Dans ces conditions, et bien qu'il n'ait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse est disproportionnée au regard de sa situation personnelle et familiale. Par suite, ce moyen doit être écarté.

26. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, au préfet de la Haute-Savoie et à Me Almairac.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, au préfet des Alpes-Maritimes et au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

signé

M. HOLZER

La greffière

signé

M. F

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation la greffière

N°2302286

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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